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lundi 30 mai 2011

Apport documentaire pour le sujet sur les costumes

En guise d'éléments de correction du sujet sur les costumes dans l'Acte inconnu, voici un entretien avec Renato Bianchi, le costumier du spectacle, et quelques images pour éclairer les allusions à ses sources iconographiques.

LES COSTUMES DE RENATO BIANCHI, Entretien

Propos recueillis par Marion ferry, 27 juillet 2007

Entretien paru dans Pièce démontée http://crdp.ac-paris.fr/piece-demontee/pdf/l-acte-inconnu_total.pdf


Renato Bianchi, Directeur des costumes à la Comédie-française, nous a reçus, de retour d’Avignon, dans son bureau atelier rempli d’étoffes merveilleuses et de précieux souliers. En 2006, lorsque L’Espace furieux entre au répertoire, Valère Novarina lui demande de créer les costumes, et le prévient d’emblée : « Vous voulez travailler avec moi ? Moi j’ai un problème avec les costumes… » « Moi aussi, j’ai un problème avec les costumes, ne vous inquiétez pas, moi aussi j’ai ce problème ! » lui répond Renato Bianchi.


Renato Bianchi – « Dans ma première expérience avec Valère, sur L’Espace Furieux, au Français (c’est là qu’on s’est connus, et appréciés), on avait traité les costumes en noir et blanc. On voulait que ça ne compte pas trop dans le décor, et que les personnages restent ce qu’il appelait ses « non-personnes ». alors s’est posé le problème pour L’Acte inconnu : en noir, en gris ? Lui était tenté d’aller vers du gris là aussi, vers ces costumes dits « siciliens », parce que sur L’Espace furieux on s’était montré mutuellement à peu près les mêmes bouquins sur l’Italie, la Sicile, les paysans siciliens, ça lui plaisait beaucoup. Mais vite je me suis aperçu que ça ne pouvait pas fonctionner. Comme je connaissais la Cour d’honneur pour y avoir travaillé avec le Français, je sais qu’il faut que les personnages, que les silhouettes existent bien : il me semblait que le gris ne serait pas porteur.


Pour L’Espace furieux, vous aviez un texte ; ici, la pièce était en train de s’écrire : sur quoi vous êtes-vous fondé pour créer vos costumes ?

Kasimir Malevich, Sportifs, 1932

Katharina Fritsch, Figures, 2000

R.B – Le seul support que j’aie eu, puisque le texte n’était pas encore écrit quand Valère m’a proposé de faire les costumes, c’était le dispositif scénique de Philippe Marioge. Quand je l’ai vu j’ai trouvé ça très beau et je me suis demandé : qu’est-ce que je vais mettre comme costumes là-dedans, qu’est-ce que je peux mettre ? C’est là que j’ai commencé à intervenir avec ces petits personnages que j’ai pris un peu partout, chez Malevitch, chez les constructivistes russes. J’ai assemblé, j’ai découpé, j’ai fait des montages, j’ai construit plein de petits bonshommes colorés mais à l’échelle, parce que je ne voulais pas le montrer en grand, je ne voulais pas que le détail apparaisse. Dans cet espace, je pensais plus à des sculptures, à des personnages posés dans l’espace, structurés, très rigoureux, colorés : pas réalistes du tout, aucun réalisme. J’ai invité Valère à venir les voir, et je lui posais la question : est-ce que ça te semble bien ? parce que je n’avais qu’une approche esthétique en fait, et je ne savais pas ce que l’histoire allait raconter. Il m’a dit ne t’inquiète pas, c’est même très bien que le costume ne raconte pas le personnage. On a essayé de former des espèces de couples, de se dire tel bonhomme irait bien avec tel autre, ou que ce pourrait être tel acteur, etc. Et ça s’est construit comme ça, par un choix peut-être arbitraire – mais Valère seul savait que ça pourrait fonctionner, puisque mon seul support était le dispositif. On a donc avancé ainsi, mais en expliquant à Valère que je souhaitais vraiment que ces personnages soient comme des statues. Je me suis aussi inspiré de la sculpture, notamment d’un sculpteur qui s’appelle Catarina Fritsch : j’aime ses personnages vides, ses « non personnages », ils sont posés dans une espèce d’espace vide ; ils sont finalement très réalistes, mais pas du tout figuratifs. Voilà, j’ai fait un patchwork de tout cela, que j’ai soumis à Valère. Il a été très enthousiaste, et le lendemain j’ai reçu une carte de lui : « Tes intuitions sont très bien. Continue dans tes intuitions.»


Donc, au départ, vous n’avez pas travaillé sur le corps des acteurs, puisque vous ne connaissiez pas même les personnages. Pourtant c’est étonnant à quel point leurs costumes leur conviennent, semblent inventés pour eux…


R.B – J’avais la distribution des acteurs, et dans les silhouettes que je proposais, on a mis un acteur dedans : ce grand personnage rouge, Valère a tout de suite dit que ce serait bien que ce soit Léopold, moi je ne le connaissais pas. J’ai vu les acteurs, je les ai photographiés, j’avais pris leurs mesures, mais je ne les connaissais pas, et je ne savais pas ce qu’ils feraient.


Et donc Valère « remplissait » les costumes !


R.B – Oui, voilà ! Il remplissait les costumes. Avec Valère, on a mis un nom sur chaque silhouette, un nom d’acteur. Valère me disait « ne t’inquiète pas, moi je me servirai de ton travail, peut-être même pour nommer les personnages ». C’est formidable ! Ce qui est extraordinaire, c’est que lorsque tout ça s’est confronté en scène, tout s’est vérifié juste, tout fonctionne : le couple Dominique Pinon - Manuel Lelièvre, les deux Chantres (Valère disait qu’il aimerait « deux petites Mireille Mathieu » !). On s’est beaucoup amusés. Ensuite, ce que je voulais vraiment garder, c’était le corps de l’acteur, je voulais l’utiliser tel qu’il était avec ses rondeurs, ses grosseurs… Je n’ai pas essayé de les avantager. Je voulais en adaptant les costumes sur leur corps, que ce soit une chose très rigoureuse, qui appartienne à leur corps. Je voulais qu’ils deviennent comme des petites sculptures, des petits personnages placés dans l’espace. Le dessein, la structure dans le costume étaient pour moi très importants, qu’il y ait ce maintien jusqu’au bout, que ce soit toujours impeccable. J’utilise des étoffes d’ameublement pour avoir cette tenue. Valère m’encourageait dans ce sens : il me disait « c’est comme mon texte, il est très rigoureux. Ça fonctionne avec mon texte. »


Dans les moindres détails ces costumes sont signifiants ; parlons de ces lignes par exemple qui barrent certains à des niveaux bien précis, très inattendus, des chaussures étranges ou en décalage, de ces longs gants rouges d’Agnès Sourdillon…


R.B – J’ai mis ces lignes justement pour casser s’il en restait le moindre réalisme dans ces costumes, qui après tout sont des costumes de maintenant : je les ai rendus bizarres, j’ai retrouvé une structure qui m’enlève le réalisme, la réalité de la chose. Les gants rouges fonctionnaient très bien. J’ai très vite vu quand Agnès est venue dans cet atelier qu’il ne fallait pas lui faire vraiment une robe, qu’il fallait garder sa conformation. Là, tout est parti du corps de l’actrice. Je lui ai fait un fourreau, et j’ai voulu lui donner un éclat sur les bras – d’où l’idée de ces gants écarlates, qui participent au jeu. Tout concorde, et Valère a très bien su tout utiliser. Les combinaisons, que portent Olivier Martin-Salvan, (Le Chanteur en Catastrophe, Le fantoche…) et Dominique Parent (Jean qui Corde, L’Illogicien, La Machine à Dire beaucoup…) sont inspirées de Malevitch, de ces petits personnages sans prétention posés dans l’espace. Je voulais des choses simples…


Simples, épurées, mais très sophistiquées.


R.B – Oui, c’est cela, une pureté de lignes et des traits qui brisent le réalisme, ou le reste de réalisme qu’il peut y avoir dans ces vêtements.


Avez-vous travaillé la couleur à partir du décor ?


R.B - Je ne l’ai pas travaillée forcément par rapport au décor, mais le décor m’a projeté vers la couleur, et aussi parce que dans la Cour d’honneur, il faut détacher les personnages ; mais après-coup, quand j’ai vu la peinture de Valère, sans avoir voulu le faire exprès, j’ai retrouvé des couleurs que j’avais utilisées… ça s’est trouvé comme ça, il y avait des correspondances entre la peinture de Valère et les couleurs des costumes : le jaune vert de Dominique Pinon, le rose un peu mauve de Manuel Lelièvre., il y a ça dans sa peinture. Inconsciemment tout cela s’est mêlé.


Et ce rouge éclatant du costume de Léopold Van Verschuer, le Déséquilibriste, « La parole portant une planche », qui ouvre le spectacle ?


R.B – Ce rouge pour moi est essentiel, dans ce dispositif, avec ce trait rouge qui traverse le décor : dans cet espace c’est pour moi l’équilibre du tout. C’est un rouge pur, alors que j’utilise pour les autres des étoffes tissées deux fils : un vert et un rouge pour Dominique Pinon, un rose et un bleu pour Emmanuel Lelièvre : la couleur change selon la lumière. Avec son costume rouge et sa haute stature, ces petits personnages que je voulais dans l’espace, il me les assoit. je l’ai même grandi encore pour lui donner une plus haute stature encore par rapport aux autres ; il m’a redonné un équilibre dans le tout.


Et quand avez-vous pu enfin entendre le texte et voir vos costumes entrer sur les personnages ?


R.B – À Bobigny, où on a répété trois fois avec les costumes avant de partir pour Avignon. Ça a été la surprise, puisque je n’avais pas le texte, je n’avais rien… Valère me l’a offert le jour de la première. Je l’ai découvert à Bobigny. Chaque personnage que j’habillais, Valère venait voir, et il était joyeux ; et les comédiens m’ont dit qu’ils l’avaient rarement vu joyeux : son problème avec les costumes...






lundi 2 mai 2011

Novarina dans les Zoreilles !

France Culture (la seule radio écoutable dans le PAF !) a proposé récemment un cycle d'émissions consacrées à Novarina.
Elle met en ligne plusieurs documents très intéressants et podcastables :
Deux textes de Novarina dits par l'immense André Marcon Le discours aux animaux (http://www.franceculture.com/emission-fictions-theatre-et-cie-le-discours-aux-animaux-de-valere-novarina-le-discours-aux-animaux-) et le Monologue d'Adramelech (http://www.franceculture.com/emission-fictions-theatre-et-cie-le-monologue-d-adramelech-de-valere-novarina-2011-01-30.html)
Une conférence du metteur en scène Jacques Nichet sur L'Acte inconnu intitulée "Le Théâtre n'existe pas" (http://www.franceculture.com/emission-l-eloge-du-savoir-le-theatre-n-existe-pas-l-acte-inconnu-valere-novarina-2011-01-07.html)
Vous pouvez les télécharger sur votre iPod ou sur votre téléphone et les écouter en boucle pendant des heures !

lundi 7 février 2011

Revue de web : L'Acte inconnu

Un lien instructif et directement à vous adressé, ô candidates méritantes au baccalauréat :
http://educ.theatre-contemporain.net/pieces/LActe-inconnu/spectacles/LActe-inconnu/createurs/role/scenographie/

vendredi 14 janvier 2011

Une soirée Novarina à votre porte !

Notre partenaire nous gâte : à L'Apostrophe, une Soirée Novarina - notamment rencontre avec quatre metteurs en scène qui ont tous monté du Novarina : Claude Buchwald, Marie Ballet, Jean Bellorini et Thomas Quillardet
C'est le 27 janvier à 18h
à L’-Théâtre des Arts / Cergy-centre

samedi 8 janvier 2011

Novarina : Le Vrai sang


Petit rappel : rdv demain 15h (un peu avant tout de même...) au théâtre de l'Odéon, métro Odéon pour un baptême novarinien !!
J'en profite pour vous signaler l'existence d'un dossier consacré à cette nouvelle création de Nono dans la précieuse collection pièce démontée (où l'on trouve aussi un dossier complet sur notre Acte inconnu) consultable à l'adresse suivante :
http://crdp.ac-paris.fr/piece-demontee/pdf/le-vrai-sang_avant.pdf
Dans ce message, deux photos du spectacle où l'pn aperçoit Nicolas Struve, Agnès Sourdillon et Norah Krief en pleine novarinade (notez la présence de la peinture : celle de Nono en scénographie de la première photo, un tableau d'art brut comme élément de décor dans la seconde) et l'importance de la couleur (les costumes !!!)

mercredi 29 décembre 2010

Qui veut prendre une leçon d'obscurité?

L'Odéon cette année, les filles est à fond avec nous. Notre ami Nova est très compliqué et ça ils l'ont bien compris, alors, ils nous proposent une jolie série de lectures et de pièces par Nono himself, comme Le Vrai Sang que nous allons voir en Janvier par exemple. Mais il y a deux semaines, on est allées voir et écouter Pour Louis de Funès (de Novarina, of course) par Dominique Pinon. Et figurez-vous qu'on a appris beaucoup de choses plutôt intéressantes pour notre entreprise, alors on a pris nos petites notes et voici ce qu'on en a retenu.

1. Que l'acteur qui entre sur scène vient prendre une leçon d'obscurité.

Nous ce qu'on propose s'appellerait plutôt une leçon haute en couleurs et en émotions. Mais nous pensons que ce qu'il veut dire par cette "leçon d'obscurité" nous concerne vraiment, aussi colorées que possible. Car il ne s'agit pas de la leçon que l'on offre aux autres, aux profs, au public et finalement au jury, mais de celle que Novarina nous offre. Il nous explique dans cette oeuvre comment selon lui, le meilleur acteur comique de tous les temps, comment Nous, devons nous comporter sur scène. Oublier la lumière, oublier le trac et la gêne, oublier notre état et profiter de l'obscurité face à nous. S'en servir de ressource et la boire jusqu'à la dernière goutte. Nous devons:

2. Retirer nos vêtements humains.

On nous le dit évidemment depuis le début qu'il faut s'oublier et devenir le personnage que l'on "joue", mais sans trop jouer, sans jamais simuler, en étant vrai, mais jamais trop quand même parce que le théâtre n'est pas un art réaliste, etc etc. Mais finalement, qu'est-ce que ça veut dire? Eh bien nous ce qu'on s'est dit, c'est que finalement, l'auteur le plus difficile à comprendre et à jouer était peut-être le plus clair, le plus apte à nous dire comment faire. Et que ces images dont nous parlons tant depuis le début sont peut-être celles qui nous permettront d'atteindre l'état d'une Irma Grammatica, ou d'un Bonhomme Nihil. Et nous pensons que cette image là, de retirer ses vêtements humains prend tout son sens dans ce contexte, finalement très inhumain. Aucun de nos personnages ne renvoie à un humain, à un voisin que l'on croise le matin ou même au facteur, au boulanger. Ils sont tous, de par leur noms, vicieux ou monstrueux, étranges du moins. Et le meilleur moyen de les apprivoiser est d'écouter leur créateur nous dire comment faire, comment les adopter. Et si nous retirions notre vêtement humain? Que nous enfilions une salopette qui n'a aucune connotation, et que nous oubliions un peu la lumière qui nous découvre aux autres pour se laisser aller à être le plus engagé, et peut-être le plus ridicule possible. C'est sans doute la connotation animale qui nous évoque cela, mais l'exercice que nous avions fait en tout début d'année, celui d'être une poule, ou un poisson nous paraît le même que nous devrions effectuer ici. Se quitter sois-même et incarner nos animaux. Pour en avoir pas mal discuté nous avons tendance à avoir toujours sur nous-même ce regard critique, cette gêne constante, et même si nous nous connaissons bien et que nous sommes assez en confiance, souvent on craint le regard de l'autre. Mais si l'on retire nos vêtement humains, si l'on s'oublie sois-même pour être toutes des poules, toutes des Bonhomme Nihil ou des Téanthropes, alors la leçon d'obscurité colorée pourra vraiment commencer. Il ajoute d'ailleurs que l'acteur comique n'a pas de vêtement mais seulement un costume de lumière. La combinaison n'est pas un vêtement et la peinture est la lumière. Il dit aussi d'ailleurs:

3. Que l'acteur s'assassine lui-même avant d'entrer en scène.

Il confirme ce qu'il dit, être vraiment là, incarner à deux cents pour cent c'est se jeter dans l'arène, n'être plus sois-même. Mourir avant d'entrer en scène et se vêtir des habits de nos personnages. L'acteur n'est pas celui qui se met en scène sous le feu des projecteurs, non au contraire il est celui qui apprend dans l'ombre de la lumière au travers de la peau qu'il s'est offert pour jouer. Jamais personne ne doit nous voir sur scène dans Novarina, ni nulle part ailleurs. On ne doit voir qu'un homme des trous du bas, qu'une machine à dire vrai, ou à réparer le vide juridique.

4. Il dit aussi que le théâtre n'est sur scène que la représentation d'un trou.

Nous avons beaucoup aimé cette image du trou, plus au sens organique, mais plutôt au sens spatial. Nous trouvons ça très intéressant de se façonner un trou d'imagination, de creuser à l'intérieur de nous même pour comprendre et trouver le sens de nos paroles. Puisque si nous nous abandonnons nous-même il ne s'agit plus de réciter un texte, mais de parler. Nous ne montrons aux spectateurs qu'un trou, et il est fort possible que le mot trou soit très adapté à la situation, car ils risquent de ne pas tout comprendre. Mais cette image du trou est très intéressante, on imagine presque directement un trou dans la scène et des personnages qui en sortent comme d'une fosse pour parler, et être leur personnage. Mais il ajoute ensuite:

5. Que l'acteur doit avoir des paroles neuves après chaque respiration et qu'il n'est là que pour jouer, uniquement pour rien.

Cela nous rappelle le journal de bord de Marine sur la respiration ventrale et le débit, la force de parole que cela permet de faire sortir de nous, et surtout le sens qu'il prend en nous. Cette respiration est essentielle chez Novarina, parce qu'en plus d'aider à faire exploser la parole, elle renouvelle le texte lui-même. Qui finalement n'est pas une suite sensée mais une respiration très sonore. Il faut jouer, sans but de résultat, uniquement pour rien. Sans penser à la carte que dessinera la peinture sur le papier blanc, sans penser à rien d'autre qu'à jouer.

6. Pour lui, pour Louis, toute pensée passe par le laboratoire du dedans.

Cela renvoie à nouveau à ce que disait Marine, une fois le ventre, la respiration, la concentration à l'appui, le texte a effectué un circuit intérieur et ressort deux fois plus grand, avec encore plus de sens.

7. Enfin, nous retiendrons qu'un acteur s'avance vers nous pour disparaître.

L'acteur n'existe plus, nous n'existons plus. Nous sommes le personnage, nous mettons au monde l'imaginaire de Novarina. Il dit d'ailleurs que le théâtre a été inventé pour brûler la nuit toutes les figures humaines, voilà donc le sens du théâtre pour lui, et voilà pourquoi ses personnages n'ont rien de réel, n'ont rien de nous les acteurs. Dans cette nuit qu'est la représentation, l'acteur meurt, il brûle à la lumière du spectateur et devient son personnage. Entrer en scène, pas pour se vider de ses mots, mais pour se suicider. Des suicidées entrent en scène !

Nataly et Jane

Petit bonus : une vidéo évoquant ce texte dans une autre m/s mais avec le même Pinon, dont on entrevoit la performance :

mardi 14 décembre 2010

Proposition de sortie supplémentaire : voir du Novarina en vrai !


Nous avons l'opportunité via une ancienne professeur du Lycée (Mme Battle) d'aller voir Le Vrai sang, la dernière création de Novarina : elle dispose de places au tarif scolaire (9 euros) pour la représentation du dimanche 9 janvier 2011 à 15 heures au théâtre de l'Odéon où nous nous donnerions directement rendez vous.
Mais il faut faire vite : elle a besoin de savoir qui viendra d'ici la fin de la semaine pour en informer définitivement le théâtre.
Donc : si vous êtes intéressée, manifestez-vous via ce message en postant un commentaire.
A mon avis, c'est une opportunité à ne pas manquer : moi j'y serai !!!

vendredi 10 décembre 2010

Novarina : extraits d'entretiens sur ses dernières créations

Valère Novarina est l'auteur européen associé cette saison à l'Odéon Théâtre de l'Europe.
Il y a présenté une adaptation de son Opérette imaginaire, un de ses textes assez anciens qu'il a adapté pour une troupe de comédiens hongrois.
Or, ce qu'il dit au lien ci-dessous, à la fin de l'entretien, de la question du personnage et du rapport de l'acteur à son travail, de la pièce comme organisme vivant qui se construit devant nous, sur la parole extravertie nous intéresse directement :
(NB : Stanislavski est un metteur en scène russe du début du 20ème siècle, qui a monté les pièces de Tchekhov et qui a révolutionné l'art du comédien en promouvant un jeu investi, vériste, où l'acteur s'identifie à son personnage pour le construire, lui prête ses souvenirs et ses émotions, etc : cette école de jeu "réaliste" a donné naissance au fameux Actor's Studio américain qui a formé les plus grands acteurs comme Brando, De Niro, Al Pacino et est encore aujourd'hui dominante sur les scènes mondiales et au cinéma).
Extrait de la Lettre de l'Odéon, n°17, nov-déc 2010 : http://www.theatre-odeon.fr/fichiers/t_downloads/file_580_Lettre17.pdf

Novarina monte aussi sa nouvelle création Le Vrai sang à l'Odéon (le photo représente un détail de la scénographie de Philippe Marioge, le scénographe fidèle de Novarina, qui est aussi celui de L'Acte inconnu et qui est parti d'une toile de Novarina qu'on aperçoit en fond de scène) et dans l'entretien que vous trouverez au lien ci-dessous il explique sa manière d'écrire, la genèse d'une pièce et la place qu'y tient la peinture. En illustration, une de ses toiles récentes.
Extrait de la Lettre de l'Odéon, n° 18, jan-fév 2011 : http://www.theatre-odeon.fr/fichiers/t_downloads/file_597_Lettre18.pdf

jeudi 2 décembre 2010

Un outil indispensable pour l'Acte inconnu


A l'origine, je souhaitais vous laisser vous dépatouiller avec Novarina, son Acte inconnu, et sa langue étrange, singulière, dépaysante et décoiffante : comme l'enfant devant le scolopendre, la première fois, émerveillé de ce mécanisme vivant inconnu. Ou comme devant une langue étrangère : on annône d'abord des sons sans les comprendre, on s'efforce à prononcer des sons-matière, on tatônne de la langue et des incisives, de la glotte et du palais.

Notre idée, avec Marc, c'était que le plateau, l'espace, vos corps, allaient éclairer le texte, vous ouvrir des voies de compréhension, que la langue de Novarina, c'est en l'incorporant, en se la mettant dans les pieds (voire plus profond...), en la respirant et en la mâchant, en la projetant dans l'espace, qu'elle se fait parole vivante et efficace et qu'elle devient lumineuse, qu'on la comprend soudain.

Mais voilà, Charlène a découvert le pot-aux-roses !

Un dossier dramaturgique complet sur la mise en scène en Avignon de l'Acte inconnu par Novarina, très éclairant et très précieux que vous retrouverez à cette adresse :
(NB : j'avais déjà signalé la présence de cette source il y a plusieurs semaines dans un précédent message, mais bon... personne n'avait réagi, ni même lu le message ! cf. voir le message "novarina revue de web" du 4 octobre)

J'en profite pour vous dire que de toute façon le texte dramatique de Nono s'accompagne d'un texte "théorique" qui est complémentaire et qui est aussi inscrit au programme : Devant la parole, éditions P.O.L, 2009.

A SE PROCURER D'URGENCE ET A LIRE A PETITES DOSES LE SOIR AVANT DE SE COUCHER COMME ON PRENDRAIT SON SIROP.

Voici un lien vers les premières pages, en guise d'apéritif : http://www.pol-editeur.com/pdf/6376.pdf

mardi 30 novembre 2010

Autour de l'acte I de L'Acte inconnu : recherches dramaturgiques personnelles

Travailler un texte sur le plateau n'exclut pas les recherches personnelles, bien au contraire.
Ainsi, en fonction de sa partition une démarche dramaturgique autonome et une curiosité bien placée devraient vous conduire à fouiller tous les recoins et à s'acharner à comprendre les références ou les allusions qui vous échappent.

Par exemple, en deux clics, on peut éclairer la citation "Una furtiva lagrima" (n'est-ce pas Jane ?).
Un clic wikipedia nous apprend qu' "Una furtiva lagrima (littéralement « Une larme furtive ») est une romance pour ténor issue de l'opéra L’Élixir d’amour de Gaetano Donizetti de 1832. Cet air est le passage le plus célèbre de l'œuvre dont il constitue le sommet1. Il est ainsi souvent repris dans les récitals" et que "Una furtiva lagrima est chantée au cours de la septième scène du second acte. Nemorino a acheté un deuxième flacon à un charlatan, en pensant qu'il contient un élixir d'amour capable de lui gagner le cœur d'Adina, une riche propriétaire. Pour payer cette nouvelle dose, Nemorino s'engage dans l'armée. Adina croit qu'il s'est engagé pour elle. Nemorino ne lui prête pas d'intérêt, Adina en pleure. Nemorino prend ces larmes pour le signe de son amour. Il chante sa joie d'être aimé."
Un clic "images" nous conduit très vite à Pavarotti entonnant le fameux air au Royal Albert Hall en 1982 :

Un clic pour "chantre" vous confirmera la dimension sacrée voire religieuse ou mystique du texte de Novarina (n'est-ce pas MArine et Cynthia ?)

Un clic sur Hamlet (ou la lecture de la pièce, encore mieux) vous éclairera sur la séquence "Où en est la nuit ?" et même sur des phrases aussi absconses a priori que "le spectre de ma mire"... (N'est-ce pas Nataly, Marine ou Charlène ?)

Un clic sur Mantegna, Le Christ mort... etc... etc...

Encore faut-il les faire, ces clics !

Je vous rappelle qu'à l'entretien du bac, rien n'est pire que de se retrouver piteux devant le jury sans pouvoir expliquer une référence évidente ou un terme clef de sa propre partition !!!

vendredi 22 octobre 2010

A la recherche de la Salopette blanche, épisode 1

Bon, j'ai un peu regardé sur la Toile pour trouver de bonnes affaires pour des combis de peintres blanches à acheter pas trop loin de chez nous, et c'est pas la joie pour le porte monnaie (les vraies bonnes combis de pros atteignant parfois les 70 €, puis 58 €, la moins onéreuse à 27€, pour des salopettes en coton bien résistantes je veux dire). Néanmoins, j'ai été regarder sur le site de Leroy Merlin (il y en a un à la Patte d'oie d'Herblay) et j'ai trouvé deux modèles à environ 8€ et 4€ mais qui ressemblent plus à une combi d'apiculteur, ça recouvre les bras et il y a une capuche qu'on peut rabbatre, c'est fait d'une matière assez fine je pense. C'est peut être pas ce qu'on recherche, mais on peut l'enlever facilement, et ca pourrait nous permettre de s'en servir pour s'entrainer sans mettre trop cher. A moins que le modèle convienne !
Je vous met les lien ci dessous
- Celle ci peut faire un peu hopital mais elle est lavable (par contre elle n'est pas imperméable) :

Celle à 3€

Celle à 8€

vendredi 15 octobre 2010

Performance : l'exemples des "anthropométries" d'Yves Klein









Yves Klein, Anthropométrie de l'époque bleue, 1960
La "technique des pinceaux vivants", ou "anthropométrie"
(c'est le terme inventé par Pierre Restany, le théoricien du mouvement des "Nouveaux Réalistes", dans les années 1960 - du grec anthropos : homme, et métrie : mesure - pour décrire la technique de Klein), revient à laisser au corps humain le soin de faire le tableau, mettant ainsi l’artiste en retrait. Chez Klein un lien intime unit la peinture au corps et à la chair.

“Je dirigeais, en tournant rapidement autour de cette fantastique surface
au sol, tous les mouvements et déplacements du modèle qui, d’ailleurs, grisée par l’action et par le bleu vu de si près et en contact avec sa chair, finissait par ne plus m’entendre lui hurler: ” encore un peu à droite”, “là, revenez en roulant sur le ventre et sur le dos”, “venez de ce côté là!”, “écrasez votre sein droit sur cet endroit précis”. Yves Klein


Les Anthropométries sont souvent le résultat de performances réalisées
en public avec des modèles dont les corps enduits de peinture impriment leurs empreintes sur la toile, leurs mises en scène participent elles aussi de la conception que Klein se faisait de l’art : créer dans l'instant, par la surprise et la provocation, une sensibilité nouvelle.

Ainsi le 9 mars 1960 que Klein organise sa premiére performance "anthropométrique", à la Galerie internationale d'art contemporain de Maurice d'Arquian à Paris, devant une centaine d'artistes, critiques et collectionneurs. Neuf musiciens accompagnent la cérémonie. Trois modèles se badigeonnent les seins, le ventre et les cuisses de couleur bleue. Elles réalisent ensuite diverses anthropométries, en se plaquant ou se trainant au sol, dont la plus connue est "Anthropométrie de l'époque bleue". Yves Klein, en tenue de soirée, s’y présente en chef de cérémonie, dirigeant à la fois ses violons et les femmes peintes qui laisseront leur trace sur la toile. Cette soirée fut la première manifestation d'u mouvement naissant des "Nouveaux réalistes" qui réunit autour de Pierre Restany et d'Yves Klein, Tinguely, Hains, Arman, Dufrêne, Raysse et Spoerri.

L'Art Brut et ses créatures : un écho au monde novarinien



















Oeuvres : Paul AMAR La Planète des singes, 2000. coquillages peints, 137 x 70 x 22 cm,
CARLO sans titre, 1964 gouache sur papier, 70 x 50 cm Paul DUHEM sans titre, 1999 huile et crayons de couleur sur papier, 40.5 x 28.8 cm Auguste FORESSTIER sans titre, entre 1935 et 1949.assemblage de pièces de bois sculpté et de divers matériaux, Johann HAUSER Königin Elisabeth, vers 1969.crayons de couleur sur papier, 40 x 30 cm Pascal-Désir MAISONNEUVE Tête cornue, entre 1927 et 1928.assemblage de coquillages divers, haut.: 47.5 cm André ROBILLARD sans titre, 1964.assemblage de bois et de matériaux de récupération divers, long.: 118 cm.

Le terme "Art Brut" a été inventé par le peintre Jean Dubuffet dans les années 1940 pour désigner les productions graphiques et plastiques de créateurs sans formation académique qui pratiquent leur art sans souci de la postérité, ni même de publicité, et hors de tout réseau marchand ou muséal. Ce sont souvent des marginaux, des aliénés.
Ce qui fascine Dubuffet, qui rassemble une gigantesque collection aujourd'hui déposée à Lausanne, c'est d'une part la puissance et la liberté sauvage d'expression de la plupart de ses oeuvres, débarrassées des pratiques reçues et du souci de plaire, d'autre part l'inventivité des moyens et des manières (matériaux divers de récupération, supports de tout genre, collages, montages, assemblages, etc.) et enfin, la capacité démiurgique à créer des mondes autonomes, formidablement cohérents (pour ne pas dire obsessionnels).
Sur tous ces points, le théâtre de Novarina me paraît entrer en écho avec cette création hors-norme, même s'il est très loin de correspondre à la définition d'un artiste autodidacte et non instruit.
Lui-même est plasticien et il a d'ailleurs entretenu une correspondance avec Dubuffet.
D'abord, c'est comme si Novarina commençait pour écrire du théâtre par se priver de tout ce qui faisait jusqu'à lui théâtre : intrigue, personnages, thèmes, dialogues cohérents et suivis, etc. pour repartir de zéro, de rien, et réinventer un nouveau langage et une nouvelle manière de faire du théâtre, libre, sauvage, élémentaire.
Ensuite, le monde et le langage "novariniens", bien qu'étranges et d'abord privés de sens commun, donnent malgré tout une grande impression de cohérence, d'unité, d'autonomie ou d'autarcie : il est peuplé de figures (ou de "créatures") inédites, imaginaires mais qui forment un tout, comme un grand organisme ou une petite société.
Moi, j'ai l'impression de reconnaître dans certaines figures proposées par les artistes bruts ci-dessus certaines figures de L'Acte inconnu.
Et vous ?
Pour les gourmands, adresses du
site de la Collection de l'Art Brut à Lausanne (Suisse) : www.artbrut.ch
site de la collection d'art brut du musée de Villeneuve d'Ascq :www.musee-lam.fr

lundi 4 octobre 2010

Novarina revue de web

Pour celles qui voudraient fouiller le web à la recherche de clefs pour continuer de pénétrer le continent novarinien, voici quelques liens utiles : - d’abord, le site de Novarina lui-même :http://novarina.com - une présentation générale de l’oeuvre de Novarina :http://www.culturesfrance.com/adpf-publi/folio/novarina/ - le pièce (dé)montée sur l’Acte inconnu : http://crdp.ac-paris.fr/piece-demontee/piece/index.php?id=l-acte-inconnu - le site education de théâtre contemporain avec une page consacrée à l’acte inconnu : http://educ.theatre-contemporain.net/pieces/LActe-inconnu/ et plus particulièrement la conférence de presse donnée par Novarina : http://educ.theatre-contemporain.net/pieces/LActe-inconnu/spectacles/LActe-inconnu/createurs/role/miseenscene/idcontent/18286 - une conférence, très riche, sur l’Acte inconnu : http://educ.theatre-contemporain.net/pieces/LActe-inconnu/spectacles/LActe-inconnu/createurs/role/miseenscene/idcontent/18286