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mercredi 8 décembre 2010

Analyse de théâtre - Klaxon, trompettes et pétarades Fo/Prin/Nanterre

Klaxons, trompettes et pétarades, des acteurs décomplexés et mordants
J’ai eu un vrai choc en assistant à la mise en scène de Marc Prin, qui ébranle quelque peu une certaine conception rigide et « naphtalinée » du théâtre, qui parlent d’émotions et de faits parfois abstraits pour le spectateur, où il n’ya aucun contact. Ici c’est le contraire : même si le contexte des Années de Plomb date un peu, personnages et ce qu’ils ont à nous dire nous font rire autant qu’ils nous dérangent, car nous pourrions en croiser de tels aujourd’hui. A la surprise jubilatoire d’une théâtralité farcesque qui nous est peu connue, s’allie la réflexion.
La scénographie remarquable de simplicité et de pertinence de Marc Prin, totalement bricolée et laissant les acteurs en préparation « à vue » donne au spectateur une toute autre vision du comédien. En laissant les coulisses déborder sur l’espace de jeu, il semble nous dire que ces acteurs sont bien des acteurs, sans cesse au travail. Voir ce qui se prépare en amont , nous permet de mieux nous focaliser sur ce qu’ils nous racontent. Ils apprivoisent l’espace théâtral avec « les moyens du bord » : c’est un grand terrain de jeu, une piste de cirque ou bien une arène où ils sont rois, font rire ou bien réfléchir.
Le jeu des comédiens dans Klaxon, trompettes et pétarades nous surprend agréablement par sa grande richesse : possédant déjà un physique original, « une tronche » comme nous disait Marc, ils sont proches de nous, pas comme les stars sur papier glacé. Ce sont de vrais gens et jouent avec le corps sans s’embarrasser des convenances et cela crée le rire, ils sont très vivants. Parfois exagérées à l’extrême, les situations rocambolesques dans lesquelles ils se trouvent donnent à leur jeu un aspect de numéro de clowns, ils n’hésitent pas à créer un certain décalage dans leurs mouvements (par exemple le médecin qui se déplace en dansant, comme au music-hall). Très vite, grâce au texte lui-même et à la mise en scène de Marc Prin, il y a un phénomène de distanciation : les personnages s’adressent à nous directement et font régulièrement des retours en arrière, de leur propre initiative, pour commenter la situation en cours. Ils contrôlent le fil de l’action. A la fin, ils deviennent même narrateurs. Le côté théâtral transparait dans le fait que les acteurs incarnent plusieurs personnages et n’hésitent pas à se grimer. Ils utilisent des perruques, costumes et postiches qu’ils mettent et enlèvent « à vue » : c’est une démarche démystifiée et touchante des comédiens. Le toc et l’obscène (le visage refait du médecin par exemple) s’insèrent dans l’environnement rationnel et familier d’une salle d’opération ou d’un salon, et mine de rien nous parlent de cette aire de la chirurgie esthétique poussé à l’extrême dans le monde politique et du show-business, donnant au faux l’apparence du vrai et inversement. C’est un problème plutôt actuel, qui trouve un écho en nous. Grossissant le trait, à la manière des Guignols de CANAL +, les acteurs n’hésitent pas à déranger, et le rire devient jaune : au fond, ces clowns là ne sont pas sans nous rappeler des célébrités et hommes politiques de notre temps.



Analyse de théâtre - Klaxon, trompettes et pétarades Fo/Prin/Nanterre

Nous sommes assis, face à une scène déjà très vivante, bien qu’inanimée. Entre le bloc opératoire, l’appartement, les multiples dressings, la salle à manger, la chambre d’hôpital, l’espace cinéma. On ne s’ennuie pas. Tout est déjà à vue et l’on s’amuse à deviner à quoi chaque élément de cette scénographie rocambolesque renvoie dans la pièce. Nous connaissons la pièce et ses thèmes principaux, les grandes lignes de sa dénonciation, de son militantisme. Le « décor » présent fait penser à de la viande crue, tout est exposé et donné au spectateur avant même que celui-ci ne puisse le comprendre, tout est à vue, sans rideau rouge ni emballage conventionnel. C’est d’ailleurs ce que dit le metteur en scène, que comprendre Dario Fo c’est voir tout à l’ouvrage, sans masquer le grotesque ou le ridicule de l’acteur, c’est se laisser jeter dans l’arène. Alors quels sont les partis pris de Marc Prin qui visent à tout révéler, sans formes et conventions, afin de mieux servir la dénonciation de Dario Fo ?

Le parti pris du grotesque, de l’exagération, du rentre dedans dévoile bien des aspects de la pièce, mais aussi et surtout de la société actuelle. Ici, rien n’est suggéré, tout est dit clairement, crûment, aussi bien dans le texte théâtral traduit de l’italien que dans le jeu à proprement dit. Tout est « cash » comme on dit. On est à l’hôpital, les portes sont vertes et indiquent « Bloc opératoire » ou encore « Chirurgie maxilo-faciale » tout ça accompagné de bruitages hospitaliers. Chaque détail est maximisé afin de renforcer l’idée principale, le blessé est entièrement détruit, pulvérisé, son bandage est plus blanc que blanc, intégral au possible, le lit dans lequel il est allongé est affublé d’un attirail interminable et gigantesque. Même la chaise accentue l’aspect médical puisque bien que cela ne serve en l’occurrence à rien elle possède un pot en dessous. Rien n’est laissé au hasard, tout participe à l’ensemble rocambolesque. Encore plus impressionnant le fameux appareil visant à faire manger le malade ressemble cruellement à un appareil de torture, haut d’un mètre et très complexe, le metteur en scène ne lésine pas sur les moyens pour tout exagérer. Toujours dans l’univers médical la médecin en chirurgie faciale est masquée de pommettes qui la défigurent, elle est une espèce de bimbo sexy, une allumeuse toujours à moitié dénudée. Autant l’univers médical est accentué et disproportionné, en effet on se demande comment un homme détruit au possible comme l’est Agnelli ici peut survivre d’une part et retrouver toutes ses fonctions d’autre part, mais l’exagération sur le docteur en chirurgie plastique révèle une critique de l’apparence. Cette critique est justement proposée par la pièce de Dario Fo mais surtout mise en scène par Marc Prin puisqu’il sacrifie toute espèce d’apparence arrangée, botoxée, rajeunie. Il choisit de tout mettre à jour, de tout écorcher, de tout montrer dans la plus simple vérité. Au travers de ce masque et de ce sex-appeal dont est affublée la « médecin » il révèle à quel point l’apparence dont les gens se parent les pourrit, les rend faux et laids. En l’occurrence, si l’on est habillé comme un médecin, alors on est médecin, il dénonce cette société dont l’habit fait le moine. À quel point finalement, notre société actuelle prônant la beauté corporelle et la perfection entraîne le capitalisme et la perte des vraies valeurs. Quand on y regarde de plus près, cette pièce traite principalement de l’apparence physique et de tous les problèmes, toutes les confusions, tous les quiproquos, toute la haine qu’elles suscitent. Et tout ce que cette apparence signifie et renvoie de nous-même. Je pense que cette critique qui vise la société de ce culte physique en expansion s’adresse évidemment à la « haute classe » pour lui dire à quel point l’argent rend laid, pourrit et défigure, tandis que la classe ouvrière reste saine et vraie. Même les acteurs ici en sont le reflet, puisque les « riches » sont défigurés et les « pauvres » toujours beaux et véritables. D’ailleurs, la punition ultime du riche est de se voir déclassé, et c’est ce que subit doublement Agnelli, puisque tout le monde le croit mort, et qu’en plus il se retrouve sosie d’un de ses ouvriers, qu’il méprise profondément.

L’apparence est détruite ici, comme nous pouvons le voir et d’ailleurs, tous les tabous sont mis à jour puisque le metteur en scène nous montre des corps nus, des visages détruits, du sang, des radios. Tout ce qui est à jour est ce qui est d’habitude gardé dans la profondeur du secret, du tabou. Les fesses sont vulgarisées ici, ce masque vise à faire ressortir le fait que même la laideur s’achète aujourd’hui, croyant atteindre la beauté. Tout ce qui est montré dans la vérité est ce qui plus conventionnellement conservé dans le secret, dans les abysses, les radios montrées sur l’écran de cinéma en sont d’ailleurs la révélation. La science de mettre à jour la profondeur du secret. Mais finalement, tout cela n’est que le reflet de la vérité, puisque de nos jours les plus célèbres et ceux qui devraient être les plus respectés, comme les dirigeants politiques par exemple, sont sujets au plus grand nombre de scandales et se transforment ainsi en vedettes people, en animaux de cirque. Toute la pudeur et l’intimité est dévoilée, ici ce sont les tabous, les secrets qui sont découverts et rendus publiques.

Tout cela renvoie au sujet de l’apparence physique, donc aussi aux costumes, puisque ceux-ci sont très révélateurs de la condition sociale des personnages dans la pièce. Toujours dans une forme d’exagération, ou de vérité très marquée disons, les médecins sont en blanc, les infirmiers en vert, la classe ouvrière sous un tablier de cuisinier ou dans un blouson de cuir et les riches, voilà la morale, déguisés en pauvres, punis physiquement. La critique de cette société de classes et d’apparences est très présente au niveau des costumes et du jeu des acteurs, souvent caricatural, nous repensons notamment aux déplacements de la doctoresse, courant au ralenti dans la chambre d’hôpital.

Mais je pense que de manière plus contemporaine, cette critique de l’apparence et de la chirurgie plus précisément fait un (plus ou moins léger) clin d’œil à l’un des hommes politiques Italiens, Silvio Berlusconi. La justice est caricaturée, elle aussi, en une sorte de sorcière frigide. Mais finalement, la juge n’est pas celle qui fait appliquer la justice, tout comme le flic n’est pas celui qui résout l’affaire. L’aliénation des aides publiques : la justice se fait tirer dessus à deux reprises et n’exerce pas, tandis que le flic préfère fricoter avec la docteur dans le dos de la justice dupe plutôt que de résoudre l’affaire d’enlèvement. D’ailleurs les flics sont tournés en dérision, ils portent ici un masque représentant Michael Jackson, tout aussi refaits que les hommes politiques, tout aussi faux que les riches. Marc Prin montre ici à quel point la police a perdu en crédibilité, en justice, puisqu’elle écoute plus ses pulsions sexuelles que ses devoirs et qu’elle ressemble aux stars télévisuelles. Cet élément est déjà très présent dans la pièce, mais à l’aide de ces différents masques, Marc Prin l’actualise et nous le renvoie en pleine figure. Les « justes » sont réduis à l’état de machines sexuelles, de parfaits dupes, et plus personne ne fait son boulot, plus personne n’aide les autres. C’est chacun pour sa gueule, pour sa beauté, pour son plaisir et les plus bêtes se font éjecter (ou tirer dessus). Le pouvoir est dans les mains des plus vicieux, des capitalistes, et le bon côté de la balance se fait avoir. Voilà donc à la fois ce que dit la pièce, mais c’est surtout ce que fait ressortir le metteur en scène ici, en étant aussi franc et cru, en dirigeant des acteurs qui font abstractions des règles conventionnelles, qui jouent à toute allure, avec mille mouvements, que l’on voit se déshabiller en fond de scène, qui déshabillent l’apparence de la réalité cachée. Tout est explosif, les seringues sont énormes, comme pour dire que ce qui règne est l’anesthésie du peuple face à la gouvernance injuste et vicieuse, et les coups de fusils font sursauter, la violence calme et anéantit, elle domine la justice et l’assied. L’argent est égal au pouvoir qui l’utilise pour anesthésier et avoir les pauvres, et lorsque ceux-ci font appel aux instances de justices, la violence calme leur rébellion.

La scénographie en elle-même propose un système d’inversion de deux univers, de deux espaces, au travers des portes qui rappellent l’inversion de deux conditions sociales, donc des deux hommes, l’un ouvrier, l’autre patron. En effet, les portes, selon leur sens représentent soit l’hôpital, soit la maison de Rosa, ou encore l’univers pourrit des riches contre l’univers encore pur des pauvres. Mais cette utilisation double d’un même accessoire pour symboliser deux espaces aux antipodes l’un de l’autre révèle en réalité l’intrusion de l’un des univers dans l’autre et vis versa, ainsi que le mélange de deux catégories bien distinctes. Et c’est de ce mélange, de l’inversion d’Agnelli avec son ouvrier que naît le quiproquo et le sujet de l’histoire. Mais il ne faut pas oublier la deuxième partie de l’affaire qui est celle d’un homme machiste, trompeur et séducteur tiraillé entre deux femmes, l’une jeune et belle, l’autre plus vieille. La jeune et belle, Lucia appartient plutôt à l’univers riche (elle est « médecin »), tandis que Rosa s’ancre dans l’univers prolétaire. Il y a donc sans cesse, au travers de toutes les sous parties de cette pièce un tiraillement entre deux univers, une inversion et une intrusion perpétuelle d’un univers dans l’autre. Ainsi, une contamination des défauts d’un univers sur l’autre. En effet, le sujet de la contamination est assez présent dans cet univers médical sur représenté et très accentué. Et l’on remarque que ce mélange de « mondes » transforme les personnages, Antonio se met à agir comme son patron, à manipuler sa femme, à s’en aller vers une autre plus jeune, plus belle, à être attiré par ce monde de paillettes et de perfection, bien qu’il conserve toujours sa place chez Rosa. Et cette contamination, cet échange, ce tiraillement est symbolisé par les portes qui permettent justement aux personnages issus de l’autre monde d’entrer dans l’espace opposé. Ainsi, Rosa retrouve son amour pour Antonio dans l’univers de l’hôpital, mais finalement c’est d’Agnelli qu’elle s’éprend, de la même manière c’est par ces portes que les riches tels qu’Agnelli, le flic, la juge, la médecin entrent chez Rosa.

Le domaine du « faux » est toujours très présent et il agit comme une menace qui plane sans cesse au-dessus de la pièce, au travers de sa mise en scène Marc Prin révèle cette réalité et l’actualise. Le grand brûlé n’est en réalité qu’un mannequin que l’on trimballe dans tous les sens, que l’on maltraite alors qu’il est en soins intensifs, et lorsque celui-ci disparaît, puisque Agnelli reprend vie sous la forme d’Antonio, il est projeté en l’air et plane tout le long de la pièce au dessus des acteurs. L’apparence, le faux, le plastique et la perfection du mannequin est une menace qui plane et qui vise à nous transformer, à nous défigurer. Tant et tant que l’on croit reconnaître quelqu’un à ses mains ou à ses oreilles puisqu’il ne lui reste plus que ça de reconnaissable et que l’on se trompe. La tromperie des apparences, la domination du capitalisme, d’hommes politiques tous plus menteurs et faux les uns que les autres, voilà ce que dénonce cette mise en scène de manière contemporaine. Et ce mannequin qui plane semble dire que sous cette emprise du pouvoir capitaliste et vicieux d’aujourd’hui, nous finirons tous identiques et plastifiés, à l’image de ce mannequin. Un deuxième risque plane sur la pièce, un danger interne à l’histoire relatée, celui de la puissance politique. En l’occurrence la puissance des brigades rouges qui sont selon moi symbolisées par la voiture de couleur rouge placée en hauteur. Ce risque lié à la politique renvoie au parti pris précédent puisqu’il s’agit encore et toujours d’un certain type de politique qui aliène le peuple. À la seule différence que le communisme s’en prend au capitalisme dans le contexte de la pièce, mais qu’aujourd’hui c’est le capitalisme qui s’en prend au peuple et qui le domine.

Marc Prin utilise aussi la religion, qui est une valeur en perdition, dépassée par la consommation, pour dénoncer l’aliénation de la société. En effet, ce qu’il reste de la religion est l’aspect du rite sadique que nous retrouvons lors de la scène du repas, où le sang gicle. Et ce qui tombe à présent du ciel n’est plus Dieu, mais des journaux pour annoncer l’enlèvement de riches patrons d’industries esclavagistes. Dans cette société capitaliste même les valeurs sur lesquelles les hommes se sont construits sont aliénées. Et cette sculpture qui semble dominer, de manière spirituelle l’espace n’est absolument pas la figure de Dieu mais encore et toujours celle du patronat, de la richesse. Le nouveau Dieu des hommes est le capitalisme, les valeurs et croyances se réduisent à l’argent et au pouvoir.

Mais toutes ces dénonciations et tous ces partis pris sont mis en scène dans l’humour, le rire, le sang, la musique, la couleur… Bien que chaque élément renvoie à du sérieux et précis tout est organisé avec un certain comique tordant, toujours présent. Tout est justement fait dans le jeu, celui des acteurs qui sont à 200%. Le domaine du spectaculaire est très présent et prend un grand sens et une grande importance ici, il permet l’étonnement, le rire, le dégoût, l’attention du spectateur qui n’a pas une seconde de répit entre ce qui se passe sur l’avant-scène et ce qui se déroule en arrière plan, qui bien que moins crucial suscite sans cesse notre curiosité. Le sang, le sexe, le chant, le rire, tout cela combiné donne un résultat explosif et captivant.

Extrait d'analyse : Klaxon, trompettes et pétarades Marc Prin par Charlène


Klaxon, trompettes et pétarades, est une pièce écrite par Dario FO et mise en scène par Marc PRIN. Les enjeux principaux de la pièce sont ceux de la politique, du faux et des apparences.



Le décor fait penser à une critique de la société du « beau » et aux faux-semblants des gens en général, grâce aux changements de costumes, de masques et donc de personnages qui sont laissés visibles aux yeux du public. Nous montrer les « coulisses » c’est comme nous montrer ce que nous ne voyons pas en temps normal. Ce que nous choisissons de cacher derrière une « fausse » image de nous révélerait en faite une part de « vrai ». Dans Klaxon, cela est symbolisé par la chirurgie esthétique exagérée de la chirurgienne face au naturel du corps de Rosa. D’un côté, le médecin, une femme refaite à outrance, qui en vient presque à nous effrayer, cela révèle des choses sur ce personnage en apparence séductrice et trop parfaite. Elle symbolise la volonté de chacun de protéger un secret sur leur personne en se cachant derrière une « fausse » image d’eux même. D’ailleurs, le metteur en scène a choisi d’utiliser un masque pour marquer d’autant plus l’idée de faux-semblants. En comparaison, d’un autre côté, Rosa est une femme entière, spontanée et imparfaite. C’est l’opposé total de la chirurgienne car elle représente le « vrai » et la beauté du naturel.

Le personnage d’Agnelli, à force de jouer le rôle d’Antonio à certains moment et d’expliquer qui il est réellement à d’autres, se perd lui-même ; ce qui est représenté par les portes rouges et vertes (alternativement rouge puis verte, pour finalement être de deux couleurs à la fois). On peut aussi se dire qu’il est le prisonnier de l’image qu’il a (celle d’Antonio) ; c’est la rencontre des classes et l’inversion des rapports ; Agnelli qui était « supérieur » à Rosa devient soumis puisqu’il est dépendant de ses services. Il est donc obligé de se faire passer pour une autre personne (ici Antonio) pour survivre dans ce monde ; et bien qu’il finisse par triompher il représente avant tout le besoin de se faire passer pour ce que nous ne sommes pas.



Les enjeux de cette pièce et surtout sa mise en scène ne peuvent que nous faire réfléchir sur nous-même puisque les images, comme les masques par exemple, sont des images frappantes.

Analyse de spectacle/ Klaxon, Trompettes et pétarades/ Marc Prin/ Nanterre

Les personnages:


Antonio est le personnage principal de la pièce mais il n'intervient pas dés le début et intervient de manière décalée: comme un régisseur ou un metteur en scène intervient pour interrompre une répétition parce que quelque chose ne va pas, en effet lorsqu'il arrive sur la scène pour la première fois, son apparition est assez étrange, le spectateur ne comprend pas tout de suite si c'est fait exprès ou si il intervient réellement en tant que membre extérieur. On est donc face à ce personnage au grand sourire et aux grands yeux globuleux qui nous fait rire dès son arrivée: ses gestes, ses mimiques, ses expressions du visage qui semblent être poussées a l'extrême lui donnent ce côté clownesque et le rendent captivant. On l'écoute attentivement et l'on cherche à comprendre ce dont il veut nous parler, bien que ses explications soient pour le moins extravagantes et parfois mensongères. De plus dans la suite de la pièce l'acteur qui interprète le rôle d'Antonio interprète aussi le rôle d'Agnelli, on est face à une performance artistique étonnante qui induirait presque un dédoublement de personnalité de l'acteur lui même, obligé de passer d'un état psychologique à un autre en passant juste parfois par une porte et un léger changement de costume.


Rosa, est l'ex femme d'Antonio. Elle semble être toujours éperdument amoureuse de lui malgré son amertume envers sa trahison. Ce petit bout de femme, petite avec le corps d'une mère, d'une femme d'un âge mature nous apparaît très attachante dès le début, en effet son corps est très expressif: elle gigote dans tous les sens, elle rit, etc. Elle se trouve en opposition totale avec le personnage de Lucia (celle pour qui Antonio a quitté Rosa) qui elle est grande et mince et paraît plus jeune, ce qui représente un peu le cliché des situations actuelles que l'on retrouve dans les films ou les séries populaires: où l'homme quitte sa femme après l'avoir trompée avec une femme plus jeune et plus belle qu'elle. Le personnage de Rosa est aussi un personnage comique mais « sans le vouloir » , effectivement elle croit à ce que lui raconte Lucia et Antonio et, est persuadée que l'homme qui a subit l'accident est son mari, sa naïveté nous fait rire, elle semble être comme une enfant à qui on raconte une histoire.


Lucia quand à elle, est un personnage qui du début à la fin de la pièce semble être le plus réaliste et le plus proche de nous, c'est une femme qui se fait insulter mais qui ne réagit pas, qui affirme ses opinions politiques et qui est en même temps la plus neutre dans la pièce, elle semble être la seule à garder la tête sur les épaules malgré le désordre environnant et l'agitation qui l'entoure. Elle n'intervient pas énormément dans la pièce et pourtant ses apparitions sont essentielles car elles permettent au spectateur de souffler. L'actrice qui joue le rôle de Lucia joue également le rôle de la juge qui elle au contraire est un personnage déformé (elle porte un masque qui lui allonge le nez et la rend ridicule dés son entrée sur scène), c'est un personnage qui n'intervient pratiquement pas dans la pièce mais qui cependant est un personnage extrêmement comique, qui laisse apparaître derrière son aspect de femme rigide et sévère une femme peut être frivole et extravagante peut être même à l'image de la chirurgienne.


Le personnage du médecin, est un personnage témoin de la dénonciation du monde plastique et superficiel dans lequel on vit. Elle porte un masque qui semble uniquement lui déformer le visage ( de loin on pourrait penser que c'est son vrai visage) et lui donne un côté refait et pas naturel, de plus son maquillage reste assez extravagant (rouge à lèvres rouge...) et parfois elle porte un tailleur rouge avec des chaussures à talons rouges laissant apparaître un décolleté généreux qui ne laisse pas indifférent le commissaire avec qui elle « flirte » à plusieurs reprises et toujours de manière comique et exagérée. Son personnage est très démonstratif dans le corps: elle danse, se place dans des positions improbables pour opérer ses patients, non seulement son corps semble totalement retouché mais son travail aussi semble n'être pas réellement son travail quelque part, c'est à dire que sa manière d'opérer les patients et les exercices qu'elle propose semblent ridicules parfois et ne donnent pas l'impression d'être de vrais exercices médicaux aux effets thérapeutiques, mais plutôt une façon pour elle de meubler le vide et donner l'apparence d'un médecin.


Le commissaire apparaît d'abord comme un personnage « sérieux », en effet quand on le voit entrer en scène il nous donne l'impression d'être « l'homme de la situation » , qu'il va tout résoudre et que tout va revenir dans l'ordre grâce à lui, ce qui lui donne un côté comique car on se rend vite compte qu'en réalité lui non plus ne comprend strictement rien à la situation et qu'il est complètement prisonnier de ce quiproquo infernal. Et bien sur ce sérieux est entièrement brisé par le rapport qu'il entretient avec la chirurgienne. Le comédien qui incarne le rôle du commissaire est lui aussi un comédien qui impose son corps ou plutôt qui a un corps imposant, une carrure et un visage qui m'ont beaucoup rappelé le corps de l'acteur français Gérard Depardieu dans ses débuts d'acteur.


On remarque que dans cette pièce chaque acteur joue plusieurs rôle(tous infirmiers au début, rosa et la chirurgienne jouent aussi des agents de police, Lucia joue également la juge, Antonio joue Agnelli…) ce qui va avec l'ensemble de la scénographie, de la mise en scène et de l'aspect bricolage du spectacle en lui même. Leurs costumes sont aussi contemporains que le texte traduit ( robes, pantalons, bottes...)






Scénographie :




Cette pièce propose une scénographie assez particulière et originale, en effet on remarque dés notre arrivée dans la salle que les coulisses se trouvent sur le plateau à l'arrière de la scène , placées derrière des portes qui semblent délimiter l'espace de jeu et l'espace coulisses sur la scène elle -même. Même si à quelques moments dans la pièce les comédiens se « baladent » sur toute sa surface. La scénographie qui nous est proposée ici se veut simple et sans artifice,en effet le fait de pouvoir accéder aux coulisses est un privilège pour le spectateur qui se sent lui même intégré au spectacle. Voir l'envers du décor témoigne aussi de la sincérité du jeu des acteurs de leur engagement ainsi que de leur entraide les uns par rapports aux autres, car on pouvait voir tout au long du spectacle que même lorsqu'ils ne sont pas sur la scène les comédiens sont en jeu car ils s'aident à vêtir leurs costumes les uns les autres à vue ou alors sont très attentifs a ce qui se passe en avant scène (ce qui fait énormément écho a notre travail de plateau). De plus cette mise en scène pour moi représente l'aspect globale de l'esprit de théâtre en tant qu'art de la parole, du corps et de l'écoute dans le quel avec peu de moyens on peut faire beaucoup, c'est à dire que grâce a cet aménagement de la scène on peut voir comment cette troupe de comédiens travaillent ensemble en tant que comédiens et « avec les moyens du bord ».


Beaucoup des objets placés en coulisses semblent ne pas servir à la pièce,(uniquement en guise de décors) les coulisses m'ont apparues comme une sorte de grand débarra dans lequel on trouve tout et n'importe quoi, un peu comme lorsque l'on fouille son grenier ou son garage et qu'on y retrouve pleins de choses que l'on pensait ne plus avoir besoin ou que l'on trouvait totalement inutiles. C'est un peu comme si ici la troupe avait fouillé ses placards et que des tas d'objets avaient été retrouvés et adaptés au service de la pièce. L'aspect bricolage a été privilégié par rapport à l'aspect superficiel de certains théâtres ou certaines mises en scène, ce qui je trouve, rend cette pièce « bariolée » et farfelue plutôt simple en réalité.


Sur la scène était disposée une grande colonne verte sur laquelle était posée une tête énorme en aluminium dont la fonction m'a semblé au premier abord totalement incompréhensible mais ensuite lorsque Antonio arrive sur la scène on le voit s'adresser directement à la statue ou alors en parler à Lucia sous le nom de Agnelli, on comprend donc ici que cette statue représente le personnage dont on entend parler tout au long de la pièce mais que l'on ne voit jamais réellement puisque les seuls moments où il nous apparaît c'est après son opération et donc avec le visage d'Antonio. On comprend donc l'aspect de cette statue : sa taille serait une représentation de son statut :le grand patron de l'entreprise dans laquelle Antonio travail et sa couleur, la matière dans laquelle elle est faite rappellent le domaine de l'usine industrielle.


Les portes placées sur la scène apparaissent tout d'abord comme les portes d'un hôpital (vertes avec des écrit-os blanc et rouge) puisqu'en effet au commencement de la pièce on se trouve dans la chambre d'hôpital de Agnelli ( faux Antonio...), puis à un certain moment de la pièce ,au moment où les comédiens chantent tous ensemble une chanson en italien ajoutée au texte de Dario Fo, ce qui me semble être une coupure entre deux moments précis de la pièce et aussi un bond radical dans le temps, elles sont retournées et l'on remarque qu'elles changent d'aspect (rouges avec des étagères ou encore une photo d'une équipe de football) et représentent ainsi un tout autre lieu qui est celui de la maison de Rosa, cependant à la toute fin de la pièce, les portes dans la folie des acteurs qui se mettent à danser et à courir un peu partout sur la scène finissent par se mélanger, démontrant ainsi que les espaces eux aussi se mélangent: l'hôpital et la maison de Rosa ne formant plus qu'un: l'intime et le public se mélangent également; le désordre prend place sur la scène.

Extraits d'analyses Ithaque Strauss/Martinelli Nanterre et Klaxon Fo/Prin Nanterre

Klaxon, trompettes et pétarades

Le jeu des comédiens est avant tout clownesque, très grotesque, très exagéré, c'est un jeu de cirque, de cartoons déjantés de par les mimiques, les gestes des comédiens ou par l'enchaînement successif de leurs actions. Ils portent des masques, des faux nez, des perruques, des pommettes gonflées (renvoi au maquillage du clown très abusif, démesuré) ce qui accentue donc ce côté clownesque. Tout ceci est digne de la Commedia dell'Arte, genre théâtral populaire italien apparu avec les premières troupes de comédie avec masque et dont les thèmes principaux sont représentés dans la pièce comme le comique gestuel et les quiproquos. De plus l'idée du cirque et notamment du clown renvoie directement au titre "Klaxon, trompettes et pétarades" avec l'idée du bruit, de l'éclatement etc. Cependant toute cette mascarade cache la triste réalité de l'époque en Italie durant les "années de plomb" (1970-1980) basées sur la lutte des classe et l'affaire Aldo Moro.
La chanson que les comédiens interprètent tous ensemble sert de transition dans la pièce, elle parle d'amour, on pourrait presque penser qu'il s'agit d'un chant patriotique, d'un hymne et est de loin le seul moment poétique de la pièce qui paraît vrai par rapport à toute la folie (scénographie, décors, jeu des comédiens) qui l'entoure.




Ithaque

La scénographie repose sur des éléments
(décors, couleurs) froids, métalliques. D'une part à cause d'un rideau de fer, assez récurrent dans la pièce, d'autre part à cause de cet énorme escalier mobile qui occupe toute la largeur du plateau. Grâce à cette mobilité, le plateau change à son gré (escalier qui avance et recule ou rideau en cotte de maille qui se baisse par exemple). Les couleurs jouent aussi un rôle très important et accompagnent la scénographie. Souvent grises, noires, bleues foncées, blancs, elles accentuent la froideur de la mise en scène ainsi que le jeu des lumières (plateau sombre avec feu lors des retrouvailles entre Ulysse et Pénélope ou encore plateau très éclairé au début du spectacle). L'énorme flaque d'eau sur le devant du plateau est toujours présente et peut suggérer plusieurs interprétations comme le rêve ou l'évasion mais elle est aussi le seul élément qui nous fait revivre ou qui retrace le voyage d'Ulysse en pleine mer. Lorsqu'un personnage patauge dans cette eau, des ombres se propagent sur les murs. Au début du spectacle, nous sommes complètement transportés sur ces eaux, plongés dans l'action. Nous pouvons interpréter les reflets sur les murs comme si nous étions "sous l'eau" ou simplement les compagnons d'Ulysse qui ont péri.
Le metteur en scène utilise souvent des "effets spéciaux" parfois un peu kitsch mais spectaculaires et agréables à voir (spectre d'Athéna ou encore concours de tir à l'arc avec feux d'artifices). Le metteur en scène s'en sert afin d'insérer de la modernité dans la pièce. Les métamorphoses contribuent aussi au spectaculaire mais elles peuvent aussi parfois être grotesque notamment celle Zeus, dieu TRÈS puissant, qui parle à travers un arbre. Cela désacralise ce personnage car pour le metteur en scène la présence divine la plus importante est celle d'Athéna, ainsi il fait abstraction des autres dieux beaucoup moins présents dans la pièce.

Analyse de théâtre - Klaxon, trompettes et pétarades Fo/Prin/Nanterre

Nous sommes allés voir deux fois Klaxon Trompette et Pétarade de Dario Fo, une pièce qui fait passer un fort message par le rire. C'est un vaudeville qui dénonce et tourne en dérision le capitalisme. Une farce qui m'a un peu rappelé La Farce de Maïtre Pathelin, ou encore Molière avec Dom Juan sur lequel nous avions travailler. Ici encore une fois le trompeur est trompé, l'arroseur est arrosé. La pièce a été écrite durant les années 80, les "années de plomb" en Italie, peu de temps après l'enlèvement et l'assassinat d'Aldo Moro par un groupe de terroristes d'extrême gauche. C'était une pièce très engagé à l'époque, elle pose cependant des problèmes qui sont encore bien d'actualité. La lutte des classes est peut être moins forte, néanmoins elle est toujours présente. Tous les jours, il nous est montré, à la télévision particulièrement, qu'il faut être beau et riche pour réussir sa vie. Toutes les décisions, réformes prisent de nos jours visent à abrutir les gens, leur effacer toute culture. Mais dans cette pièce, c'est bien la culture, l'art qui va dénoncer cela. On en rit, et je pense que plus nous comprenons et sommes touchés, plus nous rions fort... Nous allons voir dans un premier temps, comment cette pièce dénonce, tout en passant par le rire, ensuite nous verrons comment celle ci tient le spectateur jusqu'au bout.



Crédit Photo : Victor Tonnelli Légende : « Klaxon, trompettes… et pétarades, une farce politique haute en couleur au Théâtre Nanterre-Amandiers. »



Le décor est simple, sans artifices, bricolé. Quatre portes sans mur délimitent l'espace dans lequel se déroule l'histoire, cependant au delà de ces murs imaginaires, ce qu'on pourrait appeler les coulisses, sont apparentes. Tout est à vue, il y a seulement 5 acteurs pour 12 personnages, et ce sont eux qui déplacent les décors, devant les yeux du spectateur, ce sont même eux qui vont créer un petit « intermède », lorsqu'on change d'acte, en chantant une chanson italienne. Tout est créé, et mit en vie par ces 5 acteurs, qui tiennent jusqu'à la fin la pièce à bout de bras. On peut voir qu'il y a un fort travail d'équipe derrière cela, pour que la pièce fonctionne à ce point. Et c'est en effet je crois l'une des idées défendues par cette pièce. Il n'y a pas besoin de milles artifices modernes, pour faire vivre la pièce, on peut en créer une avec de simples éléments, c'est ce qui la rend encore plus vraie, et sincère.







Les personnages ont tous un physique assez marqué. Façon dessin animé, comme des mannequins... Certains m'ont rappelé les personnages de Tim Burton, dont chaque aspect du physique est tiré au maximum, comme le long nez de la juge par exemple, et qui vont parfois jusqu'à faire « peur », ou comme Antonnio qui est grand et mince et Rosa qui est plutôt petite. Certains personnages sont naturels et font contrastes avec d'autres très caricaturés, tirés vers le faux ; dans le cas de la médecin par son masque, par exemple. Il est clairement montré ici comment la chirurgie esthétique peut totalement déshumaniser une personne, et au contraire de la rendre artificiellement belle, la rendre quasiment effrayante. C'est comme si le plastique empêchait les émotions de passer par le visage, le corps, tant celui-ci est faussé. On appelle cela la chirurgie « réparatrice », mais elle a finalement l'effet inverse... Mais ces masques ont beau cacher, ils nous dévoilent finalement la nature et la personnalité de la personne. J'avais lu une phrase de Ralph Waldo Emerson un philosophe qui disait "Notre société est comme un bal masqué, chacun y cache sa véritable nature et elle est révélée par le choix de son masque." Je pense que cela traduit assez bien l'idée.


La question du pouvoir apparaît dans cette pièce ; à qui celui-ci appartient, est-il si puissant? Ici la figure du pouvoir va être totalement écrasée, voir humiliée. Le buste d'Agnelli domine la scène dans l'hôpital durant le premier acte, et pourtant personne au sein de ce service de chirurgie ne se doute que le blessé pourrait être lui.

Les décors sont modelables simplement, rapidement. Il suffit de tourner les quatre portes qui se trouvent aux extrémités, et nous ne sommes plus dans un hôpital, mais dans la maison d'Antonio et de Rosa. A la fin de la pièce, nous ne savons même plus où nous sommes ; il y a à la fois les deux portes rouges de la maison, et les deux portes vertes de l'hôpital. Tout ce « fouillis » met en image la confusion qui se trouve dans la situation, et dans l'esprit des personnages et du spectateur, brouillés par toutes les ambiguïtés de l'histoire. Encore que le spectateur est finalement le moins trompé par toutes ces duperies, l'arrière de la scène étant clairement montré à celui-ci. C'est ce qui lui permet d'en rire.


La pièce donne parfois l'impression d'avoir une hallucination, grâce aux sons, aux lumières. Lorsque Rosa réalise qu'il y a "deux Antonnio", elle tombe dans les pommes, et c'est comme si nous étions dans son éprit, tout s'emmèle, comme dans les dessins animés chacun court après l'autre, on passe par une porte, on se retrouve dans un endroit improbable.


Dans Klaxon trompette et pétarades, tout ou presque passe par le corps. On attire l'attention visuellement, et on fait du bruit, pour faire passer un message. Mais une pensée ne se fait pas forcément entendre uniquement par la parole, et parfois le corps "parle" plus que les mots eux même. Ici les acteurs ne se retiennent pas, ils suent, ils "crachent" ce qu'ils ont à dire. C'est une pièce qui fait du bruit, rien que le nom de celle-ci en est la preuve.

Extrait d'Analyse : Klaxon, Trompettes... et Pétarades, Marc Prin par Vakentine

Un « bordel » final synonyme de la pagaille politique?


Durant la dernière partie de la pièce, nous sommes confrontés à une véritable course poursuite au travers des quatre grandes portes. Le décor et les repères du spectateur sont chamboulés. Les couleurs des portes sont mélangées, confondant ainsi la maison de Rosa et l’hôpital. Les personnages passent par n’importe quelle entrée, trainent le lit d’hôpital, emportant une fois Rosa, une fois Antonio, une fois Agnelli. On voit même Antonio cracher de l’eau à la figure de la personne ouvrant la porte derrière laquelle il était caché. Nous sommes plongés dans une sorte de cartoon théâtral, comme dans un Tex Avery. De plus, cette scène est accompagnée d’une musique entrainante, comme dans un dessin animé, où toutes les règles physiques n’ont plus de sens, ce qui est également le cas au théâtre. Nous pouvons aussi nous demander si cette course ne serait pas une métaphore de la pagaille politique des années 1970, ou celle dans laquelle nous vivons. En effet, on remarque que lorsque la pièce se termine, beaucoup d'accessoires sont jetés un peu partout. Ils ne sont plus tous bien ordonnés. Cela fait penser que partout où passe les personnes de pouvoir, ici Agnelli, un désordre chaotique s'ensuit. Comme s’ils détruisaient tout sur leur passage.


Nous voyons cette pagaille principalement derrière les portes, dans les coulisses qui sont à vue. Le fait que cet espace soit dévoilé au spectateur nous montre le comédien dans un travail qui est ordinairement caché. Nous voyons l'acteur au travail. Marc Prin dit qu'il permet au spectateur « de voir le comédien dans sa respiration, dans sa concentration, dans sa mue lorsqu’il change de costume ». Autrement dit, il fait un rapprochement entre les comédiens et les personnages qu'ils incarnent. Ce dispositif nous permet de voir le comédien-ouvrier.


Cette notion de comédien-ouvrier fait évidemment écho avec notre travail sur Novarina. Celui-ci pousse la proposition encore plus loin étant donné que les coulisses ont complètement disparu. Nous sommes transformés en ouvriers du drame du début à la fin de travail.

mercredi 27 octobre 2010

Répétition générale Klaxon : changement de date

Marc et son équipe vous invitent en exclusivité à une répétition générale ouverte
de Klaxon, trompettes et pétarades
de Dario Fo mise en scène Marc Prin
le dimanche 14 novembre à 15h00
(et non plus le lundi 15 au soir)
au théâtre de Nanterre Amandiers.
A quelques jours de la première, il s'agira pour les comédiens d'expérimenter la réception de leur travail par le public (vous !) et la répétition sera suivie d'un échange.
Il faut organiser le co-voiturage pour se rendre sur place (pas de car prévu) : 5 voitures devraient faire l'affaire.
Les gentils papas et/ou gentilles mamans et/ou gentils grands frères et/ou gentilles grandes soeurs qui conduiront sont bien entendu cordialement et exceptionnellement invités aussi.

vendredi 22 octobre 2010

Klaxon : petit privilège entre amis

Marc et son équipe vous invitent en exclusivité à une répétition générale ouverte
de Klaxon, trompettes et pétarades
de Dario Fo mise en scène Marc Prin
le lundi 15 novembre à 19h30
au théâtre de Nanterre Amandiers.
A quelques jours de la première, il s'agira pour les comédiens d'expérimenter la réception de leur travail par le public (vous !) et la répétition sera suivie d'un échange.
Il faut organiser le co-voiturage pour se rendre sur place (pas de car prévu) : 5 voitures devraient faire l'affaire.
Les gentils papas et/ou gentilles mamans et/ou gentils grands frères et/ou gentilles grandes soeurs qui conduiront sont bien entendu cordialement et exceptionnellement invités aussi.

mercredi 6 octobre 2010

Extraits d'analyses: Les Chaises, Klaxon et Ithaque par Amanda






-Les chaises de Ionesco, mise en scène de Luc Bondy:

Les objets semblent petits dans un espace aussi grand, ce qui souligne la futilité des préoccupations quotidiennes et la vanité de la vie des personnages: "le comique est tragique et la tragédie de l'homme est dérisoire" (Eugène Ionesco). Ces objets peinent à remplir l'espace ainsi que la vie vide de sens des personnages. [...]
Puis le théâtre derrière le tulle s'illumine à l'arrivée de l'Empereur, cela pourrait être une lueur d'espoir cependant l'Empereur, Godot pour Becket, Dieu reste lui aussi invisible. Il n'y a toujours rien vers quoi se tourner pour donner un sens à la vie, à part peut être l'élément le plus voyant de la mise en scène: le théâtre.


-Klaxon, trompettes et pétarades de Dario Fo, mise en scène de Marc Prin:

On peut penser que comme Agnelli qui domine le monde publique, c'est Rosa qui est la chef une fois à la maison, mais que malgré cela elle n'est pas la femme forte et exubérante dont elle tente de se donner l'image. Cela fait tout de même ressortir une dimension féministe de la pièce. En effet les femmes dans cette pièce ont des caractères forts (Rosa), ont eût accès à une éducation prestigieuse, sont intelligentes et occupent des postes hauts placés (médecin, juge) tandis que le héros est ouvrier et que le patron et le commissaire sont présenté comme crapuleux et profiteurs. En effet avec un humour populaire cette pièce dénonce la corruption avec par exemple l'énorme statut d'Agnelli dans l'hôpital, le recours à la torture ou la réduction d'Agnelli au silence lorsqu'il commence à divulguer les secrets d'hommes politiques. Au contraire de cet aspect de la société, la pièce est mise en scène de façon à ne pas orienter le regard du spectateur. Celui-ci est libre de regarder où il veut: l'espace est grand et ouvert et même les coulisses sont à vue. Ainsi, en parallèle à l'histoire qui se déroule et où les personnages sont les protagonistes, le spectateur peut voir s'écrire l'histoire unique de la représentation dont les héros sont les acteurs. Il n'y a pas de "triche", on est bien au théâtre et cela fait spectacle tout autant que le récit d'Antonio. Le but est de montrer le travaille du comédien, de donner à voir en plus de la pièce, l'acteur en plein effort (comme un athlète). Ce qui au premier abord peut paraître contradictoire avec ce parti pris est la présence de masques. Tout est montré et ce qui est caché en dévoile encore plus. Le masque du policier met en évidence le fait qu'en réalité il est joué par une femme. Le policier devient à lui seule une critique de la société où il faut cacher les traits qui dérangent (ici l'homosexualité) pour ne pas être discriminé. Le médecin quant à elle souhaite cacher l'effet du temps mais expose ainsi ses peurs, ses complexes, ses blessures... [...]La pièce pose la question du communisme comme réponse à la lassitude des français mais montre surtout que l'une des meilleures solutions est le rire, la comédie et le théâtre.


-Ithaque, mise en scène de Jean-Louis Martinelli:

Ce que l'on remarque tout de suite est l'esprit spectaculaire de la pièce. Déjà au premier coup d'oeil: une grande plate forme avec des marches qui conduisent au lit de Pénélope et d'énormes colonnes grises, carrées et très urbaines. Au fil de la pièce on remarque également le grand nombre de comédiens présents ainsi que les réguliers changements de costumes. Seulement le spectateur ne s'arrête pas là, on note aussi beaucoup d'éléments inspirés du cinéma tels que l'utilisation de micros, d'effets spéciaux comme dans l'épisode des haches ainsi que l'emploi de la vidéo. Certains costumes également comme ceux de Télémaque et d'Ulysse parfois mais surtout d'Athéna peuvent rappeler les films hollywoodiens de gladiateurs. Athéna est celle qui concentre le plus la dimension spectaculaire, par ses costumes mais aussi par ses apparitions surprenantes comme dans une colonne/ascenseur ou volant au-dessus de la scène. [...]

Ce rapprochement avec l'industrie du film hollywoodien contribue à faire le lien entre la Grèce antique et le spectateur d'aujourd'hui, bien qu'il puisse avoir du mal à retrouver ce qui lui parle de lui dans cette mise en scène.
Le texte de Botho Strauss est également dans cette optique de modernisation. Il semble en effet traduit en "langue d'aujourd'hui", du quotidien. Ce texte rend peut-être ainsi la pièce plus accessible et plus proche du spectateur mais en soustrait tout le réseau d'images et de formules homériques, toute la poésie et du même coup, la puissance. Il en est de même d'Ulysse qui, comme le texte, est "vulgarisé", il n'est plus dans cette pièce le héros épique. On découvre à ce personnage beaucoup de défauts et de faiblesses, on savait Ulysse humain mais pas à ce point pathétique. Le héros est ici complétement démysthifié. Même le corps de l'acteur contribue à le descendre de son piédestal voire à le ridiculiser. Cependant il est difficile de savoir si cet effet est celui voulu par le metteur en scène. [...]

A l'inverse d'Ulysse, Pénélope retrouve de la prestance dans cette version. Elle n'est plus la femme passive bien que rusée. Elle est dans cette pièce, plus maîtresse de maison et moins assiégée bien que dominée et vulnérable. [...]

La pièce oscille entre éléments rappelant l'antiquité, contemporains, voire même futuristes.

Pour finir, la facette d'Ulysse que Martinelli et Botho Strauss veulent mettre en évidence, en plus de son humanité, est un Ulysse comédien: il trompe, ment, se déguise et se transforme pour réussir à être enfin lui-même.


En conclusion, avec Ithaque, Martinelli crée une pièce qui pourrait être ludique, attractive et accessible à tous avec un texte actualisé mais use peut-être d'un théâtre parfois un peu évident et illustratif. De plus, malgré de jolies trouvailles et quelques images poétiques, les deux moments attendus par le spectateur de cette fin d'Odyssée: le massacre et les retrouvailles sont cachés ou traités assez rapidement. Ainsi les éléments intemporels de cette pièce: les sentiments (amour, colère...) sont les plus éludés. De ce fait la pertinence du discours de cette mise en scène sur notre époque et notre société n'est peut-être pas évidente. Peut-être que si Martinelli avait eu moins de moyens à sa disposition, aurait-il développé plus d'astuces et d'images poétiques puisque les contraintes font grandir l'imagination et la créativité.

mardi 5 octobre 2010

Klaxon, trompettes... et pétarades : l'affiche !


La première approche à grands pas : c'est le 18 novembre !

Après une première session de travail de trois semaines, l'équipe fait une pause, le temps de décanter et de digérer une session intense.

Ce qui nous vaut le retour de Marc !

Ensuite, ce sera la dernière ligne droite : trois nouvelles semaines de travail avant la première.

Faites de la pub !!!!