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jeudi 3 mars 2011

Extrait d'Analyse - Dealing with Clair, par Sylvain Maurice.

Le metteur en scène Sylvain Maurice crée, met en scène, aujourd’hui la pièce Dealing with Clair (Claire en affaires) d’après un texte inédit de l’auteur londonien, Martin Crimp. En effet, cette pièce était jusqu’ici inédite en France, elle n’avait jamais été joué auparavant, bien que Crimp l’ai écrite en 1988, à la fin des années Thatcher : elle est donc crée dans un contexte historique bien précis. Cette pièce de Crimp s’inscrit dans une dramaturgie au premier abord classique, mais qui au final laisse apparaître des personnages plus qu’étranges et même inquiétants. Il s’agit d’un couple de jeune londonien qui vend sa maison par l’intermédiaire de Claire, agent immobilière, à un riche et élégant acquéreur, James. Or, derrière cette banale opération immobilière entre bourgeois, se cache le mal, la cruauté, l’hypocrisie et certaine perversité. Le texte de Crimp, joue sur l’intrigue et la « montée en tension » de l’action : il dévoile certains aspects de la société. Ainsi, nous pouvons nous demander comment Sylvain Maurice a-t-il mis en scène Dealing with Clair aujourd’hui, dans quel but, et quels sont ses partis-pris ?

La situation principale de la pièce, « l’intrigue » si l’on peut dire, est une situation des plus banales. Mike et Liz forment un jeune couple, semblant épanoui et tout à fait gentil, qui vend leur maison par le biais d’un agent immobilier. Rien donc de plus quotidien que cette situation. Même le décor, plutôt simple et élégant, est très réaliste et témoigne justement de cette « banalité ». Au cours de la pièce, il y a en fait deux changements concrets de décors : avec l’appartement de Claire et celui du jeune couple. L’appartement de Claire apparaît comme un espace sombre, petit, et froid, on ne voit en fait que la façade extérieure de celui-ci (descendant des cintres), qui est fait de briques, et on aperçoit la propriétaire des le début de la pièce par sa fenêtre. A plusieurs reprise le spectateur entend notamment le bruit d’un train, car Claire vit d’une voie ferrée. On entre des le départ dans le quotidien monotone qu’est celui de l’gent immobilière. En contraste avec son appartement, la maison de Mike et de Liz apparaît comme beaucoup plus spacieuse, plus chaleureuse et plus confortable. Sur scène se trouve un véritable séjour de maison, mobile, qui entre chaque scène est déplacé de sorte à ce que le spectateur le voit d’un autre angle : on peut interpréter cela comme étant représentatif de la « découverte » progressive des personnages et de leur véritable visage, qui est plus inquiétant qu’il n’y paraît. De plus Claire est une femme qui ne semble vivre que pour son travail. Elle n’a pas de temps pour l’amour. Ainsi James, riche et élégant quinquagénaire, et acheteur potentiel de la maison du couple, va peu à peu charmer la jeune femme et représenter pour elle une sorte d’échappatoire à son « train-train » quotidien, quelque peu monotone. James est un homme libre, sans obligations apparentes, tandis que Claire est « l’agent immobilier », qui rêve de sa réussite sociale. Il lui donne la chance d’être quelqu’un d’autre, certainement de mieux, l’espace d’un instant, notamment lors de la scène de la bataille où James lui propose de jouer à la bataille avec lui. Claire prend sur son temps du déjeuner et joue donc à la bataille avec un homme qu’elle connaît à peine, dans l’appartement de Mike et de Liz qui se sont absentés. Et elle n’ose pas aller jusqu’au bout du jeu : elle se bloque, elle est perdue et elle ne parvient pas à dire le mot « bataille ». Claire fait comme si elle trouvait tout cela ridicule alors qu’en fait c’est la première fois qu’elle semble vraiment s’amuser depuis longtemps. Lorsqu’enfin elle ose dire le mot « bataille », elle est comme libérée d’un poids, elle est enfin elle-même. Ainsi on peut supposer que le côté banal de la situation est en fait une dénonciation fait par l’auteur (et le metteur en scène), à propos de la société d’aujourd’hui : il est en effet difficile de vendre sa maison de nos jours, l’immobilier est beaucoup moins accessible qu’auparavant. Mais la critique principale est certainement celle du manque de liberté que nous pouvons avoir au sein de la société : nous ne sommes plus nous-mêmes et ont exécute simplement notre fonction (travail). Le travail, avec pour but une certaine réussite sociale, nous enferme dans la solitude et l’ennui. La société d’aujourd’hui est une société de consommation, qui ne pousse qu’à la dépense et à « l’appât du gain ». De cette façon, à mesure que la pièce avance, le cadre rassurant de notre vie quotidienne va se montrer sous un nouveau jour (d’où le changement continuel de point de vue sur la pièce principale de la maison), et les protagonistes eux-mêmes vont se révéler étranges, inquiétants, voire dangereux.
L’étrangeté va en effet surgir peu à peu entre les personnages, et ceci simplement par le langage. Le texte de Crimp « se construit en d’infinis déplacements, dérapages, lapsus », selon Sylvain Maurice. Les relations entre les personnages vont devenir plus ou moins ambigües, on découvre une facette « maléfique » des protagonistes, leurs faces cachées. Mike et Liz qui avaient d’abord décidés de vendre leur maison sans profiter de l’envol des prix vont en fait avoir l’espoir de ce gain inespéré. Ils s’avancent sans cesse comme étant des gens honorables, mais se révèlent en fait très profiteurs, si ce n’est calculateurs. De plus on se rend compte qu’il s’agit de deux parents irresponsables et égoïstes : la jeune fille au pair, une jeune fille italienne, dors dans une chambre sans fenêtre et n’a pas le droit d’appeler sa famille en Italie car cela coûte trop cher. Elle est là simplement pour s’occuper de leur bébé, et si il se réveille et crie, ils lui hurlent l’ordre d’aller s’en occuper. Ce couple au premier abord charmant n’est donc pas aussi sympathique qu’il n’y paraît : ils manifestent au début une réelle sympathie pour Claire mais une fois la transaction effectuée ils ne semblent pas aussi attristés par sa disparition, qu’on aurait pu le croire. Ainsi ils sont à l’image de la société et de la bourgeoisie moderne, telle que veut la dénoncer Crimp.
Le metteur en scène, Sylvain Maurice va dans sa mise en scène retranscrire l’étrangeté du texte et du langage au niveau de la musique, des lumières et des déplacements du décor. En effet plus la pièce avance et plus le décor de la maison se retourne comme pour montrer l’ « envers du décor ». A la fin le décor est complètement retourné et on découvre le véritable fond des personnages : la forme va avec le fond. De plus, entre chaque scène, la lumière est de plus en plus sombre, comme pour montrer le fait que la part d’ombre des personnages s’amplifie elle aussi. Chaque entre-scène est rythmée par une musique du type électro (voir transe) et des néons s’allument sur les bordures du décor : ce qui montre d’une part l’étrangeté mais fait aussi écho avec la société moderne d’aujourd’hui. Ce choix de musique met l’accent sur le côté étrange, froid et inquiétant de la pièce, tout en marquant la progressivité de cette « révélation ». Mais c’est aussi une musique que l’on pourrait qualifier de « dure » (en tant que musique électronique), qui pourrait raconter la violence de notre temps et de certains hommes. Dealing with Clair est une pièce qui dénonce la société, dont le langage est aujourd’hui une arme fatale, et dans laquelle les hommes se révèlent parfois être des monstres sans que cela ne soit un véritable choc : le mal est banal, quotidien, tout comme le danger.

Ainsi, dans sa mise en scène de Dealing with Clair, Sylvain Maurice prend en compte le contexte historique de la pièce de Crimp, tout en faisant écho avec la société d’aujourd’hui. Maurice crée en fait une sorte de thriller, non pas grâce à sa mise en scène, mais tout simplement grâce au texte de Crimp, qui écrit de manière décousue crée à la fois de l’intrigue, du suspens, et de l’humour. Cette pièce en effet dans l’implicite, est une satire sociale et politique tout en étant un drame social et psychologique. C’est au spectateur de faire son propre scénario, puisqu’il n’est pas dit clairement ce que devient le personnage de Claire : Maurice (de par sa mise en scène) et Crimp (de par son texte), font tout deux appel à l’imaginaire du spectateur, et surtout l’amène à réfléchir sur la condition de l’homme et ses faces cachées qui parfois peuvent s’avérées dangereuses. Au travers de cette pièce est en fait dénoncé la « banalisation » du mal qui existe à notre époque : le mal est omniprésent dans notre société et ce à tel point qu’il en est devenu banal (ex : agressions, viols, infractions, méchanceté des individus les uns envers les autres, etc). Cette pièce lève le masque en quelque sorte sur les apparences, et nous montre que la société dans laquelle nous vivons n’est pas aussi rassurante qu’on peut l’imaginer, mais au contraire inquiétante. Cette pièce regroupe donc plusieurs thèmes à la fois, qui touchent plus ou moins le spectateur, mais surtout le rendent perplexe.

Analyse de théâtre - Dealing with Clair Crimp/Maurice/Sartrouville



L'histoire à première vue simple d'un jeune couple désirant vendre leur maison devient progressivement un peu plus inquiétante avec la disparition de Claire, l'agent immobilier. La mise en scène de Martin Crimp reflète en effet cette apparente simplicité qui cache d'inquiétantes vérités.

Nous apercevons au début de la pièce ce qui est censé représenter l'appartement de Claire, soit un fenêtre. Au départ, ce lieu est assez intriguant voire oppressant. La lumière n'éclaire que la fenêtre et laisse le reste de la scène dans un noir total, les sons de trains renforcent la dimension inquiétante de cet espace qui semble perdu et en train de s'effacer dans une sorte de néant.

De nombreux éléments vont casser l'aspect "cosy" de la maison de Mike et Liz. On ne peut apercevoir que du noir derrière les fenêtres, un vide étrange et assez inquiétant qui m'a rappelé Fin de Partie de Beckett. Nous nous trouvons dans une maison qui a finalement l'air d'être au milieu de nulle part, entendons certes des pleurs de bébé mais ne voyons jamais celui-ci. Il semblerait qu'il n'y ait plus de forme de vie à l’extérieur. La nature elle aussi semble avoir étrangement disparu, d'autant plus que tout le monde se refuse à se rendre dans le jardin, comme s'il pouvait être dangereux de sortir de la maison.

Le fait que tout autour de la maison soit noir, y compris l'espace des spectateurs insère celui-ci au sein de la pièce. J'ai personnellement eu l'impression de me trouver au sein de ce vide dans lequel les personnages auraient peur de se retrouver. Ils sont cependant déjà à moitié dedans puisque le salon est finalement ouvert sur ce vide et parfois les personnages y jouent. De plus nous comprenons assez vite que la maison est fragile, elle pourrait finir par s’effondrer dans ce grand espace inquiétant.

Analyse Dealing with Clair


La pièce Dealing with Clair de Martin Crimp raconte l’histoire d’un couple qui essaie de vendre leur maison, cette scène quotidienne n’est alors que très banale cependant c’est en partant d’une situation familière que Crimp va dénoncer une société qui n’est


préoccupée que par le profit qui implique un certaine violence. Dans la mise en scène de Sylvain Maurice cette dénonciation est évoquée et assimilée à une étrangeté à laquelle tous les personnages sont confrontés, nous pouvons alors nous demander : comment représenter un événement quotidien tout en y incorporant du bizarre ? Afin de répondre à cette question, nous traiterons les deux parties suivantes : Une satire sociale ancrée par la violence, et des « monstres  contemporains ».


 


La pièce commence par une vue extérieure qui donne sur l’appartement de Claire, le contraste entre la luminosité de son appartement et l’obscurité de l’espace qui l’entoure qui symbolise la ville est frappant. Le fait que la délimitation de ces deux espaces soit si fort est pour montré la solitude de Claire, cependant ce choix scénographique dénonce également une sorte de mise à distance actuelle où l’on se renferme de plus en plus sur soit -même. La « ville » dénonce également cet

isolement car c’est un espace bruyant alors que celui-ci est vide, ce « dépouillement  de population » renforce la bizarrerie de la pièce qui nous installe dès la première scène dans un univers inquiétant et étrange. L’autre espace « vivant » ou plutôt habité de la pièce est la maison de Mike et Liz tout comme l’appartement de Claire, c’est un espaces clos qui semble englobé dans un univers violent qui est caractérisé par le bruit, qui est très fort et très saccadé. Par ailleurs le fait que notre regard donne sur l’intérieur d’un maison donc sur l’intimité des personnages peut faire référence au voyeurisme qui est de plus en plus courant de nos jours notamment à cause des télé réalité, le personnage qui est du même point de vue du spectateur lors de la première scène est celui de James, on apprendra à l’avant dernière scène qui l’était en train de l’observer. Le fait que le spectateur soit assimilé à ce personnage renforce la critique faite par le metteur en scène Sylvain Maurice.

Le décor n’est pas le seul élément scénographique qui dénonce la violence de la société, lors de la première scène , une conversation est engagée par le biais d’un téléphone entre Claire et sa mère, ce qui montre que de nos jours afin de communiquer ou entretenir des relations sociales, nous utilisons les technologies (téléphone, ordinateur …) ce qui nous enferme dans une certaine solitude alors que l’utilisation de ces technologies doivent nous permettent de conserver un lien voire d’en créer, ce qui est paradoxal. Lors de la rencontre entre Claire et le couple de Mike et Liz, ils sont très distants par ailleurs il y a de nombreuses répétitions que ce soit dans le langage suite à des bégayements ou hésitations, le langage est alors assimilé à une arme avec laquelle on essaie de convaincre , « les mots sont des pistolets chargés » Parain, ou bien dans les positions du corps car il y aura une symétrie entre deux scènes : une jouée par Mike et Liz et l’autre par Claire et James. Ces répétitions semblent faire référence à une espèce d’habitude que l’homme a pris, suite à des codes que la société impose.


 




 


Dans Dealing with Clair, les personnages ont une caractéristique qui leur est propre, comme s’ils étaient des personnages « traditionnels » dans le sens où ils incarnent des valeurs et représentent un statut social habituel, par exemple Claire qui est une femme indépendante, le couple Mike/Liz qui est honnête et sympathique et James qui est un homme aimable et fortuné, cependant celles-ci vont changées tout au long de la pièce.


Claire est un personnage qui habite seule et qui semble être indépendante ce qui montre une sorte de force intérieure. Cependant cette « puissance » va être dépassée par ses propres problèmes ( la cigarette, la situation difficile qu’elle entretient avec sa mère) et plus précisément par James suite à ses nombreuses visites. Une certaine familiarité va alors s’installée entre eux, ce qui causera la perte de Claire car elle réduira ses distances vis-à-vis de lui et baissera sa garde.


James, est un homme fortuné et marié, il est alors le symbole d’une certaine réussite sociale. Le fait qu’il soit sociable et mette à l’aise Claire, lui donne la fonction d’une certaine invitation à l’évasion, au voyage et au rêve. Cependant ces visites régulières et répétées peuvent faire penser à un animal tournant autour de sa proie, se préparant à bondir sur celle-ci. Au fil de la pièce sa véritable nature qui est celle d’un être dérangé et effrayant va être révélée, notamment dans la scène où on le voit reproduire la première scène de la pièce (où Claire était au téléphone avec sa mère) il est au téléphone avec la mère de Claire et hurle le prénom de celle-ci. Ces cris et hurlements nous permettent de voir son vrai visage qui est celui d’un psychopathe, obsédé par Claire.


Le couple Mike/liz est un couple traditionnel et parents d’un enfant, et ont engagé une fille au paire afin de s’occuper de celui-ci. Au premier abord, ils représentent une famille plus ou moins idyllique du point de vue de la société et ne veulent pas profiter voire arnaquer les prochains acheteurs de la maison suite à la hausse des prix dans le domaine de l’immobilier. Leur déchéance va entrée en scène lorsque l’on apprend qu’Anna, leur jeune fille au paire vit dans une chambre où il n’y a aucune fenêtre ( on peut alors parler d’une exploitation), leur côté calculateur et profiteur est également mis en avant lorsqu’au final ils préfèrent profiter de la hausse des prix.


Ces personnages qui sont dès le départ représentés comme des personnages conventionnels auxquels des spectateurs peuvent s’assimiler, vont vite sous le poids de l’étrange dévoiler leur facettes cachées que tout être veut dissimuler. Suite à leur défauts qui sont évoquées avec une intensité démesurée, on peut alors parler de ces personnages comme des « monstres contemporains » tout d’abord à cause de leur cruauté, car ils sont censés faire réagir le spectateur suite à leur similitudes. Si cette « révélation » est possible c’est parce qu’ils sont confrontés à leur détériorisation intérieure qui prendra de plus en plus d’ampleur tout au long de la pièce.


 





En conclusion, dans la pièce Dealing with Clair, la société est assimilée à un univers écrasant de par sa cruauté et de par sa bizarrerie qui touche les personnages au point de leur faire endosser un statut inquiétant comme celui du personnage de James. Par ailleurs, le fait que

Sylvain Maurice fasse bouger la maison dans divers sens ( de biais, en avant, en arrière, …) fait directement référence aux spectateurs, car suite à la déchéance des personnages celle-ci change de point de vue les concernant, ce qui est caractérisé par la maison qui bouge et que l’on voit sous différents angles de vue.

 


 

Extrait analyse: Dealing with Clair

A. Un décor révélateur


L’espace « intérieur » est atrophié, coupé, et on peut voir que la décoration, l’ambiance de l’espace est assez froid et presque hostile. Ainsi le metteur en scène commence à dévoiler ce qui ne se « voit » pas dans la pièce de Crimp. Je veux dire par là qu’il dévoile un espace déjà légèrement désagréable, assez peu convivial dans lequel on entend un enfant crier, on voit des malentendus ou désaccords entre un couple et leur babysitter. Il nous amène sur la piste du vice caché, qui va s’avérer très important par la suite. En effet dans la pièce le « défaut » de l’endroit commence par la tâche sur le tapis, qui semble déjà être une question obsédante pour tout le monde et se termine par la découverte suivante : la maison est entièrement pourrie de l’intérieur alors que parallèlement ils font tout pour la vendre le plus cher possible. Mais rien de ce qui est « grave » ne se voit jamais, le gros problème se remarque à peine, tandis que personne ne passe à côté de la tâche sur le sol. Donc, le metteur en scène, en coupant l’espace en biais et en l’habillant d’un design assez peu chaleureux nous avertit du problème à venir. Je pense que le fait d’avoir brisé l’espace renvoie à l’image d’un lieu en apparence parfait mais qui ne l’est pas vraiment en réalité. Je veux dire qu’en fait la maison que vendent ces gens, dans la pièce, n’est qu’à demi ce qu’elle paraît être, en apparences elle est idéale (avec beaucoup de chambres, assez grande, très bien placée) mais si l’on va plus en profondeur elle est tout son contraire: la maison s’effrite de l’intérieur, une chambre ressemble à un placard parce qu’elle est borgne… Ainsi le fait de l’avoir coupé en deux rappelle qu’elle n’est qu’à demi « idéale ». De plus, cet espace fait nettement penser à un genre de maison de poupée, ce qui n’est pas sans rappeler l’importante place des apparences dans la pièce. Mike et Liz donnent l’impression d’être une famille modèle, vivant dans une maison modèle avec un joli jardin modèle etc. Mais comme nous l’avons vu les fondations sont rongées et pourries, tandis que le jardin n’est jamais dévoilé aux visiteurs mais simplement décrit brièvement par des adjectifs mélioratifs. Le metteur en scène s’applique à mimer le comportement des personnages qui se donnent un air parfait dans l’espace qu’il façonne à leur image. Il renforce de plus cet aspect hostile par les cris de l’enfant, que l’on entend à plusieurs reprises, et le rapport qu’ont les parents à la « famille ». A chaque fois que l’enfant crie ils font appel à la babysitter, ils cassent ainsi l’esprit familial très anglais de la famille parfaite et unie. De plus, ils ne sont pas très tolérants avec leur babysitter, qui n’a pas vraiment le droit d’utiliser le téléphone de la maison et qui est logée dans la chambre sans fenêtres et minuscule. Ils apparaissent comme un stéréotype de la gentille famille anglaise, mais en sont finalement l’exacte inverse, nous pouvons voir par exemple qu’ils ne boivent pas de thé mais du vin, qui les rend saouls.


C. Un espace en mouvement


Un mouvement autour de la maison s’effectue tout au long du spectacle. Tout d’abord, dans l’acte I, lorsque la magouille des vendeurs n’est pas encore révélée, la maison s’approche du bord de la scène, créant ainsi un rapport de proximité avec le public. Un certaine intimité s’installe, une empathie pour cette famille au demeurant idéale de la part d’un public curieux. De plus, cela rappelle que la situation initiale est familière. Puis les intentions des personnages de vendre la maison de plus en plus cher, de façon de moins en moins honnête apparaissent, c’est alors que la maison recule vers le fond de la scène. Il se crée alors un effet d’éloignement saisissant, le public ne s’identifie plus aux personnages qui se révèlent bien moins beaux. Ainsi, le metteur en scène de par ce jeu avec la disposition et l’emplacement de la maison mime les sentiments du spectateur, et d’une manière plus générale l’identification aux personnages de moins en moins présente au fil de la pièce due à ce basculement dans la malhonnêteté. Enfin, la maison pivote ne laissant apparaître que l’arrière de celle-ci, c’est-à-dire la face donnant sur le jardin avec la « vigne vierge » qui grimpe sur la façade, cette dernière vue de la maison est assez ironique de la part du metteur en scène à mon avis. Car en effet, les « méchants » triomphent dans le « mal », tandis que les « gentils » perdent, la vigne « vierge » est assez contradictoire avec l’action finale des personnages qui sont plus pêcheurs que vierges, d’où l’ironie.

Analyse de théâtre - Dealing with Clair Crimp/Maurice/Sartrouville


Dealing with Clair, les personnages : figures quotidiennes figées
La représentation des personnages veut nous placer dans un contexte familier, un univers que l’on connait bien. Mike et Liz seraient nos jeunes voisins décontractés et un poil « bobo », Clair la jeune femme classique et discrète que l’on croise dans la rue sans la remarquer, James cet homme à l’air louche à qui on a un peu peur de parler.. Cette impression est due à leurs vêtements, très banals et toujours pareils qui les inscrivent dans une routine, mais aussi à leur jeu, très naturel, à leur parole qui coule pour dire des choses plus ou moins importantes. On devine très vite que l’enjeu principal de la pièce est leur parole, car en réalité il ne se passe pas grand-chose. Plus la pièce progresse, plus leur discours nous donne la désagréable impression d’un disque rayé ou d’un écho, ressassant toujours les mêmes mots ou bien ceux des autres, sans en avoir conscience (Sylvain Maurice donne ici un ton fantastique à son adaptation : qui donc a mis cette scène sur « repeat » ?) . Il en est de même, en quelque sorte, de notre société, ou l’on s’inscrit dans un mouvement collectif par l’intégration de tout un code de lieux communs du langage, creux et souvent dits de manière mécanisée. En fait, les deux personnages qui en disent le moins et rompent ce système des répétitions, à savoir Clair et l’étudiante italienne (l‘une par sa discrétion, l‘autre par son attitude désinvolte et décomplexée quant à son corps) sont les éléments qui semblent perturber l’univers balisé des personnages, provoquant chez eux une certaines attirance envers ces deux femmes insolites.
Cette attirance se diffuse vite entre chaque personnage et crée un rapport de séduction tendue entre eux, fait de non-dits, de suspicion et d’hypocrisie. Preuve en est du sourire de Mike, au départ profondément avenant et sympathique, voire un tantinet impertinent et chaleureux. Il se révèle vite dérangeant car invariable, comme scotché à son visage, masque inquiétant : il sourit de la même manière au visiteur de sa maison, à sa femme Liz, à cette étudiante italienne qu’il semble désirer, et garde cette expression goguenarde même dans les situations plus critiques, comme la disparition de Clair. Malgré un sensible changement de costumes lors de la vente de la maison et cette disparition qui les perturbe, ils se réinstallent dans la même répétition de préjugés, d’histoires drôles qui ne font rire qu’eux. Même James, qui serait a priori le personnage le moins enclin à se ranger dans une routine, une manière de vivre figée et vide de sens, reprend la scène du début de manière troublante. A travers la fenêtre de Clair, il porte son t-shirt, fume une cigarette et s’insurge contre la mère de celle-ci, du monde de violence dans lequel nous vivons. Il reproduit à son insu un shéma, une situation qui se répète sans fin.
Cette pièce est à mon avis très intéressante car traitant, à travers un sujet commun et quotidien, la vente d’une maison, de la solitude. Quelle que soit notre statut social, on peine à aller vers l’autre ou, si on le fait, c’est pour se conformer à une idée préétablie de l’autre, et on tourne éternellement sur soi-même.

Extrait d'Analyse Dealing With Clair Crimp/Maurice Sartrouville

("Dealing With Clair", soit Claire en Affaire, est une pièce de Martin Crimp. Celle-ci raconte l’histoire de Claire, une jeune agent immobilier, qui est engagée pour vendre la maison londonienne d’un jeune couple, Mike et Liz. Celle-ci est achetée par James, un riche mais étrange quinquagénaire. Cette pièce est aujourd’hui mise en scène, en 2011 au théâtre de Sartrouville, par le metteur en scène Sylvain Maurice).

Tout d’abord, nous nous intéresserons à la représentation de la maison. Celle-ci est la reproduction d’un salon, celui de Mike et Liz. La pièce (le salon) est coupée en deux, en diagonale. Ce qui fait que nous avons une partie de la scène rehaussée : la maison, qui est mobile. Tandis que l’autre partie de la scène est celle une marche en dessous, sur le plateau véritable. C’est une information importante quand on considère sa mobilité et sa coupe.
En ce qui concerne le fait que la maison bouge (à plusieurs reprises durant le déroulement de la pièce), cela permet au spectateur de reconsidérer la scénographie, soit la maison. En effet, la maison change d'angle environ quatre fois, ce qui nous offre de nouvelles perspectives. Elles renouvellent le regard du spectateur, comme si nous avions plusieurs points de fuite dans un même tableau, ou encore à la manière d'un changement de point de vue d'une caméra. Cela permet de nous donner à voir l'ambigüité de la pièce et par la même occasion celle des personnages. Lorsque nous avons parlé de l'ambigüe banalité dans la pièce, nous pensions surtout aux personnages. En effet, Mike et Liz se présentent tout de suite comme un couple très ordinaire. Ceux-ci cherchent à vendre leur maison, et de façon "la plus honorable qui soit". Ils manifestent pour Claire une réelle sympathie. Néanmoins, à l'épreuve de la transaction, ils foulent leurs principes moraux. C'est une situation gênante pour le spectateur, car les personnages qui, au départ, étaient les plus proches du public, les plus normaux, les plus « humains », se révèlent être les personnages les plus négatifs. Ils ne souhaitent au final que vendre leur maison le plus cher possible. Cette révélation est en accord avec la représentation de celle-ci : elle est « pourrie ». Au fur et à mesure, nous découvrons que la maison à de nombreuses failles, comme la tâche et le rebord de la fenêtre. Ces failles représentent les failles au sein même des personnages de Mike et Liz. Le réparateur de la fenêtre parlera même des fondation de la maison qui sont apparemment complètement abimées, et nous pouvons réemployer le terme de pourri. Ainsi, c'est le représentation de Mike et Liz, et même la représentation du leur couple en lui-même. Celui-ci nous apparait ainsi fragilisé, et reposant sur des mauvaises fondations. Cela nous conduit à parler du personnage d'Anna, qui se promène la plupart du temps déshabillée, en chemise de nuit. Celle-ci est le symbole du loup dans la bergerie. C'est la tentation perpétuelle de Mike, qui a besoin de celle-ci pour avoir des rapports avec sa femme. Cela renforce l'idée de la malsainité qui règne dans le couple. Celui-ci est en parallèle avec un autre « couple » dans la pièce, qui est celui-ci de Claire et James. Ce duo semble au départ celui qui est le moins proche de nous, et pourtant, au fil de la pièce, il s’humanise. Notamment, le personnage de James, qui est le plus étrange, est finalement celui-ci qui incarne le plus de valeurs. Il émet des principes auxquels Mike et Liz ne se tiennent pas. Il a un regard libertaire qui attire Claire. Ceux-ci se projettent dans la maison. Ils représentent le couple le plus marginal, mais finalement le plus humain de la pièce. Quant au personnage de James, il est sans doute le plus intéressant car il est à la fois le plus « fou », mais aussi, par moment, celui auquel on s’identifierait le plus. Nous ne sommes pas dans un théâtre de figures, comme dans les contes, ou une princesse serait la plus belle du monde et la plus généreuse et ou le prince serait le plus courageux de tous les princes, au contraire. James a un côté enfantin, qui ne comprendrait pas le monde dans lequel il vit. Comme un enfant qui aurait oublié de grandir.

Ensuite, lorsque l’on étudie la coupe de la maison et le jeu qui existe entre l’intérieur et l’extérieur du salon, on voit que celle-ci combine les deux aspects les plus présents dans la pièce : la banalité et l’étrangeté. Cela casse le trop-plein de réalisme dans la pièce (le metteur en scène emploiera même le terme de « naturalisme »). Nous avons d’une part la vraisemblance du salon, et d’autre part, cette marche qui décale le réalisme pour nous rapprocher vers cette étrangeté qui grandit. C’es un jeu sur le dedans et le dehors. Cette marche nous permet aussi de prendre du recul, non par pour nous mettre à distance ou pour mettre la pièce dans une réalité qui ne serait pas la notre, à la manière d’un roman fantastique ou d’un conte, mais davantage pour mettre le spectateur en position de voyeurisme. La coupe du salon nous montre que nous regardons l’intérieur d’un foyer, comme un spectacle. Nous contemplons leur quotidien, et par la suite, nous assisterons aux « évènements plus dramatiques » qui vont survenir dans la pièce.

En ce qui concerne la disparition de Claire, la pièce nous met dans une position plutôt étrange. Elle nous met mal à l’aise. C’est notamment cette disparition qui révèlera le « véritable visage » de Mike et de Liz. Tout le monde rejette le sujet, ce qui créé une ambigüité sur cette disparition. A aucun moment, nous savons si Claire s’est faite tuer ou si elle est tout simplement partie de son plein gré. Les deux chemins sont possibles. Effectivement, durant la pièce, on voit que Claire est seule, dans un appartement sur le bord d’une voie de chemin de fer. Elle vit seule. On constate dans ses propos un désir de partie très loin, notamment lorsqu’elle jouera aux cartes avec James. Des « fausses pistes » sont lancées pour laissé le doute planer. Au contraire, la voie que tout le monde prend est celle du meurtre de Claire par James. On remarque dans la pièce une sorte de plaisir qu’on les personnages à penser à cette mort. Ce n’est pas tant un plaisir mais plutôt un fantasme qu’ont les personnages à penser à cette mort. Ils fantasment sur la mort de Claire. Ce que nous dit Martin Crimp, c’est que la société prend plaisir a parler des faits divers, notamment dans les journaux, comme si celle-ci prenait plaisir à entendre des histoires sordides. Une fois encore nous pouvons parler de voyeurisme, mais cette fois c’est bien un voyeurisme malsain qui est ici dénoncé. Quoi qu’il en soit, cette disparition agit comme un révélateur en ce qui concerne les personnages.



Dans cette pièce, comme nous l’avons démontré, nous sommes face à une étrangeté grandissante, qui prend peu à peu le pas dans la pièce. Cela nous place dans un univers étrange, qui nous fait parfois rire, mais aussi qui fait peur. Au travers de la mise en scène, cette peur est très bien retranscrite, à la fois par la banalité de la scénographie, qui place la pièce dans un quotidien tout ce qu’il y a de plus ordinaire, et à la fois par la bizarrerie de la pièce, et par le dérangement qu’elle occasionne. Elle met mal à l’aise le spectateur, qui assiste à un évènement relativement « courant », mais qui assiste également au réactions de Mike et Liz, qui sont finalement des réactions humaines et « ordinaires », que chacun d’entres nous pourrions avoir.

Analyse de spectacle Dealing with Clair


Dealing with Clair est une satire sur la banalité du mal de Martin Crimp mise en scène aujourd’hui par Sylvain Maurice. Cette pièce oscille entre humour et étrangeté, on sait rarement s’il faut rire ou s’il faut s’inquiéter. Cette pièce raconte l’histoire de Mike et Lyse, un jeune couple, qui veut vendre sa maison au meilleur prix à un certain James par l’intermédiaire d’un agent immobilier qui se nomme Claire. Martin Crimp construit sa pièce à partir d’un environnement rassurant de la vie quotidienne, mais cette situation va se révéler être étrange et très inquiétante. Alors comment Sylvain Maurice réussit-il à mettre en scène cette « inquiétante étrangeté » à travers toute une scénographie effrayante et des personnages à l’image de celle-ci?

Dés le début de la pièce, l’atmosphère est tendue, froide, il fait très sombre, c’est assez inquiétant et angoissant. La pièce débute avec l’apparition de Claire, qui est le personnage central de la pièce, elle se trouve dans son studio près de la fenêtre. Celle-ci donne vu sur une voie de chemin de fer, ce qui renforce le côté angoissant (nuisances sonores lors des passages de trains). De plus, la fenêtre est le seul élément du studio qui est montré et grâce à elle, le metteur en scène nous plonge directement dans l’intimité du personnage principal. Nous pouvons ajouter aussi que le metteur en scène fait un énorme travail sur le caché/montré, tout un travail sur le hors champ, ici l’exemple est très frappant avec la fenêtre du studio de Claire. Le hors champ est un lieu de projection d’images.

Cette « première » partie de la pièce fait une énorme référence à Rear window d’Alfred Hitchcock dont le thème principal est le voyeurisme, l’espionnage. Ici on pourrait supposer que Claire est observée par quelqu’un, à travers l’œil du spectateur. Les changements de décors s’effectuent dans le noir total accompagné d’une musique assez surprenante et stridente. Ceci renforce le côté oppressant et étouffant de la pièce et de la mise en scène. La musique est aussi utilisée dans le but de produire des ellipses de temps et d’espaces, cela donne un certain rythme à la pièce et renouvèle le regard du spectateur. Cela lui offre une nouvelle perspective à chaque changement de décors.

La « seconde » partie du spectacle se passe principalement dans la maison du jeune couple que Claire visite. Dans un noir total, la maison s’avance doucement jusqu'à atteindre le milieu du plateau ce qui retient l’attention du spectateur et le place dans un état d’effroi mais aussi de curiosité. Seul le salon est représenté, le reste de la maison est caché. L’espace du salon est placé sur une sorte de plateau tournant et grâce à cela, tout au long de la pièce, la maison va nous apparaître sous différents angles. En apparence, la maison semble en bon état, propre et modestement meublé mais peu à peu on se rend compte ou plutôt on s’imagine que quelque chose cloche avec notamment la tâche sur la moquette ainsi que la fenêtre à réparer mais aussi les pleurs d’un bébé qu’on ne voit jamais. Une étrangeté surgit aussi peu à peu entre les personnages. Comme je l’ai dit précédemment, le caché/montré surgit dans le comportement des personnages. En effet, il y a ce qu’on affiche et ce qu’on est réellement. Tout au long de la pièce, le caché remonte à la surface pour le spectateur. Cette étrangeté se construit à travers le langage, il amplifie le danger (plus les personnages parlent, plus on les trouve étranges), des dialogues implicites ou lapsus et des dérapages.

La mise en scène et les personnages hors normes sont liés. Ainsi, par la mise en scène, les différentes facettes des personnages se dévoilent au spectateur. Claire par exemple est seule et indépendante, elle rejette sa mère, lui ment (elle fume en téléphonant tout en faisant croire le contraire). Tout ce qui l’entoure dévoile sa solitude et son indécision. James, quant à lui, chef de famille est très surprenant. Très emballé par la maison, qu’il veut acheter « cash », il va nouer des liens ambigus avec Claire, il va la conseiller, la soutenir, la rassurer. Ce personnage se rapproche vraiment de la figure d’Harry dans Harry, un ami qui vous veut du bien, un film de Dominique Moll. Il endosse un statut étrange, oppressant, étouffant, envahissant ! On peut supposer que Claire devient une obsession pour lui notamment lorsqu’il reproduit la situation initiale de la pièce. En effet, on le voit à la fenêtre du studio de Claire, au téléphone avec la mère de celle-ci et Claire ne répond plus. Sa disparition est envisagée, de nouveau ici l’étrangeté surgit. A la fin de la pièce, on est progressivement emmener dans l’envers du décor, on a l’impression que le metteur en scène met le spectateur face à lui-même et face à sa dangerosité. On peut éventuellement considérer les lieux comme des personnages à part entière car, et notamment pour la maison à vendre, on voit ses différentes faces cachées tout comme pour les personnages.

Analyse Dealing with Clair Crimp/Maurice/Sartrouville (extrait)


Pièce de Martin Crimp Mise en scène de Sylvain Maurice


Le spectacle commence avec une femme (on apprendra plus tard qu’il s’agit de Claire) au téléphone avec sa mère à la fenêtre de son appartement en face d’une rame de train. Dès le début la pièce est très sonore ; en effet le premier bruit que l’on entend est le passage d’u train (un son très gênant et surtout très commun). C’est aussi un bruit assez froid et glauque, un bruit métallique, grinçant qui nous amène dans une ambiance pesante. Ce bruit de train reviendra à plusieurs reprises dans le spectacle et notamment à la fin quand James prend la place de Claire dans son appartement, ses vêtements et même sa vie. Il clôture et, en quelque sorte, résume la vie de Claire ; et notamment sa dernière vente immobilière (très étrange voire insolite à cause du personnage de James). D’autres sons dans le spectacle sont aussi présents ; des nuisances sonores qui accentuent le côté pesant et angoissant de l’intrigue. En effet, au moment d’un changement de lieu ou lors d’un bond dans le temps, nous entendons parfois des cris de femme, des sirènes de police et des bruits de voiture. Chacun de ces bruits sont des sons très familiers et cela nous plonge dans l’idée que quelque chose de grave se prépare.


De plus, le décor change aussi au moment de changement de scène et pendant un « noir ». La maison de Lyse et Mike, qui est une décoration plutôt moderne et chaleureuse. C’est ce qui rend la pièce gênante et surprenante : en effet dans la chaleur et la banalité d’une vie de couple et de la vie quotidienne de celui-ci on découvre peu à peu eu violence et une cruauté effrayante puisque leur vie est très « réaliste » et on peut facilement s’identifier à eux.


Le décor mobile et donc les multiples angles de vues du décor représentent les personnages car plusieurs points de fuites existent et cela implique que chaque personnage a une interprétation différente des évènements. Cela laisse donc au spectateur la possibilité de choisir une interprétation propre à lui-même étant donné qu’aucune version n’est confirmée et que la fin n’est pas clairement déterminée. On peut se demander si Claire a été violée et tuée par James qui aurait un côté violent et cruel ou au contraire qu’elle a saisi une opportunité pour voyager et aurait assouvi un désir de liberté (James serait alors un homme mystérieux qui a fait rêver Claire). La fin du spectacle restant trouble et en même temps très suggérée par la scénographie de la pièce, il reste au spectateur à choisir entre une fin heureuse et une fin tragique. La plus évidente est celle qui implique l’étrange, le cynisme, la violence car nous vivons dans une société du pire et c’est bien cela qu’implique le texte et la mise en scène de Dealing with Clair.



Cette pièce expose une violence et une banalité du mal associée à notre époque à l’aide de personnages qui nous ressemblent étrangement et d’une manière effrayante.