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jeudi 9 juin 2011

Pour être honnête je crois que j'ai un peu "atterrit" dans cette option théâtre. Même si j'ai toujours été attirée par les matières artistiques et littéraires, j'étais en arrivant au lycée il y a maintenant trois ans (déjà!), bien loin de me douter l'importance que le théâtre allait prendre dans ma vie. J'avais seulement eu un bref contact avec le théâtre (en pratique disons) en colonie de vacances, rien de bien approfondie donc. Mais cela m'avait permis d'entrevoir les bienfaits du théâtre, de voir comme c'est merveilleux d'avoir un espace où le but est de faire voler en éclats le carcan social. C'est une des façons dont je vois le théâtre: c'est un espace où l'on a enfin le droit. C'est un endroit où on se soumet aux regards pour apprendre à ne pas les prendre en compte et c'est quand enfin on a réussi qu'on est le plus beau.

Les débuts n'ont pas été faciles pour moi, j'avais de gros blocages par rapport à la scène et je suis encore bien loin de les avoir tous surmonté mais je suis fière du chemin que j'ai accompli. Je compte continuer à faire de mon mieux pour réussir à m'abandonner complètement. Le théâtre m'a donné le plaisir d'apprendre, j'ai la sensation de m'enrichir à chaque cours, que ce soit de pratique ou de théorie. Et ce même si souvent la séance n'est pas couronnée de succès et d'avancées spectaculaires. Souvent je piétine, je me déçois mais chaque noeud me fait avancer parce que le théâtre c'est apprendre à les défaire. Le théâtre m'a appris à me dépasser, à être toujours au travail en recherche, et à exploiter toutes les solutions. Pour moi le théâtre, comme le masque, dévoile plus qu'il ne camoufle. Ainsi il ne m'a pas appris à simuler mais à me montrer telle que je suis, à me construire.

J'ai également appris à travailler et vivre en groupe. Ce qui m'a enrichi surtout c'est d'avoir partagé ça avec 18 autres personnes. Et je pense que "partager" est le bon mot car notre projet est vraiment commun, chacune a eu un rôle mais pas uniquement dans le spectacle achevé. Nous avons tous travaillé ensemble sur toute la pièce même sur les parties où nous n'apparaissons pas. Peut-être que cela semble évident mais j'insiste car de ce fait je ne peux envisager le théâtre d'une autre manière qu'en groupe. Je pense que c'est forcément quelque chose à partager, à vivre en groupe et que cette facette est vraiment précieuse. J'ai appris à avoir un regard critique mais aussi à accepter les critiques et à en faire des atouts, à écouter le point de vue des autres mais également que mon opinion a de l'importance.

Cependant le théâtre m'a aussi appris à être seule. A être autonome et responsable. Dans un groupe chacun est unique et essentiel, si un seul manque à sa tâche c'est l'ensemble qui en paye le prix.

Que ce soit dans L'Acte Inconnu ou dans le rôle de Cassandre, le travaille pour moi est passé par des phases de blocages et de tâtonnements pour enfin aboutir à un réel et intense plaisir d'être sur scène et de créer et porter ce projet avec mes camarades.

Que ce soit intérieurement, scolairement, socialement, culturellement le théâtre m'a fait faire des pas de géants.

Je crois que pendant ces trois ans nous avons grandi ensemble. Le théâtre et ces 18 personnes sont ce qui m'a le plus appris jusqu'à aujourd'hui. Le théâtre a un rôle très important dans ce qui m'a fait devenir la personne que je suis et que je serai.

jeudi 26 mai 2011

JDB-26/05

Nous avons commencé cette 30ème et avant-dernière séance par faire le point sur la précédente: il en est donc ressorti que nous n'avions pas été assez rigoureuses.

Peut-être avons-nous été si déconcentrées la fois dernière parce que c'était la première fois après le stage que nous nous replongions ensemble dans le spectacle. Quand nous étions à Poitiers, nous étions tout le temps baignées agréablement dans le théâtre, les choses semblaient aller d'elles-même et c'est peut-être pour cela que nous avons eu un peu de mal à être efficaces. A cause de tout cela je n'ai, pour ma part pas senti le plaisir que nous avions à porter notre projet, ce qui s'est ressenti.

Mais cette fois-ci, youpi, toutes en forme et motivées nous avons été plus efficaces que la fois dernière. Nous avons travaillé ensemble dans la bonne humeur au lieu d'être dissipées chacune de notre côté, surtout en marge du plateau. Nous étions reconcentrées, peut-être grâce au fait que nous avons travaillé exclusivement les passages Novarina. Ainsi nous avons pu nous concentrer sur un univers et éluder les contraintes techniques de transition qui (même s'il était nécessaire de s'en rendre compte) nous avaient fait gaspiller de l'énergie et pollué notre attention. J'ai retrouvé le plaisir d'investir le monde dynamique et ludique de Novarina et je crois avoir senti la même énergie de la part de toutes mes camarades. Je crois que c'était parfait de jouer cette partie de notre projet. Etant donné que c'était l'un de nos derniers cours et que je n'ai pour ma part aucune inquiétude quant au résultat notre pièce, ça n'a été que du plaisir de jouer ces parties où nous intervenons toutes et ensemble, nous en avons profité.

Quant à moi je me sens désormais très bien dans L'Acte Inconnu mais je me rends compte que j'ai une vision du théâtre de Novarina comme d'un théâtre de bonne humeur. Bien sûr, la personne que je suis au quotidien ne devrait pas intervenir sur scène mais pour jouer Cassandre par exemple je sens que j'ai besoin de trouver un état de disponibilité, voire de fragilité. De la même façon, pour Novarina je dois être dans un état de joie simple et naïve qui ne peut être uniquement fabriquée sur scène. Ors je ne m'inquiète pas, ce sentiment est le plus souvent produit par le simple plaisir de jouer (presque même au sens d'un jeu d'enfant, dans le cadre de Novarina). C'est aussi surement l'une des raisons de mes difficultés à passer de L'Acte Inconnu à Cassandre. Mais l'un des intérêts du théâtre est justement de chercher à surmonter ses difficultés et ses limites...

jeudi 17 mars 2011

Journal de bord du 17/03:

Nous avons commencé cette séance en parlant de la mise en place du drap, comment celle-ci doit être soignée car nous manipulons un objet sacré. Ce début devrait s'apparenter à un croisement entre la concentration de l'athlète et la préparation de la toile par l'artiste. Cette installation précautionneuse devrait de plus intriguer le spectateur.

Nous avons ensuite abordé le sujet des trous de mémoires et perte de moyens, en quoi cela est un bon signe à condition que ce ne soit pas un défaut d'apprentissage du texte: c'est le signe de la prise de risque et de l'immersion dans le personnage et dans le jeu. Seulement il faut jouer avec ces accidents car dans ce cas ce sont souvent les plus jolis moments, c'est un risque supplémentaire mais c'est à ce moment que le comédien est le moins « faux ». Mais ces accidents (entre autres) doivent nous permettre d'avancer, de trouver de nouvelles propositions et de les réinventer.

Nous nous sommes ensuite questionné sur la suite de notre travaille: Comment amener l'Illusion Comique? Quelle(s) partie(s) jouer? Nous avons pensé à l'éloge du théâtre faite par Alcandre mais surtout au personnage de Matamore, en effet celui-ci fait écho aux deux autres pièces en plusieurs points.

  • Comme Clytemnestre, c'est un personnage qui manipule par le langage, ce sont tout deux des menteurs (acteurs?). Cette dimension du langage rejoint également l'écriture de Novarina: quand le nom d'un objet est prononcé il n'a pas besoin d'apparaître, il existe par le langage.

  • Matamore est également un personnage si décalé et proche du cirque et du clownesque qu'il peut s'apparenter à un personnage novarinien, son univers est imaginaire et n'existe que par les mots. Nous avons pensé que Matamore pourrait se mêler aux personnages de Novarina. Mais dans ce cas Matamore se fondrait-il à l'Acte Inconnu ou le traverserait-il? (->Pour cela il faut relire les passages de Matamore, penser aux moments que l'on veut jouer et où peut-on les placer dans Novarina)

Nous avons ensuite repris notre travaille avec Agamemnon en commençant par les Cassandre, en en rappelant les contraintes: entrée seule et discrète, découverte de l'espace, opérer une trajectoire et aller jusqu'au bout des mouvements engagés, le texte guide le corps.

Lors de la séance précédente, avec ces contraintes nous avons prit un énorme tournant dans la proposition où nous pataugions auparavant. Le fait de jouer seules renforce paradoxalement notre unité. Je crois que cette proposition traduit bien la solitude mais aussi la sorte de schizophrénie de Cassandre. Ou en tout cas la folie désespérée qui la gagne aux vues de la fatalité: elle va être sacrifier, elle le sait et pire encore, n'y peut rien. Et bien que cela m'ait effrayé c'est finalement ainsi que j'ai eus le sentiment d'être non seulement au bon endroit de recherche mais également à ma place. Cependant les conditions réelles de représentation ne seront pas les mêmes et il est clair que le cube noir et les lumières faibles contribuent énormément à cette avancée. De plus je trouve qu'après le grand pas que nous avons fait il n'est pas évident de faire évoluer la proposition mais peut être que cette évolution peut passer par plus d'écoute entre nous six. Et, pour ma part, engager et laisser aller le corps davantage.

Ensuite nous somme passé à l'épisode de Clytemnestre après le meurtre. Il me semble qu'il faudrait essayer de l'aborder avec plus de précision, tenter de se rapprocher de la stature de la reine victorieuse qu'elle est, même si le tableau produit marche déjà.

jeudi 13 janvier 2011

JDB 13/01-15ème séance:

Pendant la première heure de ce jeudi nous avons parlé de la séance dernière où nous avons joué avec la peinture mais en ne gardant que trois couleurs (bleu, vert, marron) afin de se rapprocher de l'image d'une carte qui rend, paraît-il déjà bien. Nous avons dit cependant qu'il faudrait affiner le dessin en créant d'autres formes que ces bandes de couleurs et ainsi se rapprocher plus ou moins de l'image du bassin méditerranéen.
Nous avons ensuite réfléchi aux autres dessins que nous pourrions créer, notamment pour Agamemnon: quel type de peinture? Que représenter?(le palais?) Comment? Bien sûr avec notre corps mais peut être avec de nouveaux objets (des pinceaux?). Toutes ces questions sont à se poser dans le but de rester inventifs, de trouver de nouvelles astuces pour surprendre le spectateur, de nouvelles façons d'exploiter les contraintes que nous avons. Mais il faut également nous renouveler parce que la pièce que nous abordons n'est plus la même, la langue est différente et donc, les images qui font sens sont à chercher autre part.
Mais tous nos chefs d'œuvres auront ceci de commun qu'ils seront uniques. En effet c'est entre autre leur création qui fait spectacle cependant elle est à chaque fois différente puisque malgré le fil conducteur que nous avons, il n'y a pas de « partition » exacte et peu de « rendez-vous ». Bien que cela puisse être un peu effrayant au premier abord et inclut un risque au niveau du résultat, cela permet d'avoir une véritable création, unique et éphémère, comme l'est chaque représentation. Ainsi peut on dire que ce début (Novarina) est calé bien qu'il ne soit pas parfait.
Nous avons ensuite abordé la question des costumes et du maquillage pour Agamemnon pour Clytemnestre et Cassandre: devons nous garder les combinaisons ou bien porter des robes par exemple? Bien sûr il faut affirmer la féminité de ces deux personnages (surtout celle de Clytemnestre) mais aussi continuer à créer sur scène, les costumes y comprit. La solution serait peut être donc de faire une sorte de robe en rabattant le haut de la combinaison (et éventuellement en détachant les cheveux) puis en utilisant la peinture pour créer un costume. Cette espèce de superposition de pantalon et de jupe pourrait nous permettre de jouer sur la sorte d'androgynie de Clytemnestre. Une autre question a été de savoir si Clytemnestre change de costume après le meurtre et si oui, comment?
A mon avis l'un des enjeux de notre entreprise est de montrer visuellement le cheminement intérieur que l'on entreprend en jouant, je veux dire, devenir une toile sur laquelle on peint le personnage et dans l'idéal, devenir le personnage. Comment ce sont les comédiens qui peuvent créer le spectacle (comme dans Klaxon, trompettes et pétarades) et comment le comédien construit un spectacle comme le théâtre le construit, lui.
Dans la mesure où L'acte inconnu et Agamemnon (et plus tard L'illusion comique) vont se côtoyer et s'entrelacer dans notre spectacle on peut se demander comment passer d'une langue à l'autre quand elles paraissent presque s'opposer. La langue d'Eschyle est poétique et rhétorique tandis que celle de Novarina se veut « de rue » (oui mais de quelle planète?!). Cependant ces deux langues nous semblent étrangères, difficiles à apprendre, à comprendre et à jouer bien qu'elles soient toutes deux très imagées. Mais paradoxalement c'est peut être la plus lointaine temporellement qui semble la plus accessible et la moins étrangère...

Pour commencer la deuxième heure Marc nous a fait faire un « exercice de relaxation » (?) qui consistait à se projetant dans le passé tout en basculant légèrement son corps vers l'arrière ou dans le futur en basculant vers l'avant, le tout les yeux fermés. C'était en réalité assez déroutant, j'ai senti un déséquilibre assez troublant même si je ne me suis peut être pas investi autant qu'il l'aurait fallu parce que c'était déjà assez éprouvant.
Nous avons ensuite commencé à travailler sur le texte de l'émissaire et de Clytemnestre. Nous avons vu l'importance de comprendre son texte avant de l'apprendre puis de l'apprendre en respectant les ponctuations et les respirations. Et puisque nous ne pouvons nous appuyer sur des choses vécues pour nous approprier le texte, il faut nous appuyer sur les mots employés, sur les consonnes, les respirations et les images pour parvenir à transmettre la force poétique de ces vers.
Amanda
Cette séance a été difficile
pour moi.
En effet, je devais dire mon texte sans sentiments, en respectant la ponctuation et de façon audible. Tout d’abord, le fait de respecter la ponctuation me faisait oublier mon texte car j’étais trop concentrée sur ma respiration. Le fait de ne pas comprendre certaines phrases se faisait entendre lorsque je disais mon texte. J’avais beaucoup de mal à m’approprier le texte et à me mettre dans la peau de Clytemnestre. C’est un personnage complexe et difficile à cerner. Je n’y arrivais pas car mon texte n’était pas suffisamment su et je ne comprenais pas les paroles de Clytemnestre. De plus, le fait que ce texte soit écrit en vers engendre beaucoup de contraintes mais facilite la compréhension de la pensée de Clytemnestre, ce qui est essentiel.
Anastasia

dimanche 9 janvier 2011

Elaborer un projet de scénographie pour l'Agamemnon : L'usine tragique.

Nous avons choisi l'usine désaffectée pour monter Agamemnon, d'une part pour sa verticalité, c'est à dire la possibilité de l'exploiter de haut en bas aussi bien que de long en large. Mais aussi d'autre part pour l'idée que cela donne du pouvoir, car l'usine représente selon nous un lieu de pouvoir économique fort, ici devenu fantomatique de par la destruction, ce qui évoque clairement le périple destructeur d'Agamemnon à Troie. Nous choisissons donc une mise en scène plutôt contemporaine, tout en conservant quelques éléments antiques, comme le choeur chantant par exemple.
Le Coryfée serait donc placé en haut à gauche de l'image dans la case plus foncée, ainsi il surplomberait le choeur, placé juste en dessous du porche. Nous avons imaginé que le choeur serait en mouvement restreint, il s'avancerait devant le porche pour observer les scènes et réagirait de manière très forte sous forme de cris, de pleurs, et lorsqu'une scène l'effrayerait il aurait justement pour lieu de refuge le porche. Le Coryfée ne serait donc pas mêlé au reste des choreutes mais plutôt son meneur, il parlerait tandis que les choreutes auraient une parole rythmée, presque chantée. Ils seraient munis d'objets rappelant l'univers de l'usine, comme des bidons, des barres de métal afin de jouer en accompagnant leurs chants, nous avons notamment pensé au groupe Stomp. Ainsi, il danserait dans son jeu de percussions.
Le palais serait la grande structure munie d'escaliers placée au centre, nous trouvons son aspect particulièrement délabré très intéressant dans le contexte, car il représente bien l'ébranlement du pouvoir d'Agamemnon, et la destruction des valeurs royales, puisque c'est le lieu où Clytemnestra tue son mari et le trompe pour offrir sa place de roi à Egisthe. Ce fameux palais, serait recouvert de grands voiles blancs qui ne laisseraient ressortir au début que l'escalier. Nous pensions utiliser ces draps pour le récit des aventures d'Agamemnon, car pendant celui-ci des images seraient projetées des deux côtés du palais. Trois possibilités: soit sous forme de sortes d'ombres chinoises, dont certains dessins animés pour enfants sont faits comme Princes et Princesses par exemple, ou alors de manière très différente, en projetant plutôt des images d'archives, de guerre par exemple, de cette façon l'histoire serait plus actuelle et parlante pour le spectateur mais les ombres chinoises permettraient de conserver l'aspect poétique et épique du récit. Ou encore mêler images d'archives à des peintures de guerres comme par exemple Le "Dos de Mayo" de Goya. Lors des pauses de récit, les images projetées seraient juste celles d'une façade de palais majestueux. Puis, pendant le meurtre d'Agamemnon et de Cassandre, les draps blancs tomberaient et les images projetées s'arrêteraient pour laisser place à une lumière éblouissante et rouge. Ainsi la façade déconstruite et effrayante remplacerait le "palais des illusions" pour laisser place à la vérité, soit à l'intérieur du palais: le meurtre et la trahison.
L'arrivée d'Agamemnon confirme le parti pris très modernisé de notre mise en scène puisqu'il arriverait du fond de l'usine (à droite) dans son char qui serait ici un tank. Cela renforcerait l'aspect contemporain de la guerre et rappèlerait d'autre part qu'Agamemnon n'est pas seulement un héros guerrier mais aussi un monstre sanguinaire comme il en existe encore dans les guerres d'aujourd'hui. L'image du tank renvoie de manière assez brutale et choquante aux horreurs connues et commises par nos peuples, comme lors de la Première, Seconde Guerre Mondiale. Mais aussi, de manière plus récente à la guerre en Irak par exemple. Ainsi, il arriverait du fond de l'usine ce qui provoquerait un bruit de plus en plus fort avant que les spectateur ne le voit et susciterait leur curiosité. L'aspect imposant de cette machine ferait même peut-être aussi trembler les constructions de métal ce qui serait très intéressant pour effectuer un jeu de lumières d'une part et d'autre part car cela instaurerait un climat de terreur aussi bien chez les choreutes, que chez les spectateurs. Cela représente selon nous très bien la surpuissance et le danger qu'est Agamemnon. Avant qu'il ne passe sous le voile blanc et vienne s'arrêter juste devant les premier spectateurs au bas de l'escalier en colimaçon. Au char serait accroché un long voile rouge, qui symboliserait tout d'abord les crimes commis par le roi à Troie. Contrairement au symbole de paix que représente le drapeau blanc hissé à la voile d'un bateau, ici le voile rouge serait le symbole de la victoire guerrière et sanguinaire. Clytemnestre descendrait du palais par les marches afin d'accueillir son époux et s'emparerait du voile qu'elle porterait comme une traîne (de mariée). En apparence cela signifierait les retrouvailles amoureuses des deux amants séparés pendant dix ans, mais en réalité cela annoncerait le crime de Clytemnestre à venir. Elle monterait les marches de l'escalier suivie d'Agamemnon et laisserait le voile se déposer sur les marches, une fois les époux disparus dans la bâtisse, le voile resterait étendu, indiquant le chemin à suivre pour atteindre la scène du crime.
Nous souhaitions une fin spectaculaire qui achèverait l'utilisation verticale du lieu. Ainsi, le meurtre ne serait pas présenté directement comme nous avons pu le voir dans d'autres mises en scènes. Les deux cadavres tomberaient du toit, suspendus aux barres d'acier, dégoulinant de sang au dessus des choreutes effrayés, réfugiés sous leur porche. Quant à Clytemnestra, elle défilerait au dessus du palais jusqu'aux passerelles surplombant le Coryfée et les choreutes, admirant son oeuvre.
Les spectateurs seraient disposés en corolle en partant de la gauche vers la droite, de manière à ce que tous puissent voir l'escalier et chacun selon leur exposition voir de part et d'autre de l'escalier les images des récits projetées sur les deux façades du "palais".

Voici quelques illustrations de nos idées:
Images sous formes d'ombres chinoises façon dessin animé: (ici: exemple tiré du dessin animé Princes et Princesses: Clytemnestra et Egisthe?)


Images de guerres utilisables pour le récit d'Agamemnon:


Le "Dos de Mayo" de Goya:


Un tank en Irak:
Par Nataly, Amanda, Alice, Jane.



mercredi 6 octobre 2010

Extraits d'analyses: Les Chaises, Klaxon et Ithaque par Amanda






-Les chaises de Ionesco, mise en scène de Luc Bondy:

Les objets semblent petits dans un espace aussi grand, ce qui souligne la futilité des préoccupations quotidiennes et la vanité de la vie des personnages: "le comique est tragique et la tragédie de l'homme est dérisoire" (Eugène Ionesco). Ces objets peinent à remplir l'espace ainsi que la vie vide de sens des personnages. [...]
Puis le théâtre derrière le tulle s'illumine à l'arrivée de l'Empereur, cela pourrait être une lueur d'espoir cependant l'Empereur, Godot pour Becket, Dieu reste lui aussi invisible. Il n'y a toujours rien vers quoi se tourner pour donner un sens à la vie, à part peut être l'élément le plus voyant de la mise en scène: le théâtre.


-Klaxon, trompettes et pétarades de Dario Fo, mise en scène de Marc Prin:

On peut penser que comme Agnelli qui domine le monde publique, c'est Rosa qui est la chef une fois à la maison, mais que malgré cela elle n'est pas la femme forte et exubérante dont elle tente de se donner l'image. Cela fait tout de même ressortir une dimension féministe de la pièce. En effet les femmes dans cette pièce ont des caractères forts (Rosa), ont eût accès à une éducation prestigieuse, sont intelligentes et occupent des postes hauts placés (médecin, juge) tandis que le héros est ouvrier et que le patron et le commissaire sont présenté comme crapuleux et profiteurs. En effet avec un humour populaire cette pièce dénonce la corruption avec par exemple l'énorme statut d'Agnelli dans l'hôpital, le recours à la torture ou la réduction d'Agnelli au silence lorsqu'il commence à divulguer les secrets d'hommes politiques. Au contraire de cet aspect de la société, la pièce est mise en scène de façon à ne pas orienter le regard du spectateur. Celui-ci est libre de regarder où il veut: l'espace est grand et ouvert et même les coulisses sont à vue. Ainsi, en parallèle à l'histoire qui se déroule et où les personnages sont les protagonistes, le spectateur peut voir s'écrire l'histoire unique de la représentation dont les héros sont les acteurs. Il n'y a pas de "triche", on est bien au théâtre et cela fait spectacle tout autant que le récit d'Antonio. Le but est de montrer le travaille du comédien, de donner à voir en plus de la pièce, l'acteur en plein effort (comme un athlète). Ce qui au premier abord peut paraître contradictoire avec ce parti pris est la présence de masques. Tout est montré et ce qui est caché en dévoile encore plus. Le masque du policier met en évidence le fait qu'en réalité il est joué par une femme. Le policier devient à lui seule une critique de la société où il faut cacher les traits qui dérangent (ici l'homosexualité) pour ne pas être discriminé. Le médecin quant à elle souhaite cacher l'effet du temps mais expose ainsi ses peurs, ses complexes, ses blessures... [...]La pièce pose la question du communisme comme réponse à la lassitude des français mais montre surtout que l'une des meilleures solutions est le rire, la comédie et le théâtre.


-Ithaque, mise en scène de Jean-Louis Martinelli:

Ce que l'on remarque tout de suite est l'esprit spectaculaire de la pièce. Déjà au premier coup d'oeil: une grande plate forme avec des marches qui conduisent au lit de Pénélope et d'énormes colonnes grises, carrées et très urbaines. Au fil de la pièce on remarque également le grand nombre de comédiens présents ainsi que les réguliers changements de costumes. Seulement le spectateur ne s'arrête pas là, on note aussi beaucoup d'éléments inspirés du cinéma tels que l'utilisation de micros, d'effets spéciaux comme dans l'épisode des haches ainsi que l'emploi de la vidéo. Certains costumes également comme ceux de Télémaque et d'Ulysse parfois mais surtout d'Athéna peuvent rappeler les films hollywoodiens de gladiateurs. Athéna est celle qui concentre le plus la dimension spectaculaire, par ses costumes mais aussi par ses apparitions surprenantes comme dans une colonne/ascenseur ou volant au-dessus de la scène. [...]

Ce rapprochement avec l'industrie du film hollywoodien contribue à faire le lien entre la Grèce antique et le spectateur d'aujourd'hui, bien qu'il puisse avoir du mal à retrouver ce qui lui parle de lui dans cette mise en scène.
Le texte de Botho Strauss est également dans cette optique de modernisation. Il semble en effet traduit en "langue d'aujourd'hui", du quotidien. Ce texte rend peut-être ainsi la pièce plus accessible et plus proche du spectateur mais en soustrait tout le réseau d'images et de formules homériques, toute la poésie et du même coup, la puissance. Il en est de même d'Ulysse qui, comme le texte, est "vulgarisé", il n'est plus dans cette pièce le héros épique. On découvre à ce personnage beaucoup de défauts et de faiblesses, on savait Ulysse humain mais pas à ce point pathétique. Le héros est ici complétement démysthifié. Même le corps de l'acteur contribue à le descendre de son piédestal voire à le ridiculiser. Cependant il est difficile de savoir si cet effet est celui voulu par le metteur en scène. [...]

A l'inverse d'Ulysse, Pénélope retrouve de la prestance dans cette version. Elle n'est plus la femme passive bien que rusée. Elle est dans cette pièce, plus maîtresse de maison et moins assiégée bien que dominée et vulnérable. [...]

La pièce oscille entre éléments rappelant l'antiquité, contemporains, voire même futuristes.

Pour finir, la facette d'Ulysse que Martinelli et Botho Strauss veulent mettre en évidence, en plus de son humanité, est un Ulysse comédien: il trompe, ment, se déguise et se transforme pour réussir à être enfin lui-même.


En conclusion, avec Ithaque, Martinelli crée une pièce qui pourrait être ludique, attractive et accessible à tous avec un texte actualisé mais use peut-être d'un théâtre parfois un peu évident et illustratif. De plus, malgré de jolies trouvailles et quelques images poétiques, les deux moments attendus par le spectateur de cette fin d'Odyssée: le massacre et les retrouvailles sont cachés ou traités assez rapidement. Ainsi les éléments intemporels de cette pièce: les sentiments (amour, colère...) sont les plus éludés. De ce fait la pertinence du discours de cette mise en scène sur notre époque et notre société n'est peut-être pas évidente. Peut-être que si Martinelli avait eu moins de moyens à sa disposition, aurait-il développé plus d'astuces et d'images poétiques puisque les contraintes font grandir l'imagination et la créativité.