Affichage des articles dont le libellé est les Chaises. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est les Chaises. Afficher tous les articles

mercredi 6 octobre 2010

Extrait d'Analyse Les Chaises, Luc Bondy

Les Chaises sont reprises aujourd’hui par Luc Bondy, pour la deuxième fois consécutive dans sa carrière de metteur en scène. Ce qui intéressait Bondy, à l‘époque, était de «s’interroger sur comment jouer et jusqu’où aller avec ce qu’on appelle l’imaginaire». Aujourd’hui, il s’attache davantage à la solitude du vieux couple, et c’est dans cette mise en scène que Luc Bondy reflète ce nouvel intérêt, l‘abandon et la solitude. Nous nous demanderons donc, afin d’analyser la pièce, comment Luc Bondy parvient t-il à métaphoriser la vieillesse et l’approche de la mort au travers de sa mise en scène et comment joue t-il sur le contraste de la farce noire? Ainsi, afin de répondre à cette question, nous nous rattacherons aux éléments de mise en scène de Luc Bondy et à ses partis pris.


1. La Scénographie, un espace de solitude
On constate dans la mise en scène de Luc Bondy, qu'une évolution est mise en place tout au long de pièce. Nous commençons par un espace relativement vide. De hauts murs noirs entourent la scène, deux cordes de pendaisons sont suspendues au plafond, et des flaques d'eau sont rependues sur le sol. Autrement dit, nous avons devant les yeux une scénographie lugubre, angoissante, ayant presque une dimension apocalyptique. La signification de cette austérité est, qu'en réalité, l'espace scénique qui nous ai présenté, n'est autre que la métaphorisation d'une antichambre de la mort. Les murs noirs ne sont autre que l'enfermement, l'isolement, la solitude du couple, non seulement au sein de la société, mais au sein du couple. Les deux vieux, entretiennent une relation monotone, rabâchant les mêmes histoires encore et encore. C'est ainsi qu'ils décident d'organiser cette conférence, pour ne pas mourir dans une totale solitude et vivre encore "une aventure", de nouvelles relations sociales. Nous constatons notamment qu'une envie de départ, d'intrigue est refoulé, lorsque le vieux compose des petits bateaux en papier et les postent dans une flaque d'eau. Cette navigation est le symbole du désir de l'éloignement, du départ, et peut-être aussi du voyage vers la mort. Mais nous pouvons interpréter cela différemment. En effet le spectacle tourne autour des questions métaphysiques : d'où je viens et où je vais. La mort et la naissance sont toujours associé, et la mort est perçue comme un retour à l'état originel, le retour au commencement, aux sources. Ainsi, en faisant des petits bateaux, le vieux démontre cette régression, cette dégénérescence et presque cette décroissance.
En effet, nous parlons sans cesse de la mort qui occupe le plateau. Celle est évidemment présente au travers des deux cordes de pendaison flottant au dessus des têtes des deux personnages. Ceux-ci, loin d'en être effrayés, jouent avec les cordes et donc la mort. Le vieux passe sa tête dedans (ce qui annonce leur suicide futur), la vielle, elle, se balance comme sur une balançoire. On croirait assister à un tourbillon avec la mort, une sorte de danse macabre.
Nous avons précédemment énoncé le fait que, au fur et à mesure du déroulement de la pièce, une évolution scénographique est mise en place. Effectivement, alors qu'au début, le plateau est calme et serein, il finit par être envahit par une centaine de chaises vides, inlassablement vides. Au contraire de rendre l'espace encombré et étouffant, cela renforce l'aspect de solitude, de désert, d'abandon. Tous deux se complaisent dans leur délire commun et finiront par se suicider ensemble, ayant accomplie leur dernière volonté, celui d'être entouré. Ainsi, le spectacle finira sur une image sinistre et inquiétante, celle des corps inertes des deux vieux au milieu de toutes ces chaises inoccupées. Cette image renforce l'idée du recommencement puisque les vieux se retrouve dans une scène inondée d'eau, leurs carcasses gisantes, métaphorisant ainsi le fœtus dans le liquide amniotique. Cela renforce le fait que, tout comme nous ignorons d'où nous venons, nous ignorons où nous allons.


2. Les comédiens : une métamorphose
L'homme et la femme qui interprètent les deux vieux, contrairement aux personnages, n'ont pas plus de 90 ans. Les vieux sont en effet joué par des comédiens jeunes, costumés et maquillés afin de les vieillir considérablement. Mais loin d'être uniquement grimés en vieux, les deux comédiens se métamorphosent en vieux. Leurs démarches, leurs façons de parler, de se tenir reflètent intégralement une personne âgée, ce qui représente un travail très important et compliqué. Ainsi, nous pouvons interpréter ce choix comme purement concret, étant donné qu'une telle endurance et capacité physique chez de vielles personnes est difficile. Mais nous pouvons également expliquer cette préférence comme volontaire et empreinte de réflexion, ce qui est le cas, car déjà, dans les didascalies de Ionesco, ce choix était exprimé. En effet, même si la transformation est édifiante, on s'aperçoit que les comédiens sont en réalité plus jeunes que les rôles qu'ils interprètent. Cela signifie effectivement, que sous une vielle personne, se cache encore le cœur de personnes jeunes, des personnes qu'ils étaient autrefois. Cela montre que le passage, le chemin vers la vieillesse est très rapide et que les personnes n'ont pas le temps de se rendre compte et que seul le corps vieilli, qu'une part de jeunesse reste intacte au fond d'eux.


3. Les lumières et les sons
Dans la mise un scène, un travail sur les espaces et les sons est effectué, toujours en rapport avec la vieillesse et la progression de la mort. En effet, nous voyons par exemple que la lumière est à un moment donné, le symbole de la sonnette. Les deux vieux, devenus de plus en plus sourds, n'entendent pas la sonnerie. Une musique est également présente, de manière à les accompagner dans ce cheminement vers la mort. Elle peut-être joyeuse, entrainante, tout comme elle peut-être lourde, pesante et sombre.
Quant aux lumières, elles sont tout d'abord peu présentes, faibles, semblable à celle d'un garage. Alors qu'a la fin, lorsque les deux vieux se rapproche de plus en plus de la mort, la lumière devient de plus en plus vive. La lumière, tout comme le rythme de la pièce, s'emballe. Elle est plus forte, presque éblouissante. Cela mime cette approche de la mort. Soudain, la lumière s'éteint, tout est fini, les deux vieux sont morts.

Analyse Les Chaises, Ionesco. M/S Luc Bondy - Nataly

Les chaises de Ionesco, Mise en scène par Luc Bondy

Cette pièce de théâtre fut écrire par Ionesco en 1952. Mise en scène par Luc Bondy nous sommes face à une pièce tragi-comique. En effet, comme toujours, Ionesco aborde des thèmes qui concernent la société, principalement le thème de la mort de la solitude. Ainsi, dans ce texte Ionesco met en scène deux personnages qui sont âgés, c’est un couple marié depuis 75ans et qui pour tromper l’ennui et la mort convoquent l’humour et la dérision. Ces deux personnages vont alors nous raconter leur aventures les plus folles pour ensuite convoquer tous leurs « amis » et même le monde entier afin de leur faire une ultime révélation. Ionesco a décidé ici de traiter le thème du temps qui passe et de la mort, mais particulièrement le thème du suicide en ce qui concerne Les Chaises. Ionesco écrivain de l’absurde fait de cette pièce une ambivalence déroutante: elle oscille en permanence entre comique et tragique, le rêve et le cauchemar. Le maître du théâtre de l’absurde, pour qui « le comique est le tragique et la tragédie de l’homme, dérisoire », voyait cette pièce comme une « farce tragique ».
Nous pouvons alors nous demander comment Luc Bondy décide de mettre en scène cette histoire tragique qui cependant contient des éléments comiques. De plus, nous pourrons également nous intéresser au jeu des acteurs, au décor, aux costumes et au reste des mises en scène qui viennent animer cette pièce.

Premièrement nous pouvons nous focaliser sur la scénographie de cette pièce. Au début de la représentation, le spectateur est face à un décor plutôt simple mais qui pourtant au fil de l’histoire va apporter une grande signification. Le décor est donc minime: côté jardin se trouve une chaise placée à l’avant scène, puis côté cour, à l’arrière, une autre chaise est posée, par-dessus celle-ci se trouve un vieux poste radio qui va diffuser la musique de Paris. Cette musique va retentir plusieurs fois durant la représentation au moment où le mari va raconter à sa femme leur jeunesse. Mais ce n’est pas tout, vers le milieu de la scène se trouve une corde qui suspend une autre chaise, également une corde pend face à celle-ci. De plus, un des éléments qui va apporter beaucoup d’importance au lieu et à l’histoire sont les flaques d’eau présentes en plein milieu du plateau et vers le fond. Ce décor représente sans doute la maison des deux personnages, ainsi nous pouvons dire que c’est un lieu plutôt précaire et humide pour des personnes âgés. Au fil de l’histoire nous comprenons donc que c’est un couple qui n’est pas très riche, qui vit même dans la pauvreté. Cette misère est assez réaliste puisque les personnages n’ont pas l’air surpris, tout est comme si cela faisait parti de leur vie depuis longtemps, c’est leur milieu et ils n’y peuvent rien contre cela. Nous savons grâce aux nombreuses interventions de la femme que son mari aurai pu avoir un meilleur poste de travail ce qui intensifie l’idée qu’ils n’ont pas eu la vie dont ils rêvaient, de plus cette misère reflète cette incompétence.
Après avoir décrit les éléments présents sur scène, nous allons pouvoir les analyser un par un et essayer de dégager leur fonction et signification. Le couple décide d’organiser une grande réunion avec tous leurs amis et des célébrités afin de rompre avec leur solitude journalière mais pour leur faire une révélation, également. Au fur et a mesure que les invités arrivent des centaines de chaises apparaissent sur le plateau. Cependant aucun de ses invités est réel, les chaises sont vides du début à la fin, ce ne sont que des fantômes. Ceci-dit grâce au jeu des comédiens qui « voient » ces invités le spectateur y croit. La femme, par exemple, parle aux chaises comme si quelqu’un y était vraiment, ce qui donne une vie a ces personnages qui n’existent pas.




Dans cette image il y a une centaine de chaises mises dans le désordre, l’ampleur nous montre davantage la tragédie. De plus, les deux personnages étant seuls face à ce décor donne une image de dépeuplement. Les cordes suspendues au plafond sont le seul élément du décor qui reste sans être vraiment utilisé. Cependant à un moment le vieillard prend une des cordes et met sa tête dans la boucle de la corde, cette image est très frappante puisqu’elle illustre tout de suite la pendaison et donc le suicide. Luc Bondy met en scène ces cordes pour rappeler au spectateur comme aux personnages que la mort est présente, elle pèse surtout sur les deux amoureux. Ionesco dénonce à travers cette pièce la solitude des êtres humaines et ce que cette situation peut engendrer chez certaines personnes, notamment jusqu’à l’abandon de sa propre vie. Les flaques d’eau ont ici plusieurs significations et fonctions. Tout d’abord elles permettent aux personnages d’avoir un espace ludique où ils peuvent s’amuser comme des enfants. A plusieurs reprises nous pouvons voir que la femme se met à sauter sur les flaques en se mouillant volontairement. Non seulement l’eau rappelle la naissance mais aussi l’amusement. Les enfants sont gloutons de l’eau, ici le contraste vieillesse/jeunesse est au sommet. Même l’homme, au début de la pièce se met à jouer avec un bateau de papier sur l’eau. Ces flaques semblent être un moyen d’évasion et de souvenir pour ces personnages. Mais elles évoquent aussi le mode de vie dont-ils disposent: ils vivent dans un lieu insalubre. Ces flaques rappellent également l’omniprésence de la mort qui guète les personnages: elles sont tellement grandes qu’elles peuvent laisser paraître un gouffre dans lequel les deux personnages vont sombrer. Le sol étant noir l’eau et la couleur se mélangent et forment l’illusion d’un trou sans fin. Cette idée de gouffre se renforce par les néons présents au plafond qui forment une sorte d’étrange tache aveugle. La cécité évoquant le vide, le néant.
Enfin, le coup de théâtre final représente une scène théâtrale. Ce choix de mise en scène va produire l’effet d’un choc chez le spectateur. En effet, avec ce décor et ce bouquet final nous pouvons comprendre que pour Luc Bondy le révélation de la mort face à l’humanité de ces deux personnages révèle bien plus qu’un simple abandon du monde. L’annonce du suicide des deux personnages ne semble pas réel puisqu’il nous apparaît comme une fiction, c’est une illusion, ou encore un rêve: le public ne sais pas si cette annonce est réelle ou une simple comédie. Cette mise en scène va créer la catharsis chez le spectateur, il ne sait plus ce qu’il doit croire ou non. La découverte des corps sur la plateau, allongés dans une flaque d’eau côte à côte déclenche un électrochoc chez le spectateur. Les corps reflètent sur l’eau comme pour éterniser leur image, leur courage mais aussi leur souffrance. Ce coup de théâtre et cette mise en abyme crée un effet de miroir: on nous invite à réfléchir sur notre propre condition métaphysique, sur notre condition humaine.

Après cette analyse nous pouvons alors nous intéresser aux personnages, ou plutôt aux comédiens. Les acteurs jouent au théâtre pour échapper à l’angoisse de cette question. Leur performance théâtrale est d’une très grande importance et d’un niveau extrême. Il y a une illusion puissante de la vieillesse, tout d’abord les personnages sont incarnés par des jeunes comédiens afin de pouvoir effectuer la performance demandée. Mais le fait que ces personnages âgés soient joués par des jeunes renforce l’idée que nous avions développée avec le jeu. En effet les deux personnages jouent avec les cordes comme deux enfants, pareil pour l’eau. De plus, un vieux reste toujours un enfant, tandis que derrière un enfant, un adolescent ou un jeune il y a toujours la vieillesse qui est présente. Les comédiens nous transmettent toute leur solitude, leur sentiments ce qui permet aux spectateurs d’être avec eux. Ils ne sont pas dans un jeu personnel mais collectif, ils prennent à témoin le spectateur. En plus des invités « fictifs » nous, spectateurs, sommes aussi des invités de cette grande révélation. C’est pour cela que nous nous surprenons à avoir de la pitié pour eux, nous sommes dans une situation tragique et comique comme l’est la pièce elle-même. Le pouvoir du théâtre de l’absurde est de produire du rire dans le tragique sans pour autant nous donner les réponses aux questions.
Ainsi nous avons constater que Luc Bondy a choisi de garder les thèmes abordés par Ionesco et qu’il a très bien mis en scène ce que voulait dégager l’écrivain: un monde de solitude où règnent l’illusoire et l’incongru.

Analyse de spectacle : Les Chaises Ionesco/Bondy

Comment parler des Chaises de Ionesco dans la mise en scène par Luc Bondy que l'on a vue mercredi 6 octobre aux amandiers de Nanterre ?













En appliquant rigoureusement les outils d'analyse de spectacle !
Appuyez-vous sur les documents ci-contre pour construire par exemple une analyse approfondie de la scénographie et de son évolution : au début du spectacle; au milieu ; à la fin.

Commentez le parti pris concernant les costumes et le type de jeu des comédiens dont les documents ci-dessous doivent vous rappeler la radicalité (à droite : Micha Lescot dans La Seconde surprise de l'amour, Marivaux/Bondy, 2007).














N'oubliez pas le travail sur le son et les lumières.
Ramenez l'ensemble de ces partis pris aux enjeux de signification de la pièce, et notamment au motif principal de la vieillesse et de l'approche de la mort.
(Re)lisez Fin de partie de Beckett, qui entre vivement en écho avec la proposition de Bondy et le texte de Ionesco.
Et le tour est joué !
Bon courage. Votre truc est à rendre pour le jeudi 21 octobre.

Extraits d'analyses: Les Chaises, Klaxon et Ithaque par Amanda






-Les chaises de Ionesco, mise en scène de Luc Bondy:

Les objets semblent petits dans un espace aussi grand, ce qui souligne la futilité des préoccupations quotidiennes et la vanité de la vie des personnages: "le comique est tragique et la tragédie de l'homme est dérisoire" (Eugène Ionesco). Ces objets peinent à remplir l'espace ainsi que la vie vide de sens des personnages. [...]
Puis le théâtre derrière le tulle s'illumine à l'arrivée de l'Empereur, cela pourrait être une lueur d'espoir cependant l'Empereur, Godot pour Becket, Dieu reste lui aussi invisible. Il n'y a toujours rien vers quoi se tourner pour donner un sens à la vie, à part peut être l'élément le plus voyant de la mise en scène: le théâtre.


-Klaxon, trompettes et pétarades de Dario Fo, mise en scène de Marc Prin:

On peut penser que comme Agnelli qui domine le monde publique, c'est Rosa qui est la chef une fois à la maison, mais que malgré cela elle n'est pas la femme forte et exubérante dont elle tente de se donner l'image. Cela fait tout de même ressortir une dimension féministe de la pièce. En effet les femmes dans cette pièce ont des caractères forts (Rosa), ont eût accès à une éducation prestigieuse, sont intelligentes et occupent des postes hauts placés (médecin, juge) tandis que le héros est ouvrier et que le patron et le commissaire sont présenté comme crapuleux et profiteurs. En effet avec un humour populaire cette pièce dénonce la corruption avec par exemple l'énorme statut d'Agnelli dans l'hôpital, le recours à la torture ou la réduction d'Agnelli au silence lorsqu'il commence à divulguer les secrets d'hommes politiques. Au contraire de cet aspect de la société, la pièce est mise en scène de façon à ne pas orienter le regard du spectateur. Celui-ci est libre de regarder où il veut: l'espace est grand et ouvert et même les coulisses sont à vue. Ainsi, en parallèle à l'histoire qui se déroule et où les personnages sont les protagonistes, le spectateur peut voir s'écrire l'histoire unique de la représentation dont les héros sont les acteurs. Il n'y a pas de "triche", on est bien au théâtre et cela fait spectacle tout autant que le récit d'Antonio. Le but est de montrer le travaille du comédien, de donner à voir en plus de la pièce, l'acteur en plein effort (comme un athlète). Ce qui au premier abord peut paraître contradictoire avec ce parti pris est la présence de masques. Tout est montré et ce qui est caché en dévoile encore plus. Le masque du policier met en évidence le fait qu'en réalité il est joué par une femme. Le policier devient à lui seule une critique de la société où il faut cacher les traits qui dérangent (ici l'homosexualité) pour ne pas être discriminé. Le médecin quant à elle souhaite cacher l'effet du temps mais expose ainsi ses peurs, ses complexes, ses blessures... [...]La pièce pose la question du communisme comme réponse à la lassitude des français mais montre surtout que l'une des meilleures solutions est le rire, la comédie et le théâtre.


-Ithaque, mise en scène de Jean-Louis Martinelli:

Ce que l'on remarque tout de suite est l'esprit spectaculaire de la pièce. Déjà au premier coup d'oeil: une grande plate forme avec des marches qui conduisent au lit de Pénélope et d'énormes colonnes grises, carrées et très urbaines. Au fil de la pièce on remarque également le grand nombre de comédiens présents ainsi que les réguliers changements de costumes. Seulement le spectateur ne s'arrête pas là, on note aussi beaucoup d'éléments inspirés du cinéma tels que l'utilisation de micros, d'effets spéciaux comme dans l'épisode des haches ainsi que l'emploi de la vidéo. Certains costumes également comme ceux de Télémaque et d'Ulysse parfois mais surtout d'Athéna peuvent rappeler les films hollywoodiens de gladiateurs. Athéna est celle qui concentre le plus la dimension spectaculaire, par ses costumes mais aussi par ses apparitions surprenantes comme dans une colonne/ascenseur ou volant au-dessus de la scène. [...]

Ce rapprochement avec l'industrie du film hollywoodien contribue à faire le lien entre la Grèce antique et le spectateur d'aujourd'hui, bien qu'il puisse avoir du mal à retrouver ce qui lui parle de lui dans cette mise en scène.
Le texte de Botho Strauss est également dans cette optique de modernisation. Il semble en effet traduit en "langue d'aujourd'hui", du quotidien. Ce texte rend peut-être ainsi la pièce plus accessible et plus proche du spectateur mais en soustrait tout le réseau d'images et de formules homériques, toute la poésie et du même coup, la puissance. Il en est de même d'Ulysse qui, comme le texte, est "vulgarisé", il n'est plus dans cette pièce le héros épique. On découvre à ce personnage beaucoup de défauts et de faiblesses, on savait Ulysse humain mais pas à ce point pathétique. Le héros est ici complétement démysthifié. Même le corps de l'acteur contribue à le descendre de son piédestal voire à le ridiculiser. Cependant il est difficile de savoir si cet effet est celui voulu par le metteur en scène. [...]

A l'inverse d'Ulysse, Pénélope retrouve de la prestance dans cette version. Elle n'est plus la femme passive bien que rusée. Elle est dans cette pièce, plus maîtresse de maison et moins assiégée bien que dominée et vulnérable. [...]

La pièce oscille entre éléments rappelant l'antiquité, contemporains, voire même futuristes.

Pour finir, la facette d'Ulysse que Martinelli et Botho Strauss veulent mettre en évidence, en plus de son humanité, est un Ulysse comédien: il trompe, ment, se déguise et se transforme pour réussir à être enfin lui-même.


En conclusion, avec Ithaque, Martinelli crée une pièce qui pourrait être ludique, attractive et accessible à tous avec un texte actualisé mais use peut-être d'un théâtre parfois un peu évident et illustratif. De plus, malgré de jolies trouvailles et quelques images poétiques, les deux moments attendus par le spectateur de cette fin d'Odyssée: le massacre et les retrouvailles sont cachés ou traités assez rapidement. Ainsi les éléments intemporels de cette pièce: les sentiments (amour, colère...) sont les plus éludés. De ce fait la pertinence du discours de cette mise en scène sur notre époque et notre société n'est peut-être pas évidente. Peut-être que si Martinelli avait eu moins de moyens à sa disposition, aurait-il développé plus d'astuces et d'images poétiques puisque les contraintes font grandir l'imagination et la créativité.