jeudi 9 juin 2011

Il était une fois...

Moi, c'est Valentine Verwaerde. Et oui, comme vous venez surement de le lire, je suis flamande, soyez donc indulgent avec moi.
Je vais essayer de vous dire qui je suis en quelques lignes, ou plutôt ce que j'ai bien envie de vous dire à mon sujet. Ne vous en faites pas, je n'ai pas une nature à mentir. Enfin pas vraiment.
Pour commencer, cela fait environ six ans que je fais du théâtre. J’ai commencé dans un club pour ado à la MJC de ma ville. Ainsi, lorsque j’ai su que mon lycée présentait cette option au bac, j’ai immédiatement sauté sur l’occasion. Au début de la seconde, je n’avais en réalité aucune connaissance de ce que représenterait cette option pour moi et du bienfait qu'elle m’apporterait. On peut effectivement se demander quel est le plaisir d’être projeté sur scène devant des dizaines de regards qui vous jugent, d’avoir une boule au ventre, des sueurs sur le visage, des tonnes de textes à apprendre. Et pourtant... Cette option est d’une telle richesse que l’on ne se doute pas au départ de l‘aventure qui va être la notre. Il faut pouvoir la vivre pour comprendre. Au début de l’année de seconde, nous, tous les élèves, étions extrêmement timides et complexés les uns envers les autres. Les heures de théâtre étaient difficiles car nous devions nous dévoiler devant des personnes qui nous étaient étrangères. On peut dire que nous étions en rodage. Si je raconte tout cela, c’est notamment pour faire le bilan à la fin de l’année de Terminale. Aujourd'hui, nous sommes tous unis, soudés. Plus aucune peur, plus aucun complexe ne nous animent lors de nos séances de théâtre. Au contraire, nous sommes solidaires, soutenant les difficultés des uns, acclamant les exploits des autres, et creusant un peu plus l’amitié qui nous lie. Je pense que c’est une expérience humaine extraordinaire que nous ne retrouverons pas au cours de notre vie.
D’un point de vue personnel, le théâtre m’a aidé à me découvrir et m’a ouvert une voie. Au début de l ’année de Première, en complément de l’option au lycée, je suis entrée dans une école de formation de l’acteur le samedi, afin de compléter mon apprentissage. J’ai pu ainsi opérer une comparaison entre les deux cours, et pouvoir me servir de l’un pour l’autre. Au lycée, les cours sont avant tout le moyen pour nous d’ouvrir notre esprit, et de nous éveiller à la réflexion. Les cours de théorie nous aident à structurer cette réflexion, notamment au travers des études d’œuvres, mais aussi grâce aux analyses de théâtre que nous devons effectuer. Celles-ci nous font appréhender les spectacles d’une manière différente, en ne se contentant pas de regarder, mais en ayant un esprit analytique et critique sur ceux-ci. C’est en cela que l’option théâtre, d’un point de vue individuel, est d’une grande richesse et est formatrice. Les cours de pratique sont aussi vraiment importants, car ils forment notre esprit à une part de créativité et d’inventivité. Ces cours nourrissent notre imagination et la développe.
Le théâtre m’a permis de rencontrer des personnes qui m’on réellement inspiré. Au lycée, nous travaillons avec un professeur et un intervenant comédien. Lors de mes cours extrascolaires, je travaille avec une personne encore différente. Ces trois personnes sont d’âge, de personnalité, et d’opinions différentes. C’est pourquoi travailler avec eux est un apport très enrichissant. Je travaille le théâtre de manière différente, car eux mêmes n’ont pas la même façon de l’appréhender. Je vois différentes méthodes, différentes conceptions se confronter, et c’est ensuite à moi de choisir ma voie, de faire la part des choses. Je peux me nourrir de toutes ces pensées pour créer ensuite ma propre opinion. Je pense que le théâtre nous offre une expérience humaine que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. C’est un lieu de rencontres et de discussions. En effet, une des parts du théâtre les plus extraordinaires, et les plus rares, est le fait de pouvoir avoir une parole. Rares sont les lieux où vous pouvez vous exprimer et où l’on vous écoute. Le théâtre donne la possibilité de prendre la parole et de défendre quelque chose sur scène. C’est un lieu où notre parole à une valeur.
En ce qui concerne le projet de cette année, la parole est peut-être une des choses les plus importantes. En effet, nous avons travaillé sur le texte de Novarina, ce qui n'a pas été une mince affaire. Pour commencer ce travail, nous sommes partis du plateau. Nous avons d'abord expérimenté le texte, en faisant en sorte que celui-ci provienne du corps. Nous avons abandonné tout ce qui nous avions comme a priori sur le théâtre, pour laisser place aux créatures novariniennes. C’est une des parties du travail qui m’a le plus posé de difficultés. Je n’avais pourtant aucune gène ou honte, mais je me sentais bloquée. Ce blocage a vite disparu. Je pense que la peinture a aidé à cela. En effet, lorsque l’on voit des bassines remplies de couleurs liquides, notre seule envie, c’est d’y plonger les pieds. Les profs ont même dû calmer nos ardeurs, en nous rappelant que la peinture était un accessoire au service de la dramaturgie de notre travail et n’était pas uniquement présente pour qu’on se barbouille le visage.
Cet élément est très important pour moi étant donné que j’interprète Matamore dans L’Illusion comique. Celui-ci est un personnage de la commedia dell’arte, et qui plus, est masqué. La peinture me sert donc de masque pour le personnage. Ce détail révèle la complexité de la technique dans notre travail. En me mettant de la peinture sur le visage, je ne devais pas m’en mettre dans les yeux (ce que je n’ai bien sûr pas loupé de faire à plusieurs reprises, me forçant à jouer les quinze prochaines minutes dans un univers flou). Ce détail est une fourmi parmi les problèmes techniques que nous avons rencontré. En effet, introduire de la peinture dans un lycée, n’est pas du goût de tous. (Nous n’avons toujours pas compris quel était le problème. En quoi peindre sur des draps avec nos pieds dans une salle de classe est un problème?). Quoi qu’il en soit, cela nous a appris à avoir une rigueur et une tenue sur le plateau irréprochable. Etant donné que nous sommes presque toujours à vue, nous ne pouvons nous permettre de nous gratter les fesses pendant le temps de la représentation. Ce serait sans doute un peu perturbant pour le spectateur. Notre concentration doit être totale, et notre écoute doit toujours être à 100% avec le plateau.
Quant à ma partition d’Agamemnon, elle est un peu particulière. Nous sommes 17 filles dans le groupe, et nous jouons de cette contrainte sans tricher, c’est à dire sans jouer des garçons. Pourtant, Laurine et moi interprétons le rôle de l’émissaire, qui revient de la guerre de Troie et qui annonce le retour de son roi. Jouer le rôle d’un guerrier qui revient essoufflé et fatigué de la guerre n’est pas quelque chose de facile pour des jeunes filles de 17 ans. C’est pourquoi, avec Laurine, nous avons rencontré des difficultés. De plus, nous ne sommes que deux à interpréter ce personnage, alors que les autres filles sont en général par quatre ou six pour leur partition. Nous avons au début été un peu perdues. De plus, nous avons une contrainte de jeu qui n’est pas facile car nous jouons toutes les deux dans le même pull. Les déplacements et les mouvements devenaient deux fois plus compliqués. Nous avons dû dépasser cette contrainte, pour qu’elle devienne une liberté et un appui de jeu. En réalité, ce pull nous a aidé à appréhender ce que c’était que de porter un vêtement lourd et réduisant les mouvements, comme une armure par exemple.
Pour finir cette présentation, j’ajouterais le fait que le théâtre à été pour nous une expérience. Il nous a été d’un apport plus que bénéfique. Il nous a libéré. Il a ouvert notre esprit, notre personnalité, notre vision du monde. Si je devais résumer en un mot ce que m’a apporté le théâtre, ce serait sans doute une perspective d’avenir.

Trombinoscope de Assia





J'ai choisi l'option arts dramatiques, car ayant commencé à pratiquer le théâtre à l'école primaire, dans une toute petite production scolaire, l'art de la scène est devenue bien que tardivement, une passion pour laquelle j'ai décidé de consacrer une partie de mes études. Je pratique également la danse Orientale depuis maintenant huit ans et débute bénévolement depuis un an en tant que professeur de danse Bollywood(indienne), au sein de la Maison des jeunes et de la Culture (MJC) de la commune d'Herblay. Je suis donc un peu « habituée » à être confrontée à la scène et au public, c'est pourquoi à mes début dans le théâtre en classe de seconde je ne comprenais pas vraiment pourquoi l'idée d'entrer sur scène me rebutai. Étrangement, je n'avais pas envie d'être confrontée au regard des autres, car je n'avais pas envie de « m'exposer » et d'être jugée. Mais par la suite, j'ai pu me rendre compte que finalement le théâtre était l 'opposé de l'image que j'en avais: hors mis les personnages que nous devons incarner sur le plateau; l'ultime consigne est de rester nous même, le plus vrai possible. Accepter de monter sur une scène et d'affronter les gens qui m'entourent a été pour moi comme une sorte de « thérapie » me permettant finalement, de me débarrasser de certains complexes et de certaines idées préconçues qui avaient bâtit autour de moi, un mur ou plutôt une sorte de carra passe, m'empêchant d'être celle que je suis réellement. Au delà de cela, il m'a également permis de m'ouvrir aux autres et de découvrir des facettes de ma personnalité insoupçonnables. Aujourd'hui, bien plus que cela, le théâtre représente pour moi une réelle expérience humaine, car il m'a permis non seulement de me découvrir moi même mais également de m'ouvrir aux autres. En effet, l'aspect collectif du travail théâtral est l'une des choses qui m'a le plus attiré, car je trouve que cela nous permet de prendre conscience des autres et de prendre conscience de nos responsabilités. C'est pourquoi, j'ai choisi cette option qui favorise un rapport différent avec les études et la scolarité par rapport aux autres options, et qui représente bien plus que des connaissances : qui nous aide à construire une réflexion personnelle, un esprit critique et surtout toute une culture très riche. Mais le théâtre me met aujourd'hui face à un dilemme: continuer le théâtre en spécialité pour en faire un métier, ou bien continuer le théâtre comme une « passion à côté »? Question à laquelle il m'est extrêmement difficile de répondre aujourd'hui encore, mais il est sur et certain que ma relation avec le théâtre ne s'arrêtera pas là, car nous avons encore énormément de choses à partager et j'ai encore tellement à apprendre.
















Le théâtre: une passion, un besoin

Clémence Egalon, jeune fille de 18 ans, grande famille, 4 frères, une soeur.
J'ai commencé le théâtre en 3ème. 4 ans de théâtre qui m'ont beaucoup aidé à me comprendre et à me construire.
Avant de faire du théâtre j'étais une jeune fille renfermée, sans confiance en elle.
Le théâtre fût pour moi une révélation, un espoir. L'espoir et le désir de montrer qui je suis, ce que je peux entreprendre. Il m'a donc permis de m'épanouir scolairement et dans la vie de tous les jours. C'est une passion mais également un besoin. Le besoin de ne plus vraiment être sois-même, plutôt de ne plus se regarder. Jouer au théâtre c'est s'oublier. Oublier l'image que l'on veut donner de soit.

Le théâtre m'a également fournis une culture artistique riche qui s'est développée sur 3 ans. Il m'a aussi permis de rencontrer des personnes magnifiques et fantastiques que je n'aurai sûrement jamais connu.

Je ne suis pas vraiment douée pour parler de ce que je ressent mais je pense avoir dis l'essentielle. Alors je vous dis à très bientôt...

Clémence Egalon.

Trombinoscope Elodie A.

Bonjour, je m'appelle Elodie, j'ai 18 ans mais 19 dans 4 jours! Je suis l'option théâtre depuis deux ans contrairement à mes camarades qui pratiquent ensemble depuis ces trois dernières années. Je suis arrivée en première dans un groupe qui paraissait soudé, tissé de liens amicaux et je me suis vite mise à l'écart. Honnêtement, ma première année de théâtre a été pour moi un echec total aussi bien en obligatoire qu'en facultatif, mais c'est sans doutes ce dont j'avais besoin pour en arriver là à l'heure d'aujourd'hui. J'ai vraiment eu une remise en question sur moi-même, vis-à-vis des autres, du travail etc.. Je me rends maintenant compte que le théâtre n'est plus pour moi une simple activité artistique, mais plutôt quelque chose qui m'a fait grandir, et qui m'en ressort de plus en plus forte. J'ai réussis à retrouver le même plaisir de jouer que lorsque j'avais dix ans et que je le pratiquais extra-scolairement grâce à des personnes formidables avec qui de solides liens se sont petit à petit noués et que je n'oublirai jamais. Avec l'innocence de l'enfance et la réflexion d'une grande personne. Je pense que rien ne sert d'écrire des pages et des pages sur l'option que je suis fière d'avoir choisis, notemment parce que lorsque l'on m'a demandé de mettre par écrit mon rapport au théâtre et que je me suis décidée de commencer, j'ai eu beau essayer de trouver quelque chose d’intéressant à écrire, c'était un néant total! Mais je pense avoir trouver la raison de cette absence de mots, pour moi le théâtre c'est plus un état qu'une activité, c'est comme le vent, on ne peut pas le voir, mais on peut le sentir..

Derrière le rideau



Entre le Petit Poucet et le Buto, deux petits instantanés, souvenirs de votre belle prestation de lundi soir...

Pour être honnête je crois que j'ai un peu "atterrit" dans cette option théâtre. Même si j'ai toujours été attirée par les matières artistiques et littéraires, j'étais en arrivant au lycée il y a maintenant trois ans (déjà!), bien loin de me douter l'importance que le théâtre allait prendre dans ma vie. J'avais seulement eu un bref contact avec le théâtre (en pratique disons) en colonie de vacances, rien de bien approfondie donc. Mais cela m'avait permis d'entrevoir les bienfaits du théâtre, de voir comme c'est merveilleux d'avoir un espace où le but est de faire voler en éclats le carcan social. C'est une des façons dont je vois le théâtre: c'est un espace où l'on a enfin le droit. C'est un endroit où on se soumet aux regards pour apprendre à ne pas les prendre en compte et c'est quand enfin on a réussi qu'on est le plus beau.

Les débuts n'ont pas été faciles pour moi, j'avais de gros blocages par rapport à la scène et je suis encore bien loin de les avoir tous surmonté mais je suis fière du chemin que j'ai accompli. Je compte continuer à faire de mon mieux pour réussir à m'abandonner complètement. Le théâtre m'a donné le plaisir d'apprendre, j'ai la sensation de m'enrichir à chaque cours, que ce soit de pratique ou de théorie. Et ce même si souvent la séance n'est pas couronnée de succès et d'avancées spectaculaires. Souvent je piétine, je me déçois mais chaque noeud me fait avancer parce que le théâtre c'est apprendre à les défaire. Le théâtre m'a appris à me dépasser, à être toujours au travail en recherche, et à exploiter toutes les solutions. Pour moi le théâtre, comme le masque, dévoile plus qu'il ne camoufle. Ainsi il ne m'a pas appris à simuler mais à me montrer telle que je suis, à me construire.

J'ai également appris à travailler et vivre en groupe. Ce qui m'a enrichi surtout c'est d'avoir partagé ça avec 18 autres personnes. Et je pense que "partager" est le bon mot car notre projet est vraiment commun, chacune a eu un rôle mais pas uniquement dans le spectacle achevé. Nous avons tous travaillé ensemble sur toute la pièce même sur les parties où nous n'apparaissons pas. Peut-être que cela semble évident mais j'insiste car de ce fait je ne peux envisager le théâtre d'une autre manière qu'en groupe. Je pense que c'est forcément quelque chose à partager, à vivre en groupe et que cette facette est vraiment précieuse. J'ai appris à avoir un regard critique mais aussi à accepter les critiques et à en faire des atouts, à écouter le point de vue des autres mais également que mon opinion a de l'importance.

Cependant le théâtre m'a aussi appris à être seule. A être autonome et responsable. Dans un groupe chacun est unique et essentiel, si un seul manque à sa tâche c'est l'ensemble qui en paye le prix.

Que ce soit dans L'Acte Inconnu ou dans le rôle de Cassandre, le travaille pour moi est passé par des phases de blocages et de tâtonnements pour enfin aboutir à un réel et intense plaisir d'être sur scène et de créer et porter ce projet avec mes camarades.

Que ce soit intérieurement, scolairement, socialement, culturellement le théâtre m'a fait faire des pas de géants.

Je crois que pendant ces trois ans nous avons grandi ensemble. Le théâtre et ces 18 personnes sont ce qui m'a le plus appris jusqu'à aujourd'hui. Le théâtre a un rôle très important dans ce qui m'a fait devenir la personne que je suis et que je serai.

Du théâtre dans la vie, et de la vie au théâtre.




Comment vous parlez de moi et de mon rapport au théâtre ? Le théâtre est quelque chose qui fait partie de ma vie, qui m'est essentiel. Je ne peux me présenter sans parler de théâtre, et surtout sans parler de l'expérience incroyable que je vis en ce moment avec mon groupe. Je vais essayer de vous décrire en quelques lignes cette éxpérience que je vis depuis maintenant 3 ans, bien que cela ne soit malheureusement pas suffisant selon moi.

Je m’appelle Laurine Latrubesse, et je pratique le théâtre en option lourde depuis mon entrée au lycée. Ma curiosité du théâtre m’est venue lors de mon année de quatrième au collège. En effet mon professeur nous faisait jouer des scènes tirées des pièces de Molière devant la classe. Je me rappelle avoir joué une scène du Malade imaginaire avec une camarade et avoir été félicité par le reste de classe, qui me demandait même si je pratiquais le théâtre en dehors du cadre scolaire. C’est alors à partir de là que j’ai commencé à m’intéresser réellement au théâtre et à ce qu’il pouvait apporter. Le théâtre pour moi est avant tout un plaisir, il permet d’être nous même sans l’être tout à fait vraiment, mais c’est aussi un art où l’on peut à la fois surprendre les spectateurs, mais également se surprendre soi-même. Ce qui me plaisait tout d’abord dans le théâtre était le genre comique, je trouvais ça incroyable d’être sur le plateau et de réussir à faire rire tout un public. De plus depuis toute petite je pratique de la danse et je m’étais retrouvée de nombreuses fois sur scène, mais jamais pour être écouté, simplement pour être vu. Ainsi, intriguée par cet autre « aspect » de la scène, j’ai décidé de passer l’entretien pour l’option théâtre au lycée Montesquieu, d’autant plus que c’était la seule option pour laquelle j’avais réellement de l’intérêt.
Depuis maintenant trois ans que je participe à cette option je me rends compte que le théâtre m’a apporté énormément de choses. La première année fut certes l’une des moins importantes de mon parcours étant donné que tout au long de l’année nous n’avons étudié qu’une seule pièce de Marivaux, et que nous n’avions pas de cours théorique. Elle m’a permis de découvrir et d’avoir une première approche de ce qu’était le théâtre : j’ai découvert le jeu des masques et j’ai interprété le personnage de Trivelin qui est l’un des personnages les plus célèbres de la commedia dell’arte. J’ai également appris à jouer en duo, puisque dans la pièce Trivelin était accompagné d’Arlequin. Mais ce sont les deux dernières années qui ont, à mon avis, été les plus bénéfiques. Ayant des cours théoriques sur le théâtre, j’en ai découvert les origines, avec la tragédie grecque et tout ce en quoi consistait le théâtre dans l’antiquité. Je pense notamment avoir acquis de nombreuses facultés grâce au théâtre, comme celle d’être à l’aise à l’oral devant un public, de bien gérer le stress, d’avoir un bon esprit critique ou encore une bonne capacité d’analyse et de synthèse ; ce qui me sera très utile pour la suite de mes études et mon objectif professionnel puisque je souhaite devenir attaché de presse. Le théâtre m’as notamment permis d’avoir un bon esprit d’équipe puisque avant tout nous travaillons en groupe et construisons un projet commun à partir des œuvres données au programme. J’ai tissé des liens très forts avec les gens de ma classe que je côtoie depuis déjà trois ans, et je pense que c’est une véritable expérience humaine, à la fois très formatrice et plaisante. Quand je prends du recul vis-à-vis de mon parcours je me rends compte que j’ai réellement progressé et que pour rien au monde je ne regrette d’avoir choisie cette option, qui m’a tant apporté, tant au point de vue « professionnel », que personnel.
Le théâtre m’a ouvert aux arts en général, et m’a beaucoup apporté d’un point de vue culturel. L’option théâtre m’a fait découvrir de nombreuses œuvres, que ce soit en peinture, en littérature, en musique (et même en danse). Les stages organisés par le théâtre de l’Apostrophe à Pontoise auxquels j’ai participé, ont notamment été très riches de ce point de vue puisqu’ils consistaient à réunir et à faire travailler des groupes d’élèves venus de différents établissements et pratiquant des options différentes (théâtre ou danse), cela autour d’un seul et même thème. Au début chaque établissement présentait sa « carte de visite », nous pouvions donc voir le travail d’autres élèves. Puis après deux jours de travail commun une représentation avait lieu. Ainsi le théâtre m’as permis d’accéder à une certaine culture artistique que je n’aurais jamais acquise autrement.
Enfin, je pense que cette année est celle qui a été la plus instructive du point de vue de la pratique, notamment grâce au théâtre de Novarina. Le théâtre chez Valère Novarina (auteur contemporain) est tout un processus, voire un rituel, exercé par l’acteur. Cet auteur fut une véritable découverte. Il oblige l’acteur à parler avec son corps, et à travailler le langage de manière fluide et mécanique. J’ai notamment été voir Le vrai sang, écrit et mis en scène par Novarina à l’Odéon et je fus impressionner par le jeu et le travail des acteurs sur eux-mêmes. De plus, c'est lors de stage théâtre, où nous sommes partis pendant quatre jours dans le Poitou, que j'ai commencé à interprété le personnage de Matatore de l'Illusion comique, pour lequel je dois avoir un masque rouge fait de peinure sur le visage. J'ai pris beaucoup de plaisir à jouer ce personnage, car comme je l'ai dit précédemment j'apprécie beaucoup le genre comique. Mais ce ne fut pas simple pour autant, en effet Matamore parle avec un accent espagnol, il fallait donc travaillé sur cet accent afin que le spectateur comprenne le texte. La peinture sur le visage était elle aussi une contrainte qu'il fallait surmonter, lorsqu'elle tombait dans nos yeux. Mais le masque nous est indispensable pour rentrer réellement dans la peau du personnage. Ainsi, je pensais que ma difficulté première en arrivant à ce stage serait de découvrir et de travailler ce personnage. Or je me suis rendu compte à la fin du stage que c'est le personnage de l'Emissaire dans Agamemnon, qui m'as apporté le plus de difficulté. Pour moi ce personnage que j'avais beaucoup travaillé au lycée, notamment avec valentine puisque nous l'interprétons à deux, ne m'apporterais plus aucun problèmes. Mais il y a eu comme une remise en jeu. En effet valentine et mou avions dès le départ pour ce personnage un certain nombre de contraintes. Nous jouons dans le même pull ce qui n'est pas évident et réduit considérablement nos possibilités de mouvements: il fallait donc apprendre à jouer de cette contrainte, et en faire presque un atout. L'Emissaire est un combattant rentrant de la guerre, qui retrouve sa patrie. Ce fut donc difficile aussi dans un premier temps de comprendre véritablement ce que cela pouvait représenter, et donc de quoi le texte parlait-il vraiment. Notre première interprétation du personnage donc, que nous pensions aboutie, ne l'était en fait pas du tout. Notre proposition était trop fermé et nous étions rentré dans une sorte de mécanisme, par habitude de le jouer ainsi. Il a fallu tout reprendre depuis le début, et notamment le texte que l'on ne comprenait pas forcément au départ. Il a fallu ramener le texte à soi, et accepter les contraintes, voire en jouer (je pense notamment au pull). Un gros travail sur les "e" muets a également été nécessaire.

Je pense que le théâtre m’a transformé et m’a marqué à vie : il me définit et a fait de moi ce que je suis aujourd’hui. Mais c’est aussi grâce au théâtre que j’ai pu me découvrir. Ce que j’aime dans le théâtre c’est la création, le fait d’être surprise, d’apprendre à la fois de moi-même et également des autres. C’est une expérience presque indescriptible, qui me procure un réel plaisir et qui m’as fait me dépasser. Pour rien au monde je ne regrette cette formidable expérience de vie, et je remercie tout simplement le théâtre de tout ce qu'il m'a apporté, jamais je ne l'oublirais. Mon seul regret est certainement le fait tout cela se termine bientôt. Quitter mon groupe après tant de partage et de complicité risque de ne pas être une tâche facile, et je dirais même impossible. Je compte profiter pleinement de la fin de cette aventure, qui d'ailleurs ne se termine peut-être pas là, du moins je l'espère.

Trombinoscope Morgane Pinto Da Costa





Je m'appelle Morgane Pinto Da Costa, je suis en terminale L en option théâtre. Cela fait trois que je fais du théâtre en option lourde, depuis la seconde plus précisément. Mon imagination est ce qui me « dirige » dans la vie, d’un naturel spontanée, sociable et extravertie, on peut dire je que parle, et que j’agis sans réfléchir comme par instinct. Cette bulle énergique, plein de bizarrerie a souvent eu du mal à se faire comprendre et acceptée par les autres tant l’univers onirique entretenue quotidiennement par toutes sortes de figures de dessin animés est dominant chez celle-ci. Il fallait alors sortir de cette boucle, dans la quelle je vivais, dans un monde rose sur des nuages avec des maisons-pâtisseries, et des amis imaginaires. Le seul compromis possible était de converser mon naturel créatif et imaginaire tout en redescend sur terre afin de créer des liens avec les personnes de « la vraie vie ». Et comme par enchantement, ma maitresse de CM2 organisait un spectacle de théâtre, j’avais l’impression d’être dans un tourbillon de sirop à la fraise tant mon excitation était grande : j’avais l’occasion de me montrer aux autres, de leur prouver que je valais quelque chose, et peut être de me faire des « amis en chair et en os».





J’ai donc commencé le théâtre en primaire dans des petits sketches, ma première approche du théâtre était un peu naïve, et légère, mais bon sang qu’est-ce que ça fessait du bien d’être considéré au même rang que les autres. Après cette représentation, tout est redevenue à la normal, à un détail près, le théâtre était dans mon cerveau comme une petite puce qui sautait en permanence. Comme si depuis que je l’avais rencontrer, mon esprit le réclamait. Ma deuxième approche du théâtre s’est faite au collège suite à des minis scènes, je suis alors remonté sur le cheval fougueux et me jetant sur la scène pour clamer mes misérables phrases, cependant à l’inverse de ma première approche théâtrale, cette fois là ma « sympathie » est devenue apparente aux autres : J’avais réussis ma mission ! La puce devenait alors de plus en plus grande, elle créait sans cesse des nouveaux visages avec lesquels je pouvais parler, cette présence théâtrale était telle que j’ai inventé et mis en scène une vingtaine de personnages, créatures avec des caractéristiques propres à chacun (basés sur des caricatures, et des clichés). C’est alors qu’en troisième, je fais la découverte de l’option théâtre au lycée Montesquieu, la puce me rongeait alors jusqu’à ce que je constitue mon dossier et me présente à l’entretien. Cependant lors de mes démarches afin d’instaurer ma « future troupe », mon entourage n'a pas pris mon choix au sérieux car en général le théâtre n'est pas considéré comme un art qui s'apprend, que l'on travaille et que l'on étudie notamment dans le cadre scolaire. J’ai tout de même passer l'entretien et j'ai été acceptée, ce qui leur cloua le bec.
En seconde, l'équipe pédagogique qui ne nous soutenait pas, ce qui a influencé inconsciemment le groupe qui n’était pas soudé, cela m'a extrêmement déçue, d’autant plus que chez certain il y avait un désintérêt total pour le théâtre. En première, nous avons tout repris à zéro à la demande du groupe car nous avions changé de professeur et de comédien. Dans un premier temps, nous avons travaillés sur le groupe, pour cela nous avions différents exercices, celui qui m'a marquée est celui où j'étais assise sur une chaise, en face du groupe, la consigne était simple je devais répondre à toutes les questions qui m'étaient posées. Le but de cet exercice était de mieux se connaître dans l'enceinte du groupe. Cependant ce n'est que cette année, que j'ai pris une place plus ou moins importante dans le groupe, car je me suis rendu compte que j'étais trop attachée au théâtre pour « gâcher » ma dernière année, et que je sais qu'en restant spectatrice je l'aurais regrettée.
Ce qui me plaît dans le théâtre c'est qu'il y a un esprit collectif où le partage et l'échange sont primordiales, on peut s'épanouir et s'élever dans un groupe qui nous soutient et dont on a confiance. Le théâtre est une leçon de vie, car grâce à cet art j'ai pu grandir et prendre confiance en moi tout en créant des liens avec le reste du groupe.








Cette année, en vue du baccalauréat nous avons toutes eu la même dose de travail, ce qui a pu rééquilibré la présence de chacune dans le groupe et sur le plateau. Afin de nous défouler et d’ouvrir nos esprits, trois œuvres : L’Illusion Comique de Corneille, Agamemnon d’Eschyle et L’Acte Inconnu de Novarina.

L’Acte Inconnu , est une ratatouille d’ ingrédients que j’affectionne particulièrement au théâtre: prenez des créatures sans queue ni tête, ajoutez des phrases à rallonge qui à priori sont dénuées de sens et qui au final en disent long, et saupoudrez le tout d’une pincée d’imagination et de créativité. Et vous obtiendrez des univers personnels et intimes mises à nue pour votre plus grand plaisir.

Dans L’Illusion Comique, je donne ma voix au gigantisime Alcandre. Personnage qui me plaît particulièrement tout d’abord c’est une créature mi humaine, mi divine, est ceun homme ? Une femme ? Un vieillard ou bien un enfant ? Nous n’en savons rien, c’est à nous de le découvrir. Permettre à notre esprit de nous le représenter est très enrichissant pour notre culture et notre réflexion. Le fait que ce soit notre imagination qui prenne le dessus et qui nous « domine » en quelque sorte me plaît particulièrement. Cette puissance créatrice s’est également imposé dans mes deux autres partitions dans L’Acte Inconnu (dont je viens de vous parlez) et dans Agamemnon où je joue Cassandre : Figure fragile, seule, condamnée au silence, princesse qui est réduite à une simple esclave sous les yeux d’une épouse bafouée et vengeresse. Personnage qui a fait remonté beaucoup de choses personnelles qui étaient enfouies en moi, et qui tout d’un coup sont remontées à la surface. Ce décalquage, ce parallèle que j’ai pu effectuée est le fruit d’une confiance et d’une écoute mutuelle que le groupe s’est donné tout au long de l’année et que je me suis accordée. C’est en me mettant à nue, en écoutant cette petite puce d ans mon cerveau que j’ai pu rencontré le théâtre donc ma troupe qui m’a écouté, acceptée, prise au sérieux et que j’ai pu par la suite le leur rendre dans Materia Incognita.

vendredi 3 juin 2011

Journal de bord du 3 Juin 2011

Dernière ligne droite ! Dernière séance avant la représentation de notre travail au théâtre Roger Barat. Ces dernières heures ont mêlées excitation et remises en questions, doutes avant le bouquet final.

Durant les deux premières heures, nous avons faits un récapitulatif des conduites techniques de chacune. Pour la première fois, nous avons essentiellement travaillées les transitions, les gestes techniques de chaque élève et les mesures de sécurité sans jouer. Le fait de consacrer deux heures spécifiques aux points techniques de notre travail, nous a permis de nous rendre compte de la difficulté ainsi que de l’importance de ceux-ci. Nous avons dû intensifier l’écoute car il fallait considérablement réduire les nuisances sonores, parce que ces « transitions techniques » sont réalisées en même temps que le jeu sur le plateau ce qui implique une concentration extrême du groupe, afin de ne pas troubler la « comédienne » qui est en jeu.

Troisième heure : FILAGE ! Nous avons dues jouer avec chaque « contraintes techniques » travaillées aux heures précédentes. La difficulté a été de devoir mêler la concentration textuelle ainsi que la concentration technique, l’association des deux a provoqué chez certaines des oublis de texte, des « troues » (pour rester dans l’ambiance novarinienne) ou des chutes. Car la difficulté de notre travail est de passer d’un univers à l’autre soient différents soient-ils, et notamment d’être en permanence ancré, en relation avec notre travail ne serait-ce que dans les coulisses et les mises techniques.

 

 

Cette dernière séance a été celle où je me suis posé beaucoup de question, vis-à-vis de notre travail et de ma partition personnelle. Le fait que l’on arrive à la fin, me place face au doute : Est-ce que je vais là où il faut ? Comment mon travail va-t-il être reçu, par les spectateurs et le jury ? Toute sorte d’appréhensions liées à une excitation collective, afin de montrer de quoi nous sommes capables et une légère pointe de nostalgie, voici l’état d’esprit dans lequel je suis. Ce qui est paradoxal, c’est que cette séance a accentué mes doutes, mais l’énergie et la fraternité du groupe les a effacés, comme si le groupe était en quelque sorte le « remède » de mes craintes, et de mes angoisses. C’est alors dans un corps flottant, confus par tant de questions liées aux derniers jours qui nous restent avant la fin de notre travail, que je me dirige vers les représentations scéniques de notre travail.

Morgane.

Pour ma part cette séance était surtout un moyen de me rassurer en me disant que j’étais sûre des points techniques et que je pouvais déjà partir avec une certitude. Mais pas une seconde j’ai pensé au fait que c’était notre dernière séance ensemble ; c’est seulement au moment de rédiger ce jdb que je me rends compte que celle-ci était donc décisive en quelques sortes. Et finalement après cette séance je prends conscience que je ne me sens pas prête du tout, mais paradoxalement je ne me sens pas non plus stressée à l’idée de présenter notre projet à un public un peu plus grand en nombre que le précédent.

Charlène

lundi 30 mai 2011

Apport documentaire pour le sujet sur les costumes

En guise d'éléments de correction du sujet sur les costumes dans l'Acte inconnu, voici un entretien avec Renato Bianchi, le costumier du spectacle, et quelques images pour éclairer les allusions à ses sources iconographiques.

LES COSTUMES DE RENATO BIANCHI, Entretien

Propos recueillis par Marion ferry, 27 juillet 2007

Entretien paru dans Pièce démontée http://crdp.ac-paris.fr/piece-demontee/pdf/l-acte-inconnu_total.pdf


Renato Bianchi, Directeur des costumes à la Comédie-française, nous a reçus, de retour d’Avignon, dans son bureau atelier rempli d’étoffes merveilleuses et de précieux souliers. En 2006, lorsque L’Espace furieux entre au répertoire, Valère Novarina lui demande de créer les costumes, et le prévient d’emblée : « Vous voulez travailler avec moi ? Moi j’ai un problème avec les costumes… » « Moi aussi, j’ai un problème avec les costumes, ne vous inquiétez pas, moi aussi j’ai ce problème ! » lui répond Renato Bianchi.


Renato Bianchi – « Dans ma première expérience avec Valère, sur L’Espace Furieux, au Français (c’est là qu’on s’est connus, et appréciés), on avait traité les costumes en noir et blanc. On voulait que ça ne compte pas trop dans le décor, et que les personnages restent ce qu’il appelait ses « non-personnes ». alors s’est posé le problème pour L’Acte inconnu : en noir, en gris ? Lui était tenté d’aller vers du gris là aussi, vers ces costumes dits « siciliens », parce que sur L’Espace furieux on s’était montré mutuellement à peu près les mêmes bouquins sur l’Italie, la Sicile, les paysans siciliens, ça lui plaisait beaucoup. Mais vite je me suis aperçu que ça ne pouvait pas fonctionner. Comme je connaissais la Cour d’honneur pour y avoir travaillé avec le Français, je sais qu’il faut que les personnages, que les silhouettes existent bien : il me semblait que le gris ne serait pas porteur.


Pour L’Espace furieux, vous aviez un texte ; ici, la pièce était en train de s’écrire : sur quoi vous êtes-vous fondé pour créer vos costumes ?

Kasimir Malevich, Sportifs, 1932

Katharina Fritsch, Figures, 2000

R.B – Le seul support que j’aie eu, puisque le texte n’était pas encore écrit quand Valère m’a proposé de faire les costumes, c’était le dispositif scénique de Philippe Marioge. Quand je l’ai vu j’ai trouvé ça très beau et je me suis demandé : qu’est-ce que je vais mettre comme costumes là-dedans, qu’est-ce que je peux mettre ? C’est là que j’ai commencé à intervenir avec ces petits personnages que j’ai pris un peu partout, chez Malevitch, chez les constructivistes russes. J’ai assemblé, j’ai découpé, j’ai fait des montages, j’ai construit plein de petits bonshommes colorés mais à l’échelle, parce que je ne voulais pas le montrer en grand, je ne voulais pas que le détail apparaisse. Dans cet espace, je pensais plus à des sculptures, à des personnages posés dans l’espace, structurés, très rigoureux, colorés : pas réalistes du tout, aucun réalisme. J’ai invité Valère à venir les voir, et je lui posais la question : est-ce que ça te semble bien ? parce que je n’avais qu’une approche esthétique en fait, et je ne savais pas ce que l’histoire allait raconter. Il m’a dit ne t’inquiète pas, c’est même très bien que le costume ne raconte pas le personnage. On a essayé de former des espèces de couples, de se dire tel bonhomme irait bien avec tel autre, ou que ce pourrait être tel acteur, etc. Et ça s’est construit comme ça, par un choix peut-être arbitraire – mais Valère seul savait que ça pourrait fonctionner, puisque mon seul support était le dispositif. On a donc avancé ainsi, mais en expliquant à Valère que je souhaitais vraiment que ces personnages soient comme des statues. Je me suis aussi inspiré de la sculpture, notamment d’un sculpteur qui s’appelle Catarina Fritsch : j’aime ses personnages vides, ses « non personnages », ils sont posés dans une espèce d’espace vide ; ils sont finalement très réalistes, mais pas du tout figuratifs. Voilà, j’ai fait un patchwork de tout cela, que j’ai soumis à Valère. Il a été très enthousiaste, et le lendemain j’ai reçu une carte de lui : « Tes intuitions sont très bien. Continue dans tes intuitions.»


Donc, au départ, vous n’avez pas travaillé sur le corps des acteurs, puisque vous ne connaissiez pas même les personnages. Pourtant c’est étonnant à quel point leurs costumes leur conviennent, semblent inventés pour eux…


R.B – J’avais la distribution des acteurs, et dans les silhouettes que je proposais, on a mis un acteur dedans : ce grand personnage rouge, Valère a tout de suite dit que ce serait bien que ce soit Léopold, moi je ne le connaissais pas. J’ai vu les acteurs, je les ai photographiés, j’avais pris leurs mesures, mais je ne les connaissais pas, et je ne savais pas ce qu’ils feraient.


Et donc Valère « remplissait » les costumes !


R.B – Oui, voilà ! Il remplissait les costumes. Avec Valère, on a mis un nom sur chaque silhouette, un nom d’acteur. Valère me disait « ne t’inquiète pas, moi je me servirai de ton travail, peut-être même pour nommer les personnages ». C’est formidable ! Ce qui est extraordinaire, c’est que lorsque tout ça s’est confronté en scène, tout s’est vérifié juste, tout fonctionne : le couple Dominique Pinon - Manuel Lelièvre, les deux Chantres (Valère disait qu’il aimerait « deux petites Mireille Mathieu » !). On s’est beaucoup amusés. Ensuite, ce que je voulais vraiment garder, c’était le corps de l’acteur, je voulais l’utiliser tel qu’il était avec ses rondeurs, ses grosseurs… Je n’ai pas essayé de les avantager. Je voulais en adaptant les costumes sur leur corps, que ce soit une chose très rigoureuse, qui appartienne à leur corps. Je voulais qu’ils deviennent comme des petites sculptures, des petits personnages placés dans l’espace. Le dessein, la structure dans le costume étaient pour moi très importants, qu’il y ait ce maintien jusqu’au bout, que ce soit toujours impeccable. J’utilise des étoffes d’ameublement pour avoir cette tenue. Valère m’encourageait dans ce sens : il me disait « c’est comme mon texte, il est très rigoureux. Ça fonctionne avec mon texte. »


Dans les moindres détails ces costumes sont signifiants ; parlons de ces lignes par exemple qui barrent certains à des niveaux bien précis, très inattendus, des chaussures étranges ou en décalage, de ces longs gants rouges d’Agnès Sourdillon…


R.B – J’ai mis ces lignes justement pour casser s’il en restait le moindre réalisme dans ces costumes, qui après tout sont des costumes de maintenant : je les ai rendus bizarres, j’ai retrouvé une structure qui m’enlève le réalisme, la réalité de la chose. Les gants rouges fonctionnaient très bien. J’ai très vite vu quand Agnès est venue dans cet atelier qu’il ne fallait pas lui faire vraiment une robe, qu’il fallait garder sa conformation. Là, tout est parti du corps de l’actrice. Je lui ai fait un fourreau, et j’ai voulu lui donner un éclat sur les bras – d’où l’idée de ces gants écarlates, qui participent au jeu. Tout concorde, et Valère a très bien su tout utiliser. Les combinaisons, que portent Olivier Martin-Salvan, (Le Chanteur en Catastrophe, Le fantoche…) et Dominique Parent (Jean qui Corde, L’Illogicien, La Machine à Dire beaucoup…) sont inspirées de Malevitch, de ces petits personnages sans prétention posés dans l’espace. Je voulais des choses simples…


Simples, épurées, mais très sophistiquées.


R.B – Oui, c’est cela, une pureté de lignes et des traits qui brisent le réalisme, ou le reste de réalisme qu’il peut y avoir dans ces vêtements.


Avez-vous travaillé la couleur à partir du décor ?


R.B - Je ne l’ai pas travaillée forcément par rapport au décor, mais le décor m’a projeté vers la couleur, et aussi parce que dans la Cour d’honneur, il faut détacher les personnages ; mais après-coup, quand j’ai vu la peinture de Valère, sans avoir voulu le faire exprès, j’ai retrouvé des couleurs que j’avais utilisées… ça s’est trouvé comme ça, il y avait des correspondances entre la peinture de Valère et les couleurs des costumes : le jaune vert de Dominique Pinon, le rose un peu mauve de Manuel Lelièvre., il y a ça dans sa peinture. Inconsciemment tout cela s’est mêlé.


Et ce rouge éclatant du costume de Léopold Van Verschuer, le Déséquilibriste, « La parole portant une planche », qui ouvre le spectacle ?


R.B – Ce rouge pour moi est essentiel, dans ce dispositif, avec ce trait rouge qui traverse le décor : dans cet espace c’est pour moi l’équilibre du tout. C’est un rouge pur, alors que j’utilise pour les autres des étoffes tissées deux fils : un vert et un rouge pour Dominique Pinon, un rose et un bleu pour Emmanuel Lelièvre : la couleur change selon la lumière. Avec son costume rouge et sa haute stature, ces petits personnages que je voulais dans l’espace, il me les assoit. je l’ai même grandi encore pour lui donner une plus haute stature encore par rapport aux autres ; il m’a redonné un équilibre dans le tout.


Et quand avez-vous pu enfin entendre le texte et voir vos costumes entrer sur les personnages ?


R.B – À Bobigny, où on a répété trois fois avec les costumes avant de partir pour Avignon. Ça a été la surprise, puisque je n’avais pas le texte, je n’avais rien… Valère me l’a offert le jour de la première. Je l’ai découvert à Bobigny. Chaque personnage que j’habillais, Valère venait voir, et il était joyeux ; et les comédiens m’ont dit qu’ils l’avaient rarement vu joyeux : son problème avec les costumes...