jeudi 3 mars 2011

Journal de bord du 3 mars 2011

Durant cette séance nous avons en première heure parlé du séjour, le temps libre là bas sera avant tout consacré au journal de bord afin de le peaufiner d'enlever ce qu'il y a en trop, d'approfondir et corriger ce qui doit l'être. Il ne faut pas négliger le journal de bord et le journal de bord créatif car c'est une trace de notre travail personnelle pour le jury. C'est un peu l'emprunte de notre investissement, recherche pour le plateau, pour le groupe, approfondissement d'un point particulier etc. ... Le journal de bord doit être un marque sincère d'investissement et doit être prit au sérieux car il aide le jury à nous évaluer. Bien que ca ne soit pas son seul but ca peut être une motivation. Le journal de bord est un complément aux cours théoriques et pratiques, c'est un outil qu'il faut considérer comme bénéfique, en effet on à pas tous les jours la possibilité d'exprimer nos idées sur un blog collectif. C'est une source d'informations qui peuvent et qui doivent nous nourrir d'une séance à une autre c'est pourquoi il est important d'y venir jeter un coup d'œil au moins une fois par semaine. Cela nous forge une culture plus recherché qui peut également nous aider sur le plateau comme sur les devoirs types bac, ou nous sommes invités à mentionner des références culturelles.


Nous avons poursuivi avec un exercice phare de Dario Fo. Plutôt comme un jeu, trois personnes mains dans le dos étaient dans un cercle chacune d'entre elle doit désigner l'endroit ou un objet à été caché mais sans parler et sans utiliser les mains à une autre personne qui ne connait ni la nature de l'objet ni sa position. Le petit plus c'est que sur ces trois personnes il n'y en a qu'une qui dit la vérité, le but étant de retrouver l'objet le chercheur doit trouver également la personne qui dit la vérité. De plus cet exercice est limité dans le temps et comme si l'objet s'agissait d'une bombe à retardement cela crée un effet d'urgence semblable à celle effectuée sur le plateau lors du passage du déséquilibriste avec l'entré des créatures. Hilarant pour ceux qui regardent l'exercice.
En effet les trois personnes se battent pour se faire entendre puis comprendre par le chercheur. Ils doivent captiver le chercheur au dessus des autres qui gesticulent et hurlent. La difficulté est surtout pour celui qui dit la vérité, il doit attirer l'attention du chercheur suffisamment longtemps pour lui expliquer l'endroit ou se trouve l'objet tout en résistant aux deux menteurs et dans l'urgence du temps. Il doit être imaginatif face aux incompréhensions du chercheur! Le chercheur lui doit prendre très au sérieux les indications qui lui sont données et se précipiter pour trouver l'objet avant la fin du temps. La pire des situations est lorsque le chercheur est juste devant l'objet mais ne le vois pas, comme par exemple lorsque l'objet était situé sous Laurine et que Morgane s'acharnait à le désigner sans qu'Alice ne parvienne à le trouver alors qu'elle se tenait devant Laurine. Il fallait donc être clair et persuasif pour que le chercheur s'intéresse à nous comme au théâtre pour que le spectateur s'intéresse à l'acteur. La parole doit filée droite vers l'objet, comme une flèche en pleine cible, c'est comme si la parole devait tracer sa propre trajectoire. Le chercheur lui devait faire preuve d'attention d'écoute et d'observation pour comprendre entendre et trouver l'objet en suivant la trajectoire de la parole de celui qui dit la vérité. Cet échauffement nous amène directement dans le langage du corps, l'accentuation de la gestuelle, des mouvements et sons du corps, tout ce qu'il faut pour Novarina et la figure de la marionnette avec la déformation du corps. Également nous introduisions dans cette séance une nouvelle tendance dans le travail Novarinien, celle de la parole et de la place qu'elle prend et qu'elle parcourt.



Nous avons ensuite reprit le travail sur Agamemnon en faisant une sorte de filage. Dans un premier temps les émissaires avec Valentine et Laurine qui ont beaucoup évoluées. Elles forment vraiment une unité, une forme souple qui s'enchaine naturellement même si la gestuelle reste à affirmer encore plus, sans pour autant rentrer dans l'exagération il faut accentuer et imager la parole par la gestuelle. Les déplacements ne doivent plus nous montrer l'effort en quoi ils consistent car sinon l'unité se perd. Il faut hacher les mots en nous les donnant à voir, il faut croire ce qu'on dit, elles doivent voir la guerre quand elles en parle et la ressentir car elles y ont été, elles en reviennent, d'une certaine manière elles y seront toujours.

Pour la scène des Clytemnestres nous avons eu le droit à une monté du niveau de jeu surtout au niveau du texte. Il faut se laisser le droit de respirer fortement en sonorisant et en l'affirmant. On avait resserré le passage avec les servantes pour obliger les filles à se dépasser les unes les autres comme un rouleau compresseur plutôt qu'un mur de femmes vengeresses. Il est interdit de reculer, c'est comme une machine destructrice en route qui ne peu plus repartir en arrière, la malédiction est mise en place, Clytemnestre ne reculera jamais devant son but. Mentalement cela donne quelque chose du "Je vais vous manger" Clytemnestre est digne, elle n'a pas peur elle ne se cache derrière l'autre, elle avance et d'une seule voix elle s'adresse à Agamemnon, aux citoyens, au chœur en tant que reine. Les filles agissent de manière plus cohérente les unes par rapport aux autres. Elles réagissent se sentent et comprennent les paroles de l'autre comme un cœur battant. C'est l'entrée de la reine qu'il faut trouver, entendre la menace, comme si elles étaient pousser par une chose vivante qui les portes au travers d'une musique lyrique. Un dieu? Le marionnettiste ?




Pour les Cassandre nous avons essayé une nouvelle forme complètement opposée à la proposition passé car elle ne fonctionnait pas, il fallait aller à l'opposer. Nous passions de la boule unie, à une solitude extrême. Dispatchées aux différents coins d'une cellule d'isolement, pour moi cette cellule s'apparente à la photo n°2 car Cassandre est prisonnière d'Agamemnon nous devions faire face à notre solitude... seule. D'abord c'est Amanda qui entre en cherchant sa place dans la pièce comme apeurée, une petite bête enfermé. Elle pousse un cri appuyé par les autres Cassandre et chacune à la suite entre discrètement presque invisiblement dans la pièce comme si Cassandre elle-même était une apparition. Nous n'existions pas les unes pour les autres en tant que Cassandre mais en tant que projection de son esprit comme si nous étions le propre fruit de ses visions! Chacune d'entre nous était libre d'interpréter sa propre Cassandre avec différentes affectations : tristesse, colère, peur ... Cet éloignement nous rendait plus entière et plus présente sur le plateau on ne pouvait plus se cacher derrière l'autre et on était réellement confronté à la même solitude que Cassandre. Cela nous mettait en valeur individuellement mais surtout cela nous aidait à trouver ce que ressent Cassandre. Comme des ombres notre robe noire nous confondait dans le rideau noir. Accentuant l'aspect spectrale de Cassandre n'étant plus que l'ombre d'elle même car elle a tout perdu.






Photographies: J'ai retrouvé des éléments qui m'ont fait retrouver le personnage de Cassandre tel que nous l'avion abordé durant cette séance.

1) Sur cette photo j'ai retrouvé le sentiment que j'ai eu lors de ma séance avec les Cassandre, je n'arrivais pas à bouger je me sentais prisonnière comme enchainée. Le personnage de Cassandre introduit cette notion naturellement car c'est une prisonnière de guerre et de plus elle est prisonnière d'elle même et de ses visons, de sa malédiction, c'est comme si Cassandre était prise au piège dans des liens qui se resserrent sur elle, plus elle se débat et plus elle accélère le processus. De plus les cordes, sont pour moi des sortes de liens comme ceux qu'ont les marionnettes, on voit qu'elle est manipulée par les dieux et qu'elle n'est pas maîtresse d'elle même. Sur cette photo on peut voir que Cassandre est ligotée, enchainée à son destin contre lequel elle se débat. On voit ici une forme de torture car elle est impuissante, elle ne peut pas bouger ni se défendre, elle subit ses visions. Cette photo relève de l'ordre du kidnapping de la torture et de la souffrance. Cela introduit aussi l'esclave sexuel qu'est Cassandre pour Agamemnon. On voit une crispation du corps comme si Cassandre était dans une transe délirante, tétanisant, douloureuse par sa violence. Les liens qui la maintiennent pourraient être assimilés aux liens qui empêchent les fous de se faire du mal lors de leurs transes. Cette photo introduit donc l'élément de la folie qui compose le personnage de Cassandre, cette folie vient ensuite se fondre dans la photo n°2, la cellule capitonnée.

2) La cellule capitonné, durant notre séance nous avons créé la boite noir qui devait être pour nous le lieu d'isolement de Cassandre, libre à nous de choisir les détails de cette boite. Pour moi la cellule capitonnée est représentative, elle constitue le décor de son lieu de vie. Comme une bête qu'on enferme, Cassandre est enfermée. La salle capitonnée est le signe d'une folie démesuré car on les capitons amortisse les coups que le malade pourrait se faire sur les murs. Un coté violant rentre alors dans cette pièce sans fenêtre et donc sans avenir, on réduit la vision, les sens en générale, une privation quasi totale de la perception réelle de la vie. En reproduisant cette salle on permet ainsi de faire venir des visions plus facilement, plus visiblement car complètement désorienté de la réalité, elle nous prive de nos sens et fait ressortir des émotions, des souvenirs qu'on peut facilement projeter dans un lieu vierge. C'est les lieux de l'intime, du privé on peut également y faire un rapprochement avec la virginité volé de Cassandre son innocence blanche perdu. La boite blanche, vierge et le meilleur moyen de créer des projections de l'inconscient.

3) Pour moi la photographie n°3 est la représentation d'un des visions que pourrait voir Cassandre, en effet ses visions sont peuplé de cadavre, ici c'est un foret de cranes blanc qui roulent vers elle. Elle est témoin impuissante de ces hécatombes qui jonchant le sol autour d'elle. Elle ne peut que contempler le malheur grandissant, dans ses visions Cassandre parle de morts par centaine, c'est sa cité Troyenne qui fut dévasté par les grecs dont elle avait prédit le sort dont il s'agit, ici roulent les cranes de tous ceux qu'elle avait prévenu du sort funèbre et qui par sa malédiction ne l'avaient pas cru.




Marine: Pour ma part le passage des Cassandre m'est apparu comme un ovni:

- Comment: Je ne savais pas de quel manière Cassandre était elle affectée lors de ma partition un mélange de colère et de tristesse, pas de peur mais du courage car elle fait face à ses propos, elle accepte. " Et que de cela je persuade ou non c'est du pareille au même... ce qui sera viendra"
Durant cet exercice j'ai senti une vague émotive monter, qui me tirait vers les larmes, ainsi qu'une vague de colère qui m'ordonnait de frapper le sol et les rideaux "plancher pourquoi tu nous supportes, cintres, plafonds ..." J'ai contrôlé car je savais que je n'aurai pas pu aller au bout de mon texte sinon car c'était trop fort, la je me suis rappelée la transe de Cassandre cet espèce de fil qui la tire vers le haut, qui la soulève avant de la laisser retomber brutalement, avec violence au sol.

- La parole: il fallait faire abstraction du publique, se faire croire qu'on était seule. Seule avec soi-même et qu'il n'y avait que nous pour entendre ce que nous allions dire, mais il fallait également extériorise pour que cela soit compréhensible, alors que quand on se parle a soi-même on a tendance à marmonner. La c'était le moment pour Cassandre de tout dire même si dans le livre elle parle au chœur, ici nous sommes seule et nous pouvons nous le dire sans crainte car on sait qu'on va se croire, comme une confidence faite à soi-même. "C'est bon tu peux y aller, il n'y à personne". La difficulté c'est de trouver le récepteur de l'annonce à qui je le dis puisque je suis seule du point de vue technique, ou je porte ma voix pour qu'elle ne s'adresse à personne mais à tout le monde.

-pourquoi: les autres étaient sur le plateau quand je suis rentrée je me suis mise dos à elle comme si je me mettais au coin, me punir moi même ou pour m'adresser aux murs comme si ils pouvaient m'entendre et transmettre ma fureur aux dieux. Pour moi c'était les murs les responsables c'était sur eux qu’il fallait que je crache mon venin. Comme si je maudissais les murs de ce palais. Je sentais la présence des filles derrière moi, mais je ne voulais pas les voir comme si elles me faisaient peur et qu'elles auraient pu ébranler mon courage de maudire ce palais. Sur le coup je n'ai pas trouvé ces réponses tout de suite je faisais c'est tout, sans réfléchir, sans choisir je laissais une Cassandre agir. "... ce qui sera viendra" Cette citation de Cassandre revient régulièrement pour qualifier son comportement, comme si il était inscrit dans la supposition et comme si elle le remettait entièrement aux mains du destin. Au contraire de Clytemnestre Cassandre ne planifie pas ses actes et se laisse emmener la ou le destin la guidera.



Analyse Dealing with Clair


La pièce Dealing with Clair de Martin Crimp raconte l’histoire d’un couple qui essaie de vendre leur maison, cette scène quotidienne n’est alors que très banale cependant c’est en partant d’une situation familière que Crimp va dénoncer une société qui n’est


préoccupée que par le profit qui implique un certaine violence. Dans la mise en scène de Sylvain Maurice cette dénonciation est évoquée et assimilée à une étrangeté à laquelle tous les personnages sont confrontés, nous pouvons alors nous demander : comment représenter un événement quotidien tout en y incorporant du bizarre ? Afin de répondre à cette question, nous traiterons les deux parties suivantes : Une satire sociale ancrée par la violence, et des « monstres  contemporains ».


 


La pièce commence par une vue extérieure qui donne sur l’appartement de Claire, le contraste entre la luminosité de son appartement et l’obscurité de l’espace qui l’entoure qui symbolise la ville est frappant. Le fait que la délimitation de ces deux espaces soit si fort est pour montré la solitude de Claire, cependant ce choix scénographique dénonce également une sorte de mise à distance actuelle où l’on se renferme de plus en plus sur soit -même. La « ville » dénonce également cet

isolement car c’est un espace bruyant alors que celui-ci est vide, ce « dépouillement  de population » renforce la bizarrerie de la pièce qui nous installe dès la première scène dans un univers inquiétant et étrange. L’autre espace « vivant » ou plutôt habité de la pièce est la maison de Mike et Liz tout comme l’appartement de Claire, c’est un espaces clos qui semble englobé dans un univers violent qui est caractérisé par le bruit, qui est très fort et très saccadé. Par ailleurs le fait que notre regard donne sur l’intérieur d’un maison donc sur l’intimité des personnages peut faire référence au voyeurisme qui est de plus en plus courant de nos jours notamment à cause des télé réalité, le personnage qui est du même point de vue du spectateur lors de la première scène est celui de James, on apprendra à l’avant dernière scène qui l’était en train de l’observer. Le fait que le spectateur soit assimilé à ce personnage renforce la critique faite par le metteur en scène Sylvain Maurice.

Le décor n’est pas le seul élément scénographique qui dénonce la violence de la société, lors de la première scène , une conversation est engagée par le biais d’un téléphone entre Claire et sa mère, ce qui montre que de nos jours afin de communiquer ou entretenir des relations sociales, nous utilisons les technologies (téléphone, ordinateur …) ce qui nous enferme dans une certaine solitude alors que l’utilisation de ces technologies doivent nous permettent de conserver un lien voire d’en créer, ce qui est paradoxal. Lors de la rencontre entre Claire et le couple de Mike et Liz, ils sont très distants par ailleurs il y a de nombreuses répétitions que ce soit dans le langage suite à des bégayements ou hésitations, le langage est alors assimilé à une arme avec laquelle on essaie de convaincre , « les mots sont des pistolets chargés » Parain, ou bien dans les positions du corps car il y aura une symétrie entre deux scènes : une jouée par Mike et Liz et l’autre par Claire et James. Ces répétitions semblent faire référence à une espèce d’habitude que l’homme a pris, suite à des codes que la société impose.


 




 


Dans Dealing with Clair, les personnages ont une caractéristique qui leur est propre, comme s’ils étaient des personnages « traditionnels » dans le sens où ils incarnent des valeurs et représentent un statut social habituel, par exemple Claire qui est une femme indépendante, le couple Mike/Liz qui est honnête et sympathique et James qui est un homme aimable et fortuné, cependant celles-ci vont changées tout au long de la pièce.


Claire est un personnage qui habite seule et qui semble être indépendante ce qui montre une sorte de force intérieure. Cependant cette « puissance » va être dépassée par ses propres problèmes ( la cigarette, la situation difficile qu’elle entretient avec sa mère) et plus précisément par James suite à ses nombreuses visites. Une certaine familiarité va alors s’installée entre eux, ce qui causera la perte de Claire car elle réduira ses distances vis-à-vis de lui et baissera sa garde.


James, est un homme fortuné et marié, il est alors le symbole d’une certaine réussite sociale. Le fait qu’il soit sociable et mette à l’aise Claire, lui donne la fonction d’une certaine invitation à l’évasion, au voyage et au rêve. Cependant ces visites régulières et répétées peuvent faire penser à un animal tournant autour de sa proie, se préparant à bondir sur celle-ci. Au fil de la pièce sa véritable nature qui est celle d’un être dérangé et effrayant va être révélée, notamment dans la scène où on le voit reproduire la première scène de la pièce (où Claire était au téléphone avec sa mère) il est au téléphone avec la mère de Claire et hurle le prénom de celle-ci. Ces cris et hurlements nous permettent de voir son vrai visage qui est celui d’un psychopathe, obsédé par Claire.


Le couple Mike/liz est un couple traditionnel et parents d’un enfant, et ont engagé une fille au paire afin de s’occuper de celui-ci. Au premier abord, ils représentent une famille plus ou moins idyllique du point de vue de la société et ne veulent pas profiter voire arnaquer les prochains acheteurs de la maison suite à la hausse des prix dans le domaine de l’immobilier. Leur déchéance va entrée en scène lorsque l’on apprend qu’Anna, leur jeune fille au paire vit dans une chambre où il n’y a aucune fenêtre ( on peut alors parler d’une exploitation), leur côté calculateur et profiteur est également mis en avant lorsqu’au final ils préfèrent profiter de la hausse des prix.


Ces personnages qui sont dès le départ représentés comme des personnages conventionnels auxquels des spectateurs peuvent s’assimiler, vont vite sous le poids de l’étrange dévoiler leur facettes cachées que tout être veut dissimuler. Suite à leur défauts qui sont évoquées avec une intensité démesurée, on peut alors parler de ces personnages comme des « monstres contemporains » tout d’abord à cause de leur cruauté, car ils sont censés faire réagir le spectateur suite à leur similitudes. Si cette « révélation » est possible c’est parce qu’ils sont confrontés à leur détériorisation intérieure qui prendra de plus en plus d’ampleur tout au long de la pièce.


 





En conclusion, dans la pièce Dealing with Clair, la société est assimilée à un univers écrasant de par sa cruauté et de par sa bizarrerie qui touche les personnages au point de leur faire endosser un statut inquiétant comme celui du personnage de James. Par ailleurs, le fait que

Sylvain Maurice fasse bouger la maison dans divers sens ( de biais, en avant, en arrière, …) fait directement référence aux spectateurs, car suite à la déchéance des personnages celle-ci change de point de vue les concernant, ce qui est caractérisé par la maison qui bouge et que l’on voit sous différents angles de vue.

 


 

Extrait analyse: Dealing with Clair

A. Un décor révélateur


L’espace « intérieur » est atrophié, coupé, et on peut voir que la décoration, l’ambiance de l’espace est assez froid et presque hostile. Ainsi le metteur en scène commence à dévoiler ce qui ne se « voit » pas dans la pièce de Crimp. Je veux dire par là qu’il dévoile un espace déjà légèrement désagréable, assez peu convivial dans lequel on entend un enfant crier, on voit des malentendus ou désaccords entre un couple et leur babysitter. Il nous amène sur la piste du vice caché, qui va s’avérer très important par la suite. En effet dans la pièce le « défaut » de l’endroit commence par la tâche sur le tapis, qui semble déjà être une question obsédante pour tout le monde et se termine par la découverte suivante : la maison est entièrement pourrie de l’intérieur alors que parallèlement ils font tout pour la vendre le plus cher possible. Mais rien de ce qui est « grave » ne se voit jamais, le gros problème se remarque à peine, tandis que personne ne passe à côté de la tâche sur le sol. Donc, le metteur en scène, en coupant l’espace en biais et en l’habillant d’un design assez peu chaleureux nous avertit du problème à venir. Je pense que le fait d’avoir brisé l’espace renvoie à l’image d’un lieu en apparence parfait mais qui ne l’est pas vraiment en réalité. Je veux dire qu’en fait la maison que vendent ces gens, dans la pièce, n’est qu’à demi ce qu’elle paraît être, en apparences elle est idéale (avec beaucoup de chambres, assez grande, très bien placée) mais si l’on va plus en profondeur elle est tout son contraire: la maison s’effrite de l’intérieur, une chambre ressemble à un placard parce qu’elle est borgne… Ainsi le fait de l’avoir coupé en deux rappelle qu’elle n’est qu’à demi « idéale ». De plus, cet espace fait nettement penser à un genre de maison de poupée, ce qui n’est pas sans rappeler l’importante place des apparences dans la pièce. Mike et Liz donnent l’impression d’être une famille modèle, vivant dans une maison modèle avec un joli jardin modèle etc. Mais comme nous l’avons vu les fondations sont rongées et pourries, tandis que le jardin n’est jamais dévoilé aux visiteurs mais simplement décrit brièvement par des adjectifs mélioratifs. Le metteur en scène s’applique à mimer le comportement des personnages qui se donnent un air parfait dans l’espace qu’il façonne à leur image. Il renforce de plus cet aspect hostile par les cris de l’enfant, que l’on entend à plusieurs reprises, et le rapport qu’ont les parents à la « famille ». A chaque fois que l’enfant crie ils font appel à la babysitter, ils cassent ainsi l’esprit familial très anglais de la famille parfaite et unie. De plus, ils ne sont pas très tolérants avec leur babysitter, qui n’a pas vraiment le droit d’utiliser le téléphone de la maison et qui est logée dans la chambre sans fenêtres et minuscule. Ils apparaissent comme un stéréotype de la gentille famille anglaise, mais en sont finalement l’exacte inverse, nous pouvons voir par exemple qu’ils ne boivent pas de thé mais du vin, qui les rend saouls.


C. Un espace en mouvement


Un mouvement autour de la maison s’effectue tout au long du spectacle. Tout d’abord, dans l’acte I, lorsque la magouille des vendeurs n’est pas encore révélée, la maison s’approche du bord de la scène, créant ainsi un rapport de proximité avec le public. Un certaine intimité s’installe, une empathie pour cette famille au demeurant idéale de la part d’un public curieux. De plus, cela rappelle que la situation initiale est familière. Puis les intentions des personnages de vendre la maison de plus en plus cher, de façon de moins en moins honnête apparaissent, c’est alors que la maison recule vers le fond de la scène. Il se crée alors un effet d’éloignement saisissant, le public ne s’identifie plus aux personnages qui se révèlent bien moins beaux. Ainsi, le metteur en scène de par ce jeu avec la disposition et l’emplacement de la maison mime les sentiments du spectateur, et d’une manière plus générale l’identification aux personnages de moins en moins présente au fil de la pièce due à ce basculement dans la malhonnêteté. Enfin, la maison pivote ne laissant apparaître que l’arrière de celle-ci, c’est-à-dire la face donnant sur le jardin avec la « vigne vierge » qui grimpe sur la façade, cette dernière vue de la maison est assez ironique de la part du metteur en scène à mon avis. Car en effet, les « méchants » triomphent dans le « mal », tandis que les « gentils » perdent, la vigne « vierge » est assez contradictoire avec l’action finale des personnages qui sont plus pêcheurs que vierges, d’où l’ironie.

Analyse de théâtre - Dealing with Clair Crimp/Maurice/Sartrouville


Dealing with Clair, les personnages : figures quotidiennes figées
La représentation des personnages veut nous placer dans un contexte familier, un univers que l’on connait bien. Mike et Liz seraient nos jeunes voisins décontractés et un poil « bobo », Clair la jeune femme classique et discrète que l’on croise dans la rue sans la remarquer, James cet homme à l’air louche à qui on a un peu peur de parler.. Cette impression est due à leurs vêtements, très banals et toujours pareils qui les inscrivent dans une routine, mais aussi à leur jeu, très naturel, à leur parole qui coule pour dire des choses plus ou moins importantes. On devine très vite que l’enjeu principal de la pièce est leur parole, car en réalité il ne se passe pas grand-chose. Plus la pièce progresse, plus leur discours nous donne la désagréable impression d’un disque rayé ou d’un écho, ressassant toujours les mêmes mots ou bien ceux des autres, sans en avoir conscience (Sylvain Maurice donne ici un ton fantastique à son adaptation : qui donc a mis cette scène sur « repeat » ?) . Il en est de même, en quelque sorte, de notre société, ou l’on s’inscrit dans un mouvement collectif par l’intégration de tout un code de lieux communs du langage, creux et souvent dits de manière mécanisée. En fait, les deux personnages qui en disent le moins et rompent ce système des répétitions, à savoir Clair et l’étudiante italienne (l‘une par sa discrétion, l‘autre par son attitude désinvolte et décomplexée quant à son corps) sont les éléments qui semblent perturber l’univers balisé des personnages, provoquant chez eux une certaines attirance envers ces deux femmes insolites.
Cette attirance se diffuse vite entre chaque personnage et crée un rapport de séduction tendue entre eux, fait de non-dits, de suspicion et d’hypocrisie. Preuve en est du sourire de Mike, au départ profondément avenant et sympathique, voire un tantinet impertinent et chaleureux. Il se révèle vite dérangeant car invariable, comme scotché à son visage, masque inquiétant : il sourit de la même manière au visiteur de sa maison, à sa femme Liz, à cette étudiante italienne qu’il semble désirer, et garde cette expression goguenarde même dans les situations plus critiques, comme la disparition de Clair. Malgré un sensible changement de costumes lors de la vente de la maison et cette disparition qui les perturbe, ils se réinstallent dans la même répétition de préjugés, d’histoires drôles qui ne font rire qu’eux. Même James, qui serait a priori le personnage le moins enclin à se ranger dans une routine, une manière de vivre figée et vide de sens, reprend la scène du début de manière troublante. A travers la fenêtre de Clair, il porte son t-shirt, fume une cigarette et s’insurge contre la mère de celle-ci, du monde de violence dans lequel nous vivons. Il reproduit à son insu un shéma, une situation qui se répète sans fin.
Cette pièce est à mon avis très intéressante car traitant, à travers un sujet commun et quotidien, la vente d’une maison, de la solitude. Quelle que soit notre statut social, on peine à aller vers l’autre ou, si on le fait, c’est pour se conformer à une idée préétablie de l’autre, et on tourne éternellement sur soi-même.

Extrait d'Analyse Dealing With Clair Crimp/Maurice Sartrouville

("Dealing With Clair", soit Claire en Affaire, est une pièce de Martin Crimp. Celle-ci raconte l’histoire de Claire, une jeune agent immobilier, qui est engagée pour vendre la maison londonienne d’un jeune couple, Mike et Liz. Celle-ci est achetée par James, un riche mais étrange quinquagénaire. Cette pièce est aujourd’hui mise en scène, en 2011 au théâtre de Sartrouville, par le metteur en scène Sylvain Maurice).

Tout d’abord, nous nous intéresserons à la représentation de la maison. Celle-ci est la reproduction d’un salon, celui de Mike et Liz. La pièce (le salon) est coupée en deux, en diagonale. Ce qui fait que nous avons une partie de la scène rehaussée : la maison, qui est mobile. Tandis que l’autre partie de la scène est celle une marche en dessous, sur le plateau véritable. C’est une information importante quand on considère sa mobilité et sa coupe.
En ce qui concerne le fait que la maison bouge (à plusieurs reprises durant le déroulement de la pièce), cela permet au spectateur de reconsidérer la scénographie, soit la maison. En effet, la maison change d'angle environ quatre fois, ce qui nous offre de nouvelles perspectives. Elles renouvellent le regard du spectateur, comme si nous avions plusieurs points de fuite dans un même tableau, ou encore à la manière d'un changement de point de vue d'une caméra. Cela permet de nous donner à voir l'ambigüité de la pièce et par la même occasion celle des personnages. Lorsque nous avons parlé de l'ambigüe banalité dans la pièce, nous pensions surtout aux personnages. En effet, Mike et Liz se présentent tout de suite comme un couple très ordinaire. Ceux-ci cherchent à vendre leur maison, et de façon "la plus honorable qui soit". Ils manifestent pour Claire une réelle sympathie. Néanmoins, à l'épreuve de la transaction, ils foulent leurs principes moraux. C'est une situation gênante pour le spectateur, car les personnages qui, au départ, étaient les plus proches du public, les plus normaux, les plus « humains », se révèlent être les personnages les plus négatifs. Ils ne souhaitent au final que vendre leur maison le plus cher possible. Cette révélation est en accord avec la représentation de celle-ci : elle est « pourrie ». Au fur et à mesure, nous découvrons que la maison à de nombreuses failles, comme la tâche et le rebord de la fenêtre. Ces failles représentent les failles au sein même des personnages de Mike et Liz. Le réparateur de la fenêtre parlera même des fondation de la maison qui sont apparemment complètement abimées, et nous pouvons réemployer le terme de pourri. Ainsi, c'est le représentation de Mike et Liz, et même la représentation du leur couple en lui-même. Celui-ci nous apparait ainsi fragilisé, et reposant sur des mauvaises fondations. Cela nous conduit à parler du personnage d'Anna, qui se promène la plupart du temps déshabillée, en chemise de nuit. Celle-ci est le symbole du loup dans la bergerie. C'est la tentation perpétuelle de Mike, qui a besoin de celle-ci pour avoir des rapports avec sa femme. Cela renforce l'idée de la malsainité qui règne dans le couple. Celui-ci est en parallèle avec un autre « couple » dans la pièce, qui est celui-ci de Claire et James. Ce duo semble au départ celui qui est le moins proche de nous, et pourtant, au fil de la pièce, il s’humanise. Notamment, le personnage de James, qui est le plus étrange, est finalement celui-ci qui incarne le plus de valeurs. Il émet des principes auxquels Mike et Liz ne se tiennent pas. Il a un regard libertaire qui attire Claire. Ceux-ci se projettent dans la maison. Ils représentent le couple le plus marginal, mais finalement le plus humain de la pièce. Quant au personnage de James, il est sans doute le plus intéressant car il est à la fois le plus « fou », mais aussi, par moment, celui auquel on s’identifierait le plus. Nous ne sommes pas dans un théâtre de figures, comme dans les contes, ou une princesse serait la plus belle du monde et la plus généreuse et ou le prince serait le plus courageux de tous les princes, au contraire. James a un côté enfantin, qui ne comprendrait pas le monde dans lequel il vit. Comme un enfant qui aurait oublié de grandir.

Ensuite, lorsque l’on étudie la coupe de la maison et le jeu qui existe entre l’intérieur et l’extérieur du salon, on voit que celle-ci combine les deux aspects les plus présents dans la pièce : la banalité et l’étrangeté. Cela casse le trop-plein de réalisme dans la pièce (le metteur en scène emploiera même le terme de « naturalisme »). Nous avons d’une part la vraisemblance du salon, et d’autre part, cette marche qui décale le réalisme pour nous rapprocher vers cette étrangeté qui grandit. C’es un jeu sur le dedans et le dehors. Cette marche nous permet aussi de prendre du recul, non par pour nous mettre à distance ou pour mettre la pièce dans une réalité qui ne serait pas la notre, à la manière d’un roman fantastique ou d’un conte, mais davantage pour mettre le spectateur en position de voyeurisme. La coupe du salon nous montre que nous regardons l’intérieur d’un foyer, comme un spectacle. Nous contemplons leur quotidien, et par la suite, nous assisterons aux « évènements plus dramatiques » qui vont survenir dans la pièce.

En ce qui concerne la disparition de Claire, la pièce nous met dans une position plutôt étrange. Elle nous met mal à l’aise. C’est notamment cette disparition qui révèlera le « véritable visage » de Mike et de Liz. Tout le monde rejette le sujet, ce qui créé une ambigüité sur cette disparition. A aucun moment, nous savons si Claire s’est faite tuer ou si elle est tout simplement partie de son plein gré. Les deux chemins sont possibles. Effectivement, durant la pièce, on voit que Claire est seule, dans un appartement sur le bord d’une voie de chemin de fer. Elle vit seule. On constate dans ses propos un désir de partie très loin, notamment lorsqu’elle jouera aux cartes avec James. Des « fausses pistes » sont lancées pour laissé le doute planer. Au contraire, la voie que tout le monde prend est celle du meurtre de Claire par James. On remarque dans la pièce une sorte de plaisir qu’on les personnages à penser à cette mort. Ce n’est pas tant un plaisir mais plutôt un fantasme qu’ont les personnages à penser à cette mort. Ils fantasment sur la mort de Claire. Ce que nous dit Martin Crimp, c’est que la société prend plaisir a parler des faits divers, notamment dans les journaux, comme si celle-ci prenait plaisir à entendre des histoires sordides. Une fois encore nous pouvons parler de voyeurisme, mais cette fois c’est bien un voyeurisme malsain qui est ici dénoncé. Quoi qu’il en soit, cette disparition agit comme un révélateur en ce qui concerne les personnages.



Dans cette pièce, comme nous l’avons démontré, nous sommes face à une étrangeté grandissante, qui prend peu à peu le pas dans la pièce. Cela nous place dans un univers étrange, qui nous fait parfois rire, mais aussi qui fait peur. Au travers de la mise en scène, cette peur est très bien retranscrite, à la fois par la banalité de la scénographie, qui place la pièce dans un quotidien tout ce qu’il y a de plus ordinaire, et à la fois par la bizarrerie de la pièce, et par le dérangement qu’elle occasionne. Elle met mal à l’aise le spectateur, qui assiste à un évènement relativement « courant », mais qui assiste également au réactions de Mike et Liz, qui sont finalement des réactions humaines et « ordinaires », que chacun d’entres nous pourrions avoir.

JDB DU 3 MARS 2011

Clémence:

Durant la séance, le professeur et Marc nous ont proposé un exercice qui ma personnellement marqué: En effet, celui-ci consistait à mettre trois personnes sur le plateau ayant toutes les mains liées. Marc, désigne alors une personne qui doit durant l'exercice toujours dire la vérité (en utilisant seulement un moyen corporelle et un langage appelé "gromelot ") tandis que les deux autres doivent au contraire mentir. En effet, l'exercice consistant à faire trouver un objet à une autre personne se trouvant dans le couloir. La difficulté de l'exercice était donc pour la personne devant trouver l'objet de déceler la vérité grâce aux gestes proposés par la personne ayant été désigné pour cela. L'élève choisi par Marc alors au début de l'exercice doit savoir faire preuve de beaucoup de persuasion face aux deux autres élèves présentes sur le plateau. Selon moi, l'exercice proposé durant cette séance montrait alors un des aspects les plus importants du théâtre qui est de se faire comprendre grâce à notre corps et non par des paroles concrètes. Cela mettait en évidence que le théâtre est avant tout un moment de plaisir et de partage.


Dans une seconde partie, nous nous sommes concentrés sur Agamemnon et plus précisément sur Cassandre. Le professeur nous a conseillé plusieurs voies de travail. Dans un premier temps, nous formions toutes un groupe mais le professeur à alors émis l'idée qu'il serait plus judicieux de travailler le personnage de Cassandre en "éclatement".
Amanda, ayant la première partition, s'est présentée la première sur le plateau seule puis est venu mon tour, je me suis alors tout de suite imaginée l'environnement dans lequel je voyais Cassandre dans la pièce c'est-à-dire complètement isolé, enfermé, prisonnière... Je me suis donc imaginée la cellule et j'ai ressentie de plus en plus cette oppression du fait de l'enfermement et de l'isolement ce qui m'a alors complètement submergée et bouleversée. Voilà pourquoi il m'était donc difficile de jouer ce rôle puisqu'il était pour moi comme impossible de sortir de cette "cellule". Puis, les autres filles du groupe sont alors, chacune leur tour, arriver sur le plateau.
Durant cette séance, le groupe : Jane, Amanda, Morgane, Agnès, Marine et moi avons beaucoup progressé et avec du recul et grâce à cette séance nous avons pu avec plus de facilité compris les objectifs qu'attendaient le professeur et Marc.

Analyse de spectacle Dealing with Clair


Dealing with Clair est une satire sur la banalité du mal de Martin Crimp mise en scène aujourd’hui par Sylvain Maurice. Cette pièce oscille entre humour et étrangeté, on sait rarement s’il faut rire ou s’il faut s’inquiéter. Cette pièce raconte l’histoire de Mike et Lyse, un jeune couple, qui veut vendre sa maison au meilleur prix à un certain James par l’intermédiaire d’un agent immobilier qui se nomme Claire. Martin Crimp construit sa pièce à partir d’un environnement rassurant de la vie quotidienne, mais cette situation va se révéler être étrange et très inquiétante. Alors comment Sylvain Maurice réussit-il à mettre en scène cette « inquiétante étrangeté » à travers toute une scénographie effrayante et des personnages à l’image de celle-ci?

Dés le début de la pièce, l’atmosphère est tendue, froide, il fait très sombre, c’est assez inquiétant et angoissant. La pièce débute avec l’apparition de Claire, qui est le personnage central de la pièce, elle se trouve dans son studio près de la fenêtre. Celle-ci donne vu sur une voie de chemin de fer, ce qui renforce le côté angoissant (nuisances sonores lors des passages de trains). De plus, la fenêtre est le seul élément du studio qui est montré et grâce à elle, le metteur en scène nous plonge directement dans l’intimité du personnage principal. Nous pouvons ajouter aussi que le metteur en scène fait un énorme travail sur le caché/montré, tout un travail sur le hors champ, ici l’exemple est très frappant avec la fenêtre du studio de Claire. Le hors champ est un lieu de projection d’images.

Cette « première » partie de la pièce fait une énorme référence à Rear window d’Alfred Hitchcock dont le thème principal est le voyeurisme, l’espionnage. Ici on pourrait supposer que Claire est observée par quelqu’un, à travers l’œil du spectateur. Les changements de décors s’effectuent dans le noir total accompagné d’une musique assez surprenante et stridente. Ceci renforce le côté oppressant et étouffant de la pièce et de la mise en scène. La musique est aussi utilisée dans le but de produire des ellipses de temps et d’espaces, cela donne un certain rythme à la pièce et renouvèle le regard du spectateur. Cela lui offre une nouvelle perspective à chaque changement de décors.

La « seconde » partie du spectacle se passe principalement dans la maison du jeune couple que Claire visite. Dans un noir total, la maison s’avance doucement jusqu'à atteindre le milieu du plateau ce qui retient l’attention du spectateur et le place dans un état d’effroi mais aussi de curiosité. Seul le salon est représenté, le reste de la maison est caché. L’espace du salon est placé sur une sorte de plateau tournant et grâce à cela, tout au long de la pièce, la maison va nous apparaître sous différents angles. En apparence, la maison semble en bon état, propre et modestement meublé mais peu à peu on se rend compte ou plutôt on s’imagine que quelque chose cloche avec notamment la tâche sur la moquette ainsi que la fenêtre à réparer mais aussi les pleurs d’un bébé qu’on ne voit jamais. Une étrangeté surgit aussi peu à peu entre les personnages. Comme je l’ai dit précédemment, le caché/montré surgit dans le comportement des personnages. En effet, il y a ce qu’on affiche et ce qu’on est réellement. Tout au long de la pièce, le caché remonte à la surface pour le spectateur. Cette étrangeté se construit à travers le langage, il amplifie le danger (plus les personnages parlent, plus on les trouve étranges), des dialogues implicites ou lapsus et des dérapages.

La mise en scène et les personnages hors normes sont liés. Ainsi, par la mise en scène, les différentes facettes des personnages se dévoilent au spectateur. Claire par exemple est seule et indépendante, elle rejette sa mère, lui ment (elle fume en téléphonant tout en faisant croire le contraire). Tout ce qui l’entoure dévoile sa solitude et son indécision. James, quant à lui, chef de famille est très surprenant. Très emballé par la maison, qu’il veut acheter « cash », il va nouer des liens ambigus avec Claire, il va la conseiller, la soutenir, la rassurer. Ce personnage se rapproche vraiment de la figure d’Harry dans Harry, un ami qui vous veut du bien, un film de Dominique Moll. Il endosse un statut étrange, oppressant, étouffant, envahissant ! On peut supposer que Claire devient une obsession pour lui notamment lorsqu’il reproduit la situation initiale de la pièce. En effet, on le voit à la fenêtre du studio de Claire, au téléphone avec la mère de celle-ci et Claire ne répond plus. Sa disparition est envisagée, de nouveau ici l’étrangeté surgit. A la fin de la pièce, on est progressivement emmener dans l’envers du décor, on a l’impression que le metteur en scène met le spectateur face à lui-même et face à sa dangerosité. On peut éventuellement considérer les lieux comme des personnages à part entière car, et notamment pour la maison à vendre, on voit ses différentes faces cachées tout comme pour les personnages.

Analyse Dealing with Clair Crimp/Maurice/Sartrouville (extrait)


Pièce de Martin Crimp Mise en scène de Sylvain Maurice


Le spectacle commence avec une femme (on apprendra plus tard qu’il s’agit de Claire) au téléphone avec sa mère à la fenêtre de son appartement en face d’une rame de train. Dès le début la pièce est très sonore ; en effet le premier bruit que l’on entend est le passage d’u train (un son très gênant et surtout très commun). C’est aussi un bruit assez froid et glauque, un bruit métallique, grinçant qui nous amène dans une ambiance pesante. Ce bruit de train reviendra à plusieurs reprises dans le spectacle et notamment à la fin quand James prend la place de Claire dans son appartement, ses vêtements et même sa vie. Il clôture et, en quelque sorte, résume la vie de Claire ; et notamment sa dernière vente immobilière (très étrange voire insolite à cause du personnage de James). D’autres sons dans le spectacle sont aussi présents ; des nuisances sonores qui accentuent le côté pesant et angoissant de l’intrigue. En effet, au moment d’un changement de lieu ou lors d’un bond dans le temps, nous entendons parfois des cris de femme, des sirènes de police et des bruits de voiture. Chacun de ces bruits sont des sons très familiers et cela nous plonge dans l’idée que quelque chose de grave se prépare.


De plus, le décor change aussi au moment de changement de scène et pendant un « noir ». La maison de Lyse et Mike, qui est une décoration plutôt moderne et chaleureuse. C’est ce qui rend la pièce gênante et surprenante : en effet dans la chaleur et la banalité d’une vie de couple et de la vie quotidienne de celui-ci on découvre peu à peu eu violence et une cruauté effrayante puisque leur vie est très « réaliste » et on peut facilement s’identifier à eux.


Le décor mobile et donc les multiples angles de vues du décor représentent les personnages car plusieurs points de fuites existent et cela implique que chaque personnage a une interprétation différente des évènements. Cela laisse donc au spectateur la possibilité de choisir une interprétation propre à lui-même étant donné qu’aucune version n’est confirmée et que la fin n’est pas clairement déterminée. On peut se demander si Claire a été violée et tuée par James qui aurait un côté violent et cruel ou au contraire qu’elle a saisi une opportunité pour voyager et aurait assouvi un désir de liberté (James serait alors un homme mystérieux qui a fait rêver Claire). La fin du spectacle restant trouble et en même temps très suggérée par la scénographie de la pièce, il reste au spectateur à choisir entre une fin heureuse et une fin tragique. La plus évidente est celle qui implique l’étrange, le cynisme, la violence car nous vivons dans une société du pire et c’est bien cela qu’implique le texte et la mise en scène de Dealing with Clair.



Cette pièce expose une violence et une banalité du mal associée à notre époque à l’aide de personnages qui nous ressemblent étrangement et d’une manière effrayante.