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jeudi 3 mars 2011

Analyse de théâtre - Dealing with Clair Crimp/Maurice/Sartrouville



L'histoire à première vue simple d'un jeune couple désirant vendre leur maison devient progressivement un peu plus inquiétante avec la disparition de Claire, l'agent immobilier. La mise en scène de Martin Crimp reflète en effet cette apparente simplicité qui cache d'inquiétantes vérités.

Nous apercevons au début de la pièce ce qui est censé représenter l'appartement de Claire, soit un fenêtre. Au départ, ce lieu est assez intriguant voire oppressant. La lumière n'éclaire que la fenêtre et laisse le reste de la scène dans un noir total, les sons de trains renforcent la dimension inquiétante de cet espace qui semble perdu et en train de s'effacer dans une sorte de néant.

De nombreux éléments vont casser l'aspect "cosy" de la maison de Mike et Liz. On ne peut apercevoir que du noir derrière les fenêtres, un vide étrange et assez inquiétant qui m'a rappelé Fin de Partie de Beckett. Nous nous trouvons dans une maison qui a finalement l'air d'être au milieu de nulle part, entendons certes des pleurs de bébé mais ne voyons jamais celui-ci. Il semblerait qu'il n'y ait plus de forme de vie à l’extérieur. La nature elle aussi semble avoir étrangement disparu, d'autant plus que tout le monde se refuse à se rendre dans le jardin, comme s'il pouvait être dangereux de sortir de la maison.

Le fait que tout autour de la maison soit noir, y compris l'espace des spectateurs insère celui-ci au sein de la pièce. J'ai personnellement eu l'impression de me trouver au sein de ce vide dans lequel les personnages auraient peur de se retrouver. Ils sont cependant déjà à moitié dedans puisque le salon est finalement ouvert sur ce vide et parfois les personnages y jouent. De plus nous comprenons assez vite que la maison est fragile, elle pourrait finir par s’effondrer dans ce grand espace inquiétant.

Analyse de théâtre - Dealing with Clair Crimp/Maurice/Sartrouville


Dealing with Clair, les personnages : figures quotidiennes figées
La représentation des personnages veut nous placer dans un contexte familier, un univers que l’on connait bien. Mike et Liz seraient nos jeunes voisins décontractés et un poil « bobo », Clair la jeune femme classique et discrète que l’on croise dans la rue sans la remarquer, James cet homme à l’air louche à qui on a un peu peur de parler.. Cette impression est due à leurs vêtements, très banals et toujours pareils qui les inscrivent dans une routine, mais aussi à leur jeu, très naturel, à leur parole qui coule pour dire des choses plus ou moins importantes. On devine très vite que l’enjeu principal de la pièce est leur parole, car en réalité il ne se passe pas grand-chose. Plus la pièce progresse, plus leur discours nous donne la désagréable impression d’un disque rayé ou d’un écho, ressassant toujours les mêmes mots ou bien ceux des autres, sans en avoir conscience (Sylvain Maurice donne ici un ton fantastique à son adaptation : qui donc a mis cette scène sur « repeat » ?) . Il en est de même, en quelque sorte, de notre société, ou l’on s’inscrit dans un mouvement collectif par l’intégration de tout un code de lieux communs du langage, creux et souvent dits de manière mécanisée. En fait, les deux personnages qui en disent le moins et rompent ce système des répétitions, à savoir Clair et l’étudiante italienne (l‘une par sa discrétion, l‘autre par son attitude désinvolte et décomplexée quant à son corps) sont les éléments qui semblent perturber l’univers balisé des personnages, provoquant chez eux une certaines attirance envers ces deux femmes insolites.
Cette attirance se diffuse vite entre chaque personnage et crée un rapport de séduction tendue entre eux, fait de non-dits, de suspicion et d’hypocrisie. Preuve en est du sourire de Mike, au départ profondément avenant et sympathique, voire un tantinet impertinent et chaleureux. Il se révèle vite dérangeant car invariable, comme scotché à son visage, masque inquiétant : il sourit de la même manière au visiteur de sa maison, à sa femme Liz, à cette étudiante italienne qu’il semble désirer, et garde cette expression goguenarde même dans les situations plus critiques, comme la disparition de Clair. Malgré un sensible changement de costumes lors de la vente de la maison et cette disparition qui les perturbe, ils se réinstallent dans la même répétition de préjugés, d’histoires drôles qui ne font rire qu’eux. Même James, qui serait a priori le personnage le moins enclin à se ranger dans une routine, une manière de vivre figée et vide de sens, reprend la scène du début de manière troublante. A travers la fenêtre de Clair, il porte son t-shirt, fume une cigarette et s’insurge contre la mère de celle-ci, du monde de violence dans lequel nous vivons. Il reproduit à son insu un shéma, une situation qui se répète sans fin.
Cette pièce est à mon avis très intéressante car traitant, à travers un sujet commun et quotidien, la vente d’une maison, de la solitude. Quelle que soit notre statut social, on peine à aller vers l’autre ou, si on le fait, c’est pour se conformer à une idée préétablie de l’autre, et on tourne éternellement sur soi-même.

Extrait d'Analyse Dealing With Clair Crimp/Maurice Sartrouville

("Dealing With Clair", soit Claire en Affaire, est une pièce de Martin Crimp. Celle-ci raconte l’histoire de Claire, une jeune agent immobilier, qui est engagée pour vendre la maison londonienne d’un jeune couple, Mike et Liz. Celle-ci est achetée par James, un riche mais étrange quinquagénaire. Cette pièce est aujourd’hui mise en scène, en 2011 au théâtre de Sartrouville, par le metteur en scène Sylvain Maurice).

Tout d’abord, nous nous intéresserons à la représentation de la maison. Celle-ci est la reproduction d’un salon, celui de Mike et Liz. La pièce (le salon) est coupée en deux, en diagonale. Ce qui fait que nous avons une partie de la scène rehaussée : la maison, qui est mobile. Tandis que l’autre partie de la scène est celle une marche en dessous, sur le plateau véritable. C’est une information importante quand on considère sa mobilité et sa coupe.
En ce qui concerne le fait que la maison bouge (à plusieurs reprises durant le déroulement de la pièce), cela permet au spectateur de reconsidérer la scénographie, soit la maison. En effet, la maison change d'angle environ quatre fois, ce qui nous offre de nouvelles perspectives. Elles renouvellent le regard du spectateur, comme si nous avions plusieurs points de fuite dans un même tableau, ou encore à la manière d'un changement de point de vue d'une caméra. Cela permet de nous donner à voir l'ambigüité de la pièce et par la même occasion celle des personnages. Lorsque nous avons parlé de l'ambigüe banalité dans la pièce, nous pensions surtout aux personnages. En effet, Mike et Liz se présentent tout de suite comme un couple très ordinaire. Ceux-ci cherchent à vendre leur maison, et de façon "la plus honorable qui soit". Ils manifestent pour Claire une réelle sympathie. Néanmoins, à l'épreuve de la transaction, ils foulent leurs principes moraux. C'est une situation gênante pour le spectateur, car les personnages qui, au départ, étaient les plus proches du public, les plus normaux, les plus « humains », se révèlent être les personnages les plus négatifs. Ils ne souhaitent au final que vendre leur maison le plus cher possible. Cette révélation est en accord avec la représentation de celle-ci : elle est « pourrie ». Au fur et à mesure, nous découvrons que la maison à de nombreuses failles, comme la tâche et le rebord de la fenêtre. Ces failles représentent les failles au sein même des personnages de Mike et Liz. Le réparateur de la fenêtre parlera même des fondation de la maison qui sont apparemment complètement abimées, et nous pouvons réemployer le terme de pourri. Ainsi, c'est le représentation de Mike et Liz, et même la représentation du leur couple en lui-même. Celui-ci nous apparait ainsi fragilisé, et reposant sur des mauvaises fondations. Cela nous conduit à parler du personnage d'Anna, qui se promène la plupart du temps déshabillée, en chemise de nuit. Celle-ci est le symbole du loup dans la bergerie. C'est la tentation perpétuelle de Mike, qui a besoin de celle-ci pour avoir des rapports avec sa femme. Cela renforce l'idée de la malsainité qui règne dans le couple. Celui-ci est en parallèle avec un autre « couple » dans la pièce, qui est celui-ci de Claire et James. Ce duo semble au départ celui qui est le moins proche de nous, et pourtant, au fil de la pièce, il s’humanise. Notamment, le personnage de James, qui est le plus étrange, est finalement celui-ci qui incarne le plus de valeurs. Il émet des principes auxquels Mike et Liz ne se tiennent pas. Il a un regard libertaire qui attire Claire. Ceux-ci se projettent dans la maison. Ils représentent le couple le plus marginal, mais finalement le plus humain de la pièce. Quant au personnage de James, il est sans doute le plus intéressant car il est à la fois le plus « fou », mais aussi, par moment, celui auquel on s’identifierait le plus. Nous ne sommes pas dans un théâtre de figures, comme dans les contes, ou une princesse serait la plus belle du monde et la plus généreuse et ou le prince serait le plus courageux de tous les princes, au contraire. James a un côté enfantin, qui ne comprendrait pas le monde dans lequel il vit. Comme un enfant qui aurait oublié de grandir.

Ensuite, lorsque l’on étudie la coupe de la maison et le jeu qui existe entre l’intérieur et l’extérieur du salon, on voit que celle-ci combine les deux aspects les plus présents dans la pièce : la banalité et l’étrangeté. Cela casse le trop-plein de réalisme dans la pièce (le metteur en scène emploiera même le terme de « naturalisme »). Nous avons d’une part la vraisemblance du salon, et d’autre part, cette marche qui décale le réalisme pour nous rapprocher vers cette étrangeté qui grandit. C’es un jeu sur le dedans et le dehors. Cette marche nous permet aussi de prendre du recul, non par pour nous mettre à distance ou pour mettre la pièce dans une réalité qui ne serait pas la notre, à la manière d’un roman fantastique ou d’un conte, mais davantage pour mettre le spectateur en position de voyeurisme. La coupe du salon nous montre que nous regardons l’intérieur d’un foyer, comme un spectacle. Nous contemplons leur quotidien, et par la suite, nous assisterons aux « évènements plus dramatiques » qui vont survenir dans la pièce.

En ce qui concerne la disparition de Claire, la pièce nous met dans une position plutôt étrange. Elle nous met mal à l’aise. C’est notamment cette disparition qui révèlera le « véritable visage » de Mike et de Liz. Tout le monde rejette le sujet, ce qui créé une ambigüité sur cette disparition. A aucun moment, nous savons si Claire s’est faite tuer ou si elle est tout simplement partie de son plein gré. Les deux chemins sont possibles. Effectivement, durant la pièce, on voit que Claire est seule, dans un appartement sur le bord d’une voie de chemin de fer. Elle vit seule. On constate dans ses propos un désir de partie très loin, notamment lorsqu’elle jouera aux cartes avec James. Des « fausses pistes » sont lancées pour laissé le doute planer. Au contraire, la voie que tout le monde prend est celle du meurtre de Claire par James. On remarque dans la pièce une sorte de plaisir qu’on les personnages à penser à cette mort. Ce n’est pas tant un plaisir mais plutôt un fantasme qu’ont les personnages à penser à cette mort. Ils fantasment sur la mort de Claire. Ce que nous dit Martin Crimp, c’est que la société prend plaisir a parler des faits divers, notamment dans les journaux, comme si celle-ci prenait plaisir à entendre des histoires sordides. Une fois encore nous pouvons parler de voyeurisme, mais cette fois c’est bien un voyeurisme malsain qui est ici dénoncé. Quoi qu’il en soit, cette disparition agit comme un révélateur en ce qui concerne les personnages.



Dans cette pièce, comme nous l’avons démontré, nous sommes face à une étrangeté grandissante, qui prend peu à peu le pas dans la pièce. Cela nous place dans un univers étrange, qui nous fait parfois rire, mais aussi qui fait peur. Au travers de la mise en scène, cette peur est très bien retranscrite, à la fois par la banalité de la scénographie, qui place la pièce dans un quotidien tout ce qu’il y a de plus ordinaire, et à la fois par la bizarrerie de la pièce, et par le dérangement qu’elle occasionne. Elle met mal à l’aise le spectateur, qui assiste à un évènement relativement « courant », mais qui assiste également au réactions de Mike et Liz, qui sont finalement des réactions humaines et « ordinaires », que chacun d’entres nous pourrions avoir.

Analyse Dealing with Clair Crimp/Maurice/Sartrouville (extrait)


Pièce de Martin Crimp Mise en scène de Sylvain Maurice


Le spectacle commence avec une femme (on apprendra plus tard qu’il s’agit de Claire) au téléphone avec sa mère à la fenêtre de son appartement en face d’une rame de train. Dès le début la pièce est très sonore ; en effet le premier bruit que l’on entend est le passage d’u train (un son très gênant et surtout très commun). C’est aussi un bruit assez froid et glauque, un bruit métallique, grinçant qui nous amène dans une ambiance pesante. Ce bruit de train reviendra à plusieurs reprises dans le spectacle et notamment à la fin quand James prend la place de Claire dans son appartement, ses vêtements et même sa vie. Il clôture et, en quelque sorte, résume la vie de Claire ; et notamment sa dernière vente immobilière (très étrange voire insolite à cause du personnage de James). D’autres sons dans le spectacle sont aussi présents ; des nuisances sonores qui accentuent le côté pesant et angoissant de l’intrigue. En effet, au moment d’un changement de lieu ou lors d’un bond dans le temps, nous entendons parfois des cris de femme, des sirènes de police et des bruits de voiture. Chacun de ces bruits sont des sons très familiers et cela nous plonge dans l’idée que quelque chose de grave se prépare.


De plus, le décor change aussi au moment de changement de scène et pendant un « noir ». La maison de Lyse et Mike, qui est une décoration plutôt moderne et chaleureuse. C’est ce qui rend la pièce gênante et surprenante : en effet dans la chaleur et la banalité d’une vie de couple et de la vie quotidienne de celui-ci on découvre peu à peu eu violence et une cruauté effrayante puisque leur vie est très « réaliste » et on peut facilement s’identifier à eux.


Le décor mobile et donc les multiples angles de vues du décor représentent les personnages car plusieurs points de fuites existent et cela implique que chaque personnage a une interprétation différente des évènements. Cela laisse donc au spectateur la possibilité de choisir une interprétation propre à lui-même étant donné qu’aucune version n’est confirmée et que la fin n’est pas clairement déterminée. On peut se demander si Claire a été violée et tuée par James qui aurait un côté violent et cruel ou au contraire qu’elle a saisi une opportunité pour voyager et aurait assouvi un désir de liberté (James serait alors un homme mystérieux qui a fait rêver Claire). La fin du spectacle restant trouble et en même temps très suggérée par la scénographie de la pièce, il reste au spectateur à choisir entre une fin heureuse et une fin tragique. La plus évidente est celle qui implique l’étrange, le cynisme, la violence car nous vivons dans une société du pire et c’est bien cela qu’implique le texte et la mise en scène de Dealing with Clair.



Cette pièce expose une violence et une banalité du mal associée à notre époque à l’aide de personnages qui nous ressemblent étrangement et d’une manière effrayante.


mercredi 19 janvier 2011

Analyse de spectacle/ Ithaque/Jean-Louis Martinelli/ Nanterre



Scénographie:






La mise en scène de cette pièce nous donne en spectacle de multiples procédés:on a quelque part l'impression d'être retourné à la période des théâtres antiques dans toute leur dimension spectaculaire, puisque l'on peut remarquer qu'il y a un réel travail sur la magnificence et la beauté d'un spectacle de théâtre, mais on a à la fois l'impression d'être dans une salle de cinéma aujourd'hui, grâce à l'utilisation de plusieurs procédés vidéo. (Ulysse pourrait même être devenu le héros d'un jeu vidéo auquel le spectateur serait en train de jouer, il recevrait les conseils d'Athéna pour avancer dans le jeu).



On remarque que certains éléments de la mise en scène rappellent des éléments du théâtre dans l'antiquité: par exemple lorsque la plateforme où se trouve la chambre de Pénélope se met à avancer, cela peut nous faire penser à un éccyclème. Comme dans l'antiquité c'est une pièce qui nous présente des partis pris visant à éblouir le spectateur, tout est mis en œuvre pour qu'il soit émerveillé: par exemple la présence de l'eau sur l'avant scène, ou encore tous les procédés moderne comme la vidéo projection, les micros qui permettent de faire résonner les voix des acteurs ainsi que tous les objets qui descendent des cintres (comme le tulle, le rideau de maille, les vêtements...) ou encore tous les effets d'ombres ( Athéna, le massacre...).Tous ces procédés peuvent nous rappeler aussi d'une certaine manière l'aspect magique de ce mythe puisqu'il est difficile de le représenter sur une scène de théâtre contrairement au cinéma où les effets spéciaux peuvent prendre place et donner vie a la magie. On se rend compte que toute référence à l'antiquité fait appel à des dispositifs modernes, ainsi le mélange des époques est d'autant plus mis en avant puisque d'une certaine manière c'est grâce au nouveau que l'on peut faire revivre l'ancien. Il est aussi important de remarquer que le dispositif scénique permet aux comédiens d'avoir une certaine déambulation sur le plateau,(Athéna se place souvent dans des endroits de la scène qui lui permettent grâce à l'éclairage d'être illuminée de façon à faire ressortir malgré son aspect humaine la déesse qu'elle est. On remarque également que l'endroit où se trouve la chambre de Pénélope est un espace surélevé qui n'est pas accessible à tous les personnages. Les prétendants et les servantes n'y ont jamais accès bien qu'à plusieurs reprises ils tentent d'y accéder, ils ne franchissent jamais l'escalier. De plus c'est l'espace d'intimité d'Ulysse et Pénélope ,l'endroit où chaque prétendant voudrait remplacer Ulysse or, aucun n'y parvient ce qui se rapporte au récit dans lequel aucun prétendant ne parvient à prendre la place d'Ulysse. Pénélope quant à elle y semble comme une princesse prisonnière d'un donjon puisqu'elle ne se déplace pratiquement jamais hors de cette chambre, mais en même temps elle ne semble pas avoir envie de s'en échapper en souvenir de son époux. C'est une chambre représenté uniquement par un lit blanc, les alentours sont vides et froids comme la blancheur du lit ce qui pourrait nous amener à penser qu'elle représenterait le vide dans la vie de Pénélope et la fraicheur du lit dans lequel elle dort depuis le départ d'Ulysse. D'ailleurs au début de la pièce Ulysse arrive à terre et petit à petit il va accéder aux niveaux supérieurs jusqu'à arriver au sommet ce qui représente la figure de l'homme qui par la force et le courage devient un héros.



Cependant, malgré toute cette splendeur de la mise en scène beaucoup d'évènements sont cachés par le tulle qui devient presque comme un tableau de peinture représentant une muraille, puis rapportés ensuite par trois femmes en robe noire qui pourraient avoir le rôle de narratrices. ( par ex: le massacre des prétendants ). Ce qui je trouve casse légèrement la magnificence qui est extrêmement mise en avant dans cette mise en scène puisque les moments les plus spectaculaires et auxquels s'attend le spectateur lui sont pour ainsi dire éludés.



Au début de la pièce Athéna propose à Ulysse de lui montrer sa femme et son fils et fais descendre le tulle par magie et l'on voit derrière une scène entre Pénélope et Télémaque, on est donc face à une mise en abyme du théâtre dans le théâtre, ce qui m'a beaucoup rappeler le moment où Alcandre montre à Pridamant son fils Clindor dans l'Illusion Comique de Corneille.



L'un des moments qui m'a le plus plu dans cette mise en scène, est le moment où les prétendants après avoir été massacrés par Ulysse et Télémaque tombent dans le trou au sol de la scène. C'est un moment qui se déroule en musique douce et attirante et l'on voit les prétendants se jeter littéralement dans cet sorte de gouffre qui semble les engloutir. Ce qui rend cette scène spectaculaire à mon goût c'est aussi le fait que l'on entende aucun bruit lorsque les prétendants tombent dans le vide un peu comme si ils étaient attirés par le royaume d'Hadès en silence ce qui rend cette scène inquiétante et belle et belle à la fois. Cependant l'effet est une fois de plus brisé par un évènement postérieur qui est de ramener tous les cadavres des prétendants les uns a coté des autres alignés de manière grotesque presque comme des poissons que l'on aurait péché alors que leur disparition était éblouissante.









Les personnages:






J'ai trouvé que la distribution des personnages n'était peut être pas toujours en adéquation avec le texte et surtout avec l'image que notre culture a batti d'un Ulysse grand, beau et fort dans notre esprit. Depuis toujours Ulysse est comme un symbole de virilité, de masculinité, de beauté, d'aisance et de force puisque c'est le héros de l'Illiade et ensuite de l'Odyssée or, là on est face à un Ulysse qui nous apparaît comme plus vieux et plus dépité, la dimension héroïque semble avoir été mise de coté, le Ulysse que l'on nous présente est un Ulysse qui témoigne par son corps, sa diction, et son jeu de l'atrocité de la guerre et les blessures qu'elle a pu laisser sur lui ainsi que la peine qu'il endure d'être loin de sa patrie et de sa famille. En effet on remarque qu'il ne se tient pas toujours très droit et qu'à certains moments il se met carrément à pleurer dans les bras de la nourrice. Tout au long de la pièce il est habillé de manière étrange mais jamais de manière contemporaine sauf à la fin de la pièce où il enfile une veste de costume noire pour rejoindre les comédiens un peu comme si finalement tout cela nous était présenté comme une pièce de théâtre et qu'avant même la fin de la pièce elle même les comédiens venaient se présenter à nous.



Pénélope au contraire elle, est présentée comme une femme forte presque à l'image d'une guerrière ce qui met l'accent sur des choses qui je trouve sont la plupart du temps laissées de côté. En effet Pénélope est sans cesse représentée comme une pauvre femme abandonnée qui attend sagement son époux et qui se fait courtiser par des prétendants abusant de son hospitalité et chérissant son statut. Cette Pénélope est pour ainsi dire totalement différente: au tout début de la pièce elle est représentée avec un corps difforme ce qui la rend étrange et en même temps un peu comique puisqu'on voit qu'elle a du mal à se déplacer c'est un moment où elle ne sort pas de sa chambre (peut être parce que l'effort physique que la comédienne doit fournir face à cette contrainte serait trop importante) alors qu'au fur et à mesure de la pièce elle retire son costume extra large et apparaît dans une robe plus fine et seyante dans un style très orientalisé ; de même que son accent dut a son origine la rend étrangère. Ce qui m'a rappelé la mise en scène d'Agamemnon par Ariane Mnouchkine qui témoignait du fait que finalement pour faire revivre une histoire telle qu'une tragédie antique (ou encore ici un texte comme l'odyssée) il fallait aller chercher ailleurs puisque ce sont des textes qui malgré toute traduction sont devenus partie intégrante une culture étrangère.



Les prétendants également représente pour moi dans cette mise en scène les étrangers car ils ont tous un accent différents ce qui pour moi témoigne du fait que ce sont des hommes venus de provinces différentes pour courtiser la même femme et donc qu'ils sont tous de pays voisins et qu'ainsi ils représentent à eux seuls toute une culture venue d'ailleurs. On remarque cependant que comme dans le texte il existe une hiérarchie au sein même des prétendants: il y a les meneurs (Antinoos) et les suiveurs. Malgré cet aspect étranger ils représentent aussi le monde moderne, d'aujourd'hui par leur vêtements, leur attitude, et l'on remarque que dans sa traduction Botho Strauss les fait très souvent dire des injures.



Télémaque, lui, m'a énormément rappelé les adolescents d'ajourd'hui qui essai de faire entendre leurs voix tout comme lui essaie de le faire auprès de sa mère ainsi que parmi les prétendants.



Les servantes jouent un rôle secondaires dans la pièce mais cependant elles témoignent aussi de l'étrangeté de la mise en scène, puisque dans un premier temps elles apparaissent avec des vêtements noirs un peu souillés différentes de tous les autres personnages de la pièce , de plus elles ne parlent jamais ce qui pourrait venir du fait qu'elle ne parle pas la même langue que les autres personnages de la pièce. Elles apparaissent également plus comme des courtisanes que comme des suivantes elles dansent devant les prétendants, s'adonnent à des jeux de séduction sexuels avec eux, et l'on apprend qu'en réalité elles se sont comportés comme des filles de rues et non pas comme des servantes dignes d'un aussi grand palais que celui d'Ulysse et Pénélope.



Le personnage de la nourrice est un personnage important je trouve puisque c'est elle qui reconnaît Ulysse grâce à sa cicatrice et que c'est elle qui l'a élevée, elle serait un peu comme sa seconde mère. Seulement je trouve que dans son parti pris Martinelli a trop essayer d'illustrer l'image de la vieille dame malade fatiguée de la vie avec sa canne à la main et en âge de mourir, ce que je trouve trop illustratif pour le coup.



Les trois femmes en noir puis en beige sont des figures énigmatiques, elles ont été ajoutées au texte d'Homère ainsi on ne sait pas vraiment comment interpréter leurs échanges mais on peut suggérer qu'il s'agit de muses ou d'érinyes ou peut être même de déesses et à un certain moment où elles habillent Ulysse et à un autre Pénélope on pourrait penser qu'il s'agit de suivantes. Cependant elles portent chacune une sorte d'écaille brillante au niveau d'une partie spécifique du corps (genou...)ainsi elles pourraient représentées chacune des parties du corps de Pénélope. Leur rôle est principalement celui du narratrices elles disent ce qu'il se passe derrière les rideaux et à certains moments elles décrivent les sentiments de Pénélope comme si elles voyaient et savaient tout ce qui pourrait advenir dans la pièce. J'ai trouvé intéressant par rapport à notre travail de plateau: la façon dont a été traité l'unificité de leur personnage.

Extrait d'Analyse Ithaque, Jean-Louis Martinelli par Valentine



  • Tout d'abord, le sujet que nous allons traiter est celui de l'oscillation permanente entre le contemporain et l‘antiquité. En effet, nous ne pouvons parler d'actualisation puisqu'il s'agirait de mettre à jour une épopée écrite il y a plus de 29 siècles. Au contraire, la mise en scène de Martinelli tend à concorder les deux époques, et je dirais même à étendre la pièce et l'histoire d'Ulysse sur tout l'espace temps qui nous éloigne de celui-ci. Il rend cette épopée intemporelle, ce qui est le propre d'une œuvre classique : être universelle et intemporelle. Dans la scénographie de Martinelli, on entrevoit concrètement cette pensée. Nous sommes face à un espace scénique à la fois spectaculaire et étrange car nous ne sommes ni dans une Grèce d'il y a deux mille ans, ni en 2011. Assurément on retrouve des éléments dit authentiques. Premièrement, les grandes marches, symbolisant le somptueux palais d'Ulysse, ou devrait-on dire de Pénélope, nous ancrent dans un univers de richesse et de pouvoir. Elles représentent la séparation entre Pénélope et les prétendants et donc entre la noblesse de celle-ci et la décadence de ces derniers. Par ailleurs, elle ne descendra jamais de son trône en présence des prétendants. Les marches s'avanceront vers eux avec violence en les poussant dans l'eau, siégée à l'avant scène. Cette image est frappante lorsque l'on connaît la fin de l'histoire et ce qui arrivera aux prétendants. Effectivement, on pense immédiatement aux marches avançant comme on penserait à Ulysse marchant sur ses rivaux. Les marches deviennent la métaphore du retour d'Ulysse qui tuera les prétendants, en marchant vers eux sans pitié. Les marches sont symboliques et nous font en effet penser à la représentation d'un palais grec. Cette pensée est accentuée par les six colonnes géantes entourant la scène. Nous avons, en combinant les marches et les colonnes, l'image d'une grande habitation grecque, comme il est coutume de voir. Mais, alors qu'elles auraient pu être en grosses pierres, comme l'est le Parthénon, Martinelli choisit de les construire en une sorte de métal, de béton, qui donne un aspect à la fois très robotique et métallique, mais aussi un aspect onirique. Car cette matière ambigüe n'est pas véritablement la représentation du réel ou du contemporain, mais doit être davantage associée à une « non existence », à une matière illusoire, ou appartenant à un imaginaire. En cela, Martinelli cherche à développer l'imaginaire du spectateur. Selon lui, cet imaginaire doit « prendre le relais ». D'ailleurs, le metteur en scène citera Georges Banu en disant que « là où le concret se dérobe, l’imaginaire se développe ». C’est ce que nous tendons à expliquer : Martinelli ne cherche pas à reproduire le réel ou à actualiser l’épopée d’Ulysse. Au contraire, il aspire à placer le héros grec dans un espace imaginaire, entre l’authentique et le contemporain. Martinelli tente de donner « des traces de l ’Antique de façon indicielle, et de montrer comment elles vont contaminer l’espace contemporain ».


  • C’est ce qui se produit dans le choix des costumes. Nous sommes une fois encore plongés dans un entre deux. Par exemple, Pénélope et Eumée portent des costumes qui se rapprocheraient de « reproductions ». Au contraire, les prétendants sont vêtus de costumes que l’on pourrait qualifier de plus « moderne ». Les termes sont à choisir avec précaution car il ne s’agirait pas de qualifier un costume de moderne ou de vrai, de réel. Ceux-ci pourraient représenter une évolution ou alors ne seraient que l’illustration, l’iconographie, d’une scène de la Grèce antique. D’autre part, ils représentent parfois une évolution qui symbolise l’empreinte, la contamination de l’espace contemporain. Par exemple, lors de la scène des trois générations sous l’arbre, avec l’aède, Ulysse et Télémaque, chacun est costumé d’une manière différente. L’aède est en toge, Ulysse en armure flambant neuve tandis que Télémaque, lui, porte des vêtements contemporains, comme un tee-shirt noir et un jean. Face à ce choix de costumes, on s’aperçoit que chaque personnage, dans la suite des âges, représente une époque. Nous ne pouvons pas parler d’une réelle suite logique du temps, mais plutôt d’une continuité ou d’une représentation du temps qui passe et de l’évolution que celui-ci engendre.


  • L’espace et la mise en scène consacrés aux prétendants, entrent eux aussi dans une pérennité du temps et de son influence. Mais Martinelli accentue le côté universel des prétendants, tout en gardant la notion d’intemporalité. Celle-ci est visible premièrement avec le buffet qui accompagne sans cesse les « squatteurs ». En effet, nous sommes face à des pichets de vin, à du raisin, à toutes sortes de nourritures et de boissons en abondance. De plus, l’atmosphère festive, allant jusqu’à en être orgiaque, avec les danses des femmes et la relation entre les prétendants et les servantes, prenant à de nombreuses reprises des pauses luxurieuses, nous plonge, certes à effet moindre, dans un espace semblable aux fêtes romaines, excessives et exubérantes, un espace de tout les excès. L’intemporalité de cette débauche est bien entendu présente encore aujourd’hui. Nous pouvons prendre comme exemple celui des rave party, qui font chaque année des dizaines de morts dus à la drogue, à l’alcool et à la violence qui y règnent. Cette intemporalité est présente dans la mise en scène de Martinelli. En effet, nous sommes face à un buffet et à des divertissements comparables à ceux des grecs, mais les prétendants boivent dans des coupes à champagne, mangent avec des fourchettes, bref, utilisent des éléments contemporains. Une notion voisine à celle d’intemporalité est celle d’universalité. Cette notion apparaît avec le cosmopolitisme qui règne parmi les prétendants. Ceux-ci on presque tous un accent, qu’il soit du sud ou allemand. Nous sommes donc face à une mixité qui rappelle l’universalité des prétendants. Mais nous devons nous poser une question : pourquoi faire le choix de rendre les prétendants universels et intemporels? La réponse est liée à la représentation politique de ceux-ci. Effectivement, ils sont tous des jeunes hommes politiques qui ne cherchent qu’à prendre le pouvoir. Pour cela , ils ont recours à un outil efficace et manipulable : le langage. Les prétendants se servent de celui-ci afin d’arriver à leur fin, et pour cela, toutes les ruses sont permises. Face à ce parti pris du metteur en scène, nous sommes proches de la mise en scène d’Agamemnon de David Géry. Celui-ci place les protagonistes dans un procédé autour duquel s’enclenchent deux éléments : le pouvoir et les médias. L’un étant au service de l’autre à la manière d’un cercle vicieux et pervers. La politique se sert du langage au travers des médias pour se donner une image de paillette qu’elle n’a pas. C’est un rapprochement possible avec la représentation des prétendants de Martinelli, qui choisit de les représenter comme des jeunes coqs, prêts à tout pour accaparer le trône d’Ulysse.


  • En conclusion, nous nous appuierons sur une phrase de Botho Strauss, qui dira que la société des grecs est « régie par le sport, la frime et la débauche ». C’est un constat à faire à notre société également, elle même régie par l’apparence, avec les médias devenus souverains bien de nos existences. Ainsi, on comprend mieux l’incidence des sociétés antiques sur nos sociétés modernes, et le choix de Martinelli à vouloir retranscrire cela dans sa mise en scène.

Analyse de spectacle/ Ithaque/Jean-Louis Martinelli/ Nanterre

Ithaque est un extrait de l'Odyssée racontant le retour d'Ulysse dans sa patrie. Jean-Louis Martinelli a reprit une traduction contemporaine de Botho Strauss. Cela change la dimension donnée à ce passage de l'Odyssée. Il choisit donc à la fois de moderniser l'histoire, tout en conservant, ou faisant référence à des éléments de l'Antiquité. Nous pouvons alors nous poser la question de comment adapter à notre époque l'Odyssée d'Ulysse, récit datant de la Grèce Antique ? Nous allons tout d'abord voir que cette mise en scène est à la fois esthétique voir spectaculaire. Ensuite nous verrons qu'elle ne se déroule pas concrètement dans une époque spécifique. Enfin, nous verrons quelle vision de l'Odyssée apporte cette mise en scène.


Critique JDD d'Ithaque


Lorsque la scène nous apparaît pour la première fois, nous apercevons en avant scène une marée d'eau, d'où Ulysse arrive. On ne voit que cela au début, et elle reste tout au long de l'oeuvre. Elle représente à la fois la mer autour de l'île d'Ithaque, mais elle peut aussi représenter de ce fait le long et rude d'Ulysse. Durant ce voyage, la met est extrêmement importante puisque c'est grâce à elle qu'il pourrait rentrer mais Poséidon en parti, par exemple, l'en empêche. Cette eau en avant scène est donc symbolique du périple d'Ulysse qui l'a ramené en Ithaque après 20 longues années. C'set comme si la pièce naissait en sortant de cette eau (c'est en effet en quelque sorte le cas dans l'histoire même), du moins elle débute par cette belle image.


Une sorte de voile se trouve derrière cette marrée d'eau, apparemment en mailles. L'eau se reflète alors dessus et apporte une image intéressante, comme si nous voyons l'horizon et la mer à perte de vue. On croirait aussi voir des rochers. On aperçoit vaguement derrière un grand escalier et sa femme Pénélope, comme si nous étions dans les songes d'Ulysse. Ce voile peut faire écho à l'espère de "brouillard" dans lequel se trouve Ulysse à cet instant jusqu'à ce qu'Athéna le lui dise. Alors le spectateur en même temps que lui découvre (redécouvre pour Ulysse) Ithaque, avec ce voile qui disparaît.

De grandes marches dominent donc l'arrière de la scène. En haut de celles ci se trouve Pénélope pendant la majorité de la pièce. Le seul meuble présent s'y trouvant et le lit conjugal, endroit dont il est en effet très souvent question dans l'Odyssée. C'est le lieu de l'union entre Pénélope et Ulysse. Il symbolise aussi ce que cherchent à atteindre les prétendants d'en bas. On peut d'ailleurs remarquer que les marches sont légèrement décalées au niveau du lit et personne ne monte par cet endroit si ce n'est Ulysse et Pénélope à la fin de la pièce lorsqu'ils se retrouvent. Ce lieu finalement quasi inatteignable (peu de gens y montent), s'élevant vers la hauteur, semblerait presque être un lieu sacré entre le monde réel un au delà. C'est d'ailleurs l'état dans lequel se trouve Pénélope avant qu'elle ne retrouve son Ulysse : entre la vie et la mort. On pourrait aussi peut être penser qu'elle s'élève vers les Dieux pour que ceux ci lui viennent en aide.





Ce désir de représenter Ithaque de manière à la fois esthétique et spectaculaire rappelle évidement le théâtre antique. Le "Palais" n'est pas représenté comme un monument de l'Antiquité grec cependant on y retrouve des éléments qui y font référence. Ce n'est ni un décors "d'époque" ni un décors véritablement moderne. C'est comme si la pièce se trouvait dans un chemin entre les deux. Par exemple, les grands escaliers sont fait d'une matière qui n'est pas vraiment définissable, entre la pierre et le béton. Les 4 colonnes de chaque côté rappellent celles des monuments de la Grèce Antique, mais elles sont en béton, ou bien nous voyons carrément un "échafaudage". Il y'a même un ascenseur dans l'une d'elle (dans lequel Athéna monte). On retrouve aussi des meubles contemporains comme les tables et chaises.


Les haches dans lesquelles veulent tirer à l'arc les prétendants ont une allure ancienne, mais lorsque Ulysse tire dedans, cela provoque un feu avec des pétards qui traversent ces haches. Moderne et plus ancien sont mélangés pour rendre une assez belle image. D'autre part le fait que le massacre ne soit pas à vue rappel le fait que dans le théâtre antique, les meurtres n'étaient pas à vue.


Trois femmes racontent souvent l'histoire. Elles m'ont un peu fait penser aux Muses. Elles sont grandes, aux cheveux longs tressés, portent des robes noirs mais qui n'ont pas la même forme. Elles se déplacent en même temps, symétriquement, comme si une femme se reflétait dans plusieurs miroirs. Cependant elles se partagent le textes et ne sont physiquement pas identiques. Elles ne sont pas une seule personne mais forment une unité tout de même. Ensemble, elles pourraient former un seul corps. Elles sont marquées à un endroit différent de celui-ci. L'une a un serpent au niveau de la clavicule, une autre a un bracelet au poignet et l'autre a une sorte de genouillere en métal. Elles chantent parfois. Elles rappellent les choeurs de l'Antiquité. C'est 3 femmes sont harmonieusement différentes. Elles sont les seules à ne pas être des personnages de l'Odyssée d'Homère. Leur fonction est de raconter l'histoire, un peu comme un aède. Elles créent un lien avec le spectateur, ce qui rappel à nouveau le choeur dans l'Antiquité. De plus elles parlent dans un micro ce qui les détachent un peu des autres acteurs. J'ai eu l'impression qu'il y avait l'histoire, et qu'elles venaient au milieu de celle ci sans y participer réellement. Elles commentent juste ce qu'il se passe, voir aident les acteurs (quand elles habilles Pénélope par exemple). Elles sont en quelque sorte aussi spectatrices.





Jean Louis Martinelli à donc décidé de ne pas présenter une pièce qui se situe clairement dans un contexte temporel. Il a choisit de prendre une traduction de l'Odyssée très moderne, qui rend peut être le message de la pièce plus important pour notre époque mais qui de se fait aussi, prive le spectateur de la beauté du texte d'origine. C'est une pièce assez impressionnante qui nous montrent beaucoup d'images, on se croirait presque devant un film parfois, le risque est peut être d'être un peu éblouit par tout cela et ne plus vraiment voir l'essentiel.

jeudi 13 janvier 2011

Extrait d'analyse : Les Chaises

Je ne sais pas, si ce que je vais posté correspond à ce que l'on doit faire, mais bon je me lance.
Pour l'analyse "Les chaises", j'ai pris le passage suivant :
  1. "Le rapport de la naissance et de l'approche de la mort sont alors mis sur le même plan et évoqués comme une égalité. En effet la dépendance ainsi que l’innocence des enfants et des personnes âgées sont explicitement évoquées, comme s’il s’agissait d’une naissance, d’un passage vers « l’inconnu ». "

Dans cet extrait, je compare la vie ainsi que la mort comme deux "choses" que l'on ne connaît pas, donc qui nous sont inconnu. D'ailleurs le parallèle entre la vie et la mort est essentiel dans cette pièce, c'est pour cela que j'ai chosis cet extrait. Je sais que je ne suis pas très claire dans mes propos, mais j'espère que vous avez compris où je voulais en venir :)

mercredi 8 décembre 2010

Extrait d'analyse Klaxon,Trompettes... et pétardes




Klaxon, Trompettes

et pétarades est une pièce satirique où de nombreux sujets sont critiqués et controversés tels que la politique ainsi que la figure du patron. Dans la mise en scène de Marc Prin, ces deux thèmes sont évoqués. Cependant suite à son partis-pris, la chirurgie esthétique à outrance est critiquée et définie comme une sorte de masque. Ce choix fait de la pièce de Dario Fo, une pièce comique dans laquelle on rit des sujets qui fâchent. En mettant en scène une pièce aussi engagée que celle-ci, nous pouvons nous demander comment utiliser le rire afin de dénoncer des sujets importants ? La place du spectateur est alors centrale. De plus il sagit dune pièce qui le concerne « obligatoirement » ne serait ce que dans la relation patron/employé. Pour dégager les partis pris et répondre à cette problématique, nous traiterons l'axe suivant : le côté bricolé de la pièce.


La scénographie est assez épurée. On peut alors penser que les seuls éléments scénographiques ont une importance et une place capitale car ce sont eux qui « créent » le décor. L

espace de jeu est délimité par quatre portes qui représentent différentes salles dun hôpital, celles-ci sont peintes en vert et sont sur roues. Il sagit dun détail important, car grâce à celles-ci nous pouvons tourner les portes et passer de lhôpital au salon de Rosa, les portes deviennent alors rouges. Le fait davoir choisie des couleurs différentes afin de représenter deux espaces aide le spectateur qui aide le spectateur à se retrouver dans cette confusion permanente qui domine la pièce. Suite à cette délimitation du plateau peu importe de part sa taille, nous accédons aux « coulisses » des comédiens, que ce soit dans les coulisses ou sur le plateau, les comédiens sont toujours à vue. Il y a alors deux représentations qui se jouent en quelque sorte. Nous voyons au premier plan lhistoire qui se déroule, et, au deuxième plan, les comédiens qui entrent dans un personnage ou qui passent dun personnage à un autre. Ce partis pris met en avant le bricolage du décor ainsi que celui des comédiens, puisquils sont en permanence en train dincarner des personnages différents. La seule barrière de la scénographie ne sont pas les portes mais notre imagination, le metteur en scène nous met à disposition les comédiens ainsi que lhistoire après cest au spectateur de rentrer dans le dispositif scénographique selon son imaginaire. De plus, la confusion entre Agnelli et Antonio est si importante que de surenchérir avec un décor lourd et imposant, pourrait nous faire perdre le fil. Quant au modelage des comédiens, celui-ci réside dans leur polyvalence à jouer plusieurs rôles. Chaque comédien interprète un rôle qui lui « appartient », cependant ils peuvent également jouer des seconds rôles. Par exemples, la comédienne qui joue Rosa se transforme afin d incarner le « policier transsexuel », ainsi que le comédien qui incarne Agnelli ,Antonio et un infirmier en même temps et Lucia le juge.Concernant le choix des comédiens, celui-ci est basé sur des stéréotypes. La comédienne qui joue Rosa, est petite et assez ronde et porte des robes simples voire banales. En prenant une comédienne au physique sans artifice et non superficiel, il est possible de s
identifier à son personnage. Le fait de prendre des comédiens qui vont à lencontre de leffet dévastateur du faux et des apparences, renforce la critique de la société qui nous pousse à lutilisation de produit, ou dartifices afin d être beau et jeune.



L

élément le plus flagrant du bricolage dans cette pièce est le visage du médecin qui est défiguré par la chirurgie. Le thème de la chirurgie esthétique, qui de nos jours prend une ampleur importante est poussée à lexcès. Celle-ci est tournée en dérision, car elle est utilisée dans la pièce à outrance, comme si il ny avait pas de limites. Le fil conducteur du rire est la surenchère, le médecin semble porter un masque alors quil sagit de son propre visage. Le fait que ce soit le médecin qui est défiguré, renforce la critique de la chirurgie à outrance, car ce sont les médecins qui construisent (ou détruisent) des visages. Le médecin rentre alors dans le cercle vicieux de la recherche de la perfection, ce qui devait être attirant devient repoussant voire effrayant, en obtenant leffet contraire le rire se déclenche aussitôt. Et cest en travaillant sur l excès et la surenchère que cette pièce peut dénoncer et critiquer certains aspects de la société.


 En conclusion, nous avons constaté que les principales armes du rire dans Klaxon, Trompettes

et pétarades sont la démesure, lincompréhension ainsi que la surprise. Tout en abordant des thèmes aussi importants que dérangeants, le spectateur nest pas mis à l écart de ce questionnement mais au contraire, il est invité à participer ne serait ce que par le rire.





 




 

Analyse de théâtre - Klaxon, trompettes et pétarades Fo/Prin/Nanterre

Klaxons, trompettes et pétarades, des acteurs décomplexés et mordants
J’ai eu un vrai choc en assistant à la mise en scène de Marc Prin, qui ébranle quelque peu une certaine conception rigide et « naphtalinée » du théâtre, qui parlent d’émotions et de faits parfois abstraits pour le spectateur, où il n’ya aucun contact. Ici c’est le contraire : même si le contexte des Années de Plomb date un peu, personnages et ce qu’ils ont à nous dire nous font rire autant qu’ils nous dérangent, car nous pourrions en croiser de tels aujourd’hui. A la surprise jubilatoire d’une théâtralité farcesque qui nous est peu connue, s’allie la réflexion.
La scénographie remarquable de simplicité et de pertinence de Marc Prin, totalement bricolée et laissant les acteurs en préparation « à vue » donne au spectateur une toute autre vision du comédien. En laissant les coulisses déborder sur l’espace de jeu, il semble nous dire que ces acteurs sont bien des acteurs, sans cesse au travail. Voir ce qui se prépare en amont , nous permet de mieux nous focaliser sur ce qu’ils nous racontent. Ils apprivoisent l’espace théâtral avec « les moyens du bord » : c’est un grand terrain de jeu, une piste de cirque ou bien une arène où ils sont rois, font rire ou bien réfléchir.
Le jeu des comédiens dans Klaxon, trompettes et pétarades nous surprend agréablement par sa grande richesse : possédant déjà un physique original, « une tronche » comme nous disait Marc, ils sont proches de nous, pas comme les stars sur papier glacé. Ce sont de vrais gens et jouent avec le corps sans s’embarrasser des convenances et cela crée le rire, ils sont très vivants. Parfois exagérées à l’extrême, les situations rocambolesques dans lesquelles ils se trouvent donnent à leur jeu un aspect de numéro de clowns, ils n’hésitent pas à créer un certain décalage dans leurs mouvements (par exemple le médecin qui se déplace en dansant, comme au music-hall). Très vite, grâce au texte lui-même et à la mise en scène de Marc Prin, il y a un phénomène de distanciation : les personnages s’adressent à nous directement et font régulièrement des retours en arrière, de leur propre initiative, pour commenter la situation en cours. Ils contrôlent le fil de l’action. A la fin, ils deviennent même narrateurs. Le côté théâtral transparait dans le fait que les acteurs incarnent plusieurs personnages et n’hésitent pas à se grimer. Ils utilisent des perruques, costumes et postiches qu’ils mettent et enlèvent « à vue » : c’est une démarche démystifiée et touchante des comédiens. Le toc et l’obscène (le visage refait du médecin par exemple) s’insèrent dans l’environnement rationnel et familier d’une salle d’opération ou d’un salon, et mine de rien nous parlent de cette aire de la chirurgie esthétique poussé à l’extrême dans le monde politique et du show-business, donnant au faux l’apparence du vrai et inversement. C’est un problème plutôt actuel, qui trouve un écho en nous. Grossissant le trait, à la manière des Guignols de CANAL +, les acteurs n’hésitent pas à déranger, et le rire devient jaune : au fond, ces clowns là ne sont pas sans nous rappeler des célébrités et hommes politiques de notre temps.



Extrait d'analyse : Klaxon, trompettes et pétarades Marc Prin par Charlène


Klaxon, trompettes et pétarades, est une pièce écrite par Dario FO et mise en scène par Marc PRIN. Les enjeux principaux de la pièce sont ceux de la politique, du faux et des apparences.



Le décor fait penser à une critique de la société du « beau » et aux faux-semblants des gens en général, grâce aux changements de costumes, de masques et donc de personnages qui sont laissés visibles aux yeux du public. Nous montrer les « coulisses » c’est comme nous montrer ce que nous ne voyons pas en temps normal. Ce que nous choisissons de cacher derrière une « fausse » image de nous révélerait en faite une part de « vrai ». Dans Klaxon, cela est symbolisé par la chirurgie esthétique exagérée de la chirurgienne face au naturel du corps de Rosa. D’un côté, le médecin, une femme refaite à outrance, qui en vient presque à nous effrayer, cela révèle des choses sur ce personnage en apparence séductrice et trop parfaite. Elle symbolise la volonté de chacun de protéger un secret sur leur personne en se cachant derrière une « fausse » image d’eux même. D’ailleurs, le metteur en scène a choisi d’utiliser un masque pour marquer d’autant plus l’idée de faux-semblants. En comparaison, d’un autre côté, Rosa est une femme entière, spontanée et imparfaite. C’est l’opposé total de la chirurgienne car elle représente le « vrai » et la beauté du naturel.

Le personnage d’Agnelli, à force de jouer le rôle d’Antonio à certains moment et d’expliquer qui il est réellement à d’autres, se perd lui-même ; ce qui est représenté par les portes rouges et vertes (alternativement rouge puis verte, pour finalement être de deux couleurs à la fois). On peut aussi se dire qu’il est le prisonnier de l’image qu’il a (celle d’Antonio) ; c’est la rencontre des classes et l’inversion des rapports ; Agnelli qui était « supérieur » à Rosa devient soumis puisqu’il est dépendant de ses services. Il est donc obligé de se faire passer pour une autre personne (ici Antonio) pour survivre dans ce monde ; et bien qu’il finisse par triompher il représente avant tout le besoin de se faire passer pour ce que nous ne sommes pas.



Les enjeux de cette pièce et surtout sa mise en scène ne peuvent que nous faire réfléchir sur nous-même puisque les images, comme les masques par exemple, sont des images frappantes.

Analyse de spectacle/ Klaxon, Trompettes et pétarades/ Marc Prin/ Nanterre

Les personnages:


Antonio est le personnage principal de la pièce mais il n'intervient pas dés le début et intervient de manière décalée: comme un régisseur ou un metteur en scène intervient pour interrompre une répétition parce que quelque chose ne va pas, en effet lorsqu'il arrive sur la scène pour la première fois, son apparition est assez étrange, le spectateur ne comprend pas tout de suite si c'est fait exprès ou si il intervient réellement en tant que membre extérieur. On est donc face à ce personnage au grand sourire et aux grands yeux globuleux qui nous fait rire dès son arrivée: ses gestes, ses mimiques, ses expressions du visage qui semblent être poussées a l'extrême lui donnent ce côté clownesque et le rendent captivant. On l'écoute attentivement et l'on cherche à comprendre ce dont il veut nous parler, bien que ses explications soient pour le moins extravagantes et parfois mensongères. De plus dans la suite de la pièce l'acteur qui interprète le rôle d'Antonio interprète aussi le rôle d'Agnelli, on est face à une performance artistique étonnante qui induirait presque un dédoublement de personnalité de l'acteur lui même, obligé de passer d'un état psychologique à un autre en passant juste parfois par une porte et un léger changement de costume.


Rosa, est l'ex femme d'Antonio. Elle semble être toujours éperdument amoureuse de lui malgré son amertume envers sa trahison. Ce petit bout de femme, petite avec le corps d'une mère, d'une femme d'un âge mature nous apparaît très attachante dès le début, en effet son corps est très expressif: elle gigote dans tous les sens, elle rit, etc. Elle se trouve en opposition totale avec le personnage de Lucia (celle pour qui Antonio a quitté Rosa) qui elle est grande et mince et paraît plus jeune, ce qui représente un peu le cliché des situations actuelles que l'on retrouve dans les films ou les séries populaires: où l'homme quitte sa femme après l'avoir trompée avec une femme plus jeune et plus belle qu'elle. Le personnage de Rosa est aussi un personnage comique mais « sans le vouloir » , effectivement elle croit à ce que lui raconte Lucia et Antonio et, est persuadée que l'homme qui a subit l'accident est son mari, sa naïveté nous fait rire, elle semble être comme une enfant à qui on raconte une histoire.


Lucia quand à elle, est un personnage qui du début à la fin de la pièce semble être le plus réaliste et le plus proche de nous, c'est une femme qui se fait insulter mais qui ne réagit pas, qui affirme ses opinions politiques et qui est en même temps la plus neutre dans la pièce, elle semble être la seule à garder la tête sur les épaules malgré le désordre environnant et l'agitation qui l'entoure. Elle n'intervient pas énormément dans la pièce et pourtant ses apparitions sont essentielles car elles permettent au spectateur de souffler. L'actrice qui joue le rôle de Lucia joue également le rôle de la juge qui elle au contraire est un personnage déformé (elle porte un masque qui lui allonge le nez et la rend ridicule dés son entrée sur scène), c'est un personnage qui n'intervient pratiquement pas dans la pièce mais qui cependant est un personnage extrêmement comique, qui laisse apparaître derrière son aspect de femme rigide et sévère une femme peut être frivole et extravagante peut être même à l'image de la chirurgienne.


Le personnage du médecin, est un personnage témoin de la dénonciation du monde plastique et superficiel dans lequel on vit. Elle porte un masque qui semble uniquement lui déformer le visage ( de loin on pourrait penser que c'est son vrai visage) et lui donne un côté refait et pas naturel, de plus son maquillage reste assez extravagant (rouge à lèvres rouge...) et parfois elle porte un tailleur rouge avec des chaussures à talons rouges laissant apparaître un décolleté généreux qui ne laisse pas indifférent le commissaire avec qui elle « flirte » à plusieurs reprises et toujours de manière comique et exagérée. Son personnage est très démonstratif dans le corps: elle danse, se place dans des positions improbables pour opérer ses patients, non seulement son corps semble totalement retouché mais son travail aussi semble n'être pas réellement son travail quelque part, c'est à dire que sa manière d'opérer les patients et les exercices qu'elle propose semblent ridicules parfois et ne donnent pas l'impression d'être de vrais exercices médicaux aux effets thérapeutiques, mais plutôt une façon pour elle de meubler le vide et donner l'apparence d'un médecin.


Le commissaire apparaît d'abord comme un personnage « sérieux », en effet quand on le voit entrer en scène il nous donne l'impression d'être « l'homme de la situation » , qu'il va tout résoudre et que tout va revenir dans l'ordre grâce à lui, ce qui lui donne un côté comique car on se rend vite compte qu'en réalité lui non plus ne comprend strictement rien à la situation et qu'il est complètement prisonnier de ce quiproquo infernal. Et bien sur ce sérieux est entièrement brisé par le rapport qu'il entretient avec la chirurgienne. Le comédien qui incarne le rôle du commissaire est lui aussi un comédien qui impose son corps ou plutôt qui a un corps imposant, une carrure et un visage qui m'ont beaucoup rappelé le corps de l'acteur français Gérard Depardieu dans ses débuts d'acteur.


On remarque que dans cette pièce chaque acteur joue plusieurs rôle(tous infirmiers au début, rosa et la chirurgienne jouent aussi des agents de police, Lucia joue également la juge, Antonio joue Agnelli…) ce qui va avec l'ensemble de la scénographie, de la mise en scène et de l'aspect bricolage du spectacle en lui même. Leurs costumes sont aussi contemporains que le texte traduit ( robes, pantalons, bottes...)






Scénographie :




Cette pièce propose une scénographie assez particulière et originale, en effet on remarque dés notre arrivée dans la salle que les coulisses se trouvent sur le plateau à l'arrière de la scène , placées derrière des portes qui semblent délimiter l'espace de jeu et l'espace coulisses sur la scène elle -même. Même si à quelques moments dans la pièce les comédiens se « baladent » sur toute sa surface. La scénographie qui nous est proposée ici se veut simple et sans artifice,en effet le fait de pouvoir accéder aux coulisses est un privilège pour le spectateur qui se sent lui même intégré au spectacle. Voir l'envers du décor témoigne aussi de la sincérité du jeu des acteurs de leur engagement ainsi que de leur entraide les uns par rapports aux autres, car on pouvait voir tout au long du spectacle que même lorsqu'ils ne sont pas sur la scène les comédiens sont en jeu car ils s'aident à vêtir leurs costumes les uns les autres à vue ou alors sont très attentifs a ce qui se passe en avant scène (ce qui fait énormément écho a notre travail de plateau). De plus cette mise en scène pour moi représente l'aspect globale de l'esprit de théâtre en tant qu'art de la parole, du corps et de l'écoute dans le quel avec peu de moyens on peut faire beaucoup, c'est à dire que grâce a cet aménagement de la scène on peut voir comment cette troupe de comédiens travaillent ensemble en tant que comédiens et « avec les moyens du bord ».


Beaucoup des objets placés en coulisses semblent ne pas servir à la pièce,(uniquement en guise de décors) les coulisses m'ont apparues comme une sorte de grand débarra dans lequel on trouve tout et n'importe quoi, un peu comme lorsque l'on fouille son grenier ou son garage et qu'on y retrouve pleins de choses que l'on pensait ne plus avoir besoin ou que l'on trouvait totalement inutiles. C'est un peu comme si ici la troupe avait fouillé ses placards et que des tas d'objets avaient été retrouvés et adaptés au service de la pièce. L'aspect bricolage a été privilégié par rapport à l'aspect superficiel de certains théâtres ou certaines mises en scène, ce qui je trouve, rend cette pièce « bariolée » et farfelue plutôt simple en réalité.


Sur la scène était disposée une grande colonne verte sur laquelle était posée une tête énorme en aluminium dont la fonction m'a semblé au premier abord totalement incompréhensible mais ensuite lorsque Antonio arrive sur la scène on le voit s'adresser directement à la statue ou alors en parler à Lucia sous le nom de Agnelli, on comprend donc ici que cette statue représente le personnage dont on entend parler tout au long de la pièce mais que l'on ne voit jamais réellement puisque les seuls moments où il nous apparaît c'est après son opération et donc avec le visage d'Antonio. On comprend donc l'aspect de cette statue : sa taille serait une représentation de son statut :le grand patron de l'entreprise dans laquelle Antonio travail et sa couleur, la matière dans laquelle elle est faite rappellent le domaine de l'usine industrielle.


Les portes placées sur la scène apparaissent tout d'abord comme les portes d'un hôpital (vertes avec des écrit-os blanc et rouge) puisqu'en effet au commencement de la pièce on se trouve dans la chambre d'hôpital de Agnelli ( faux Antonio...), puis à un certain moment de la pièce ,au moment où les comédiens chantent tous ensemble une chanson en italien ajoutée au texte de Dario Fo, ce qui me semble être une coupure entre deux moments précis de la pièce et aussi un bond radical dans le temps, elles sont retournées et l'on remarque qu'elles changent d'aspect (rouges avec des étagères ou encore une photo d'une équipe de football) et représentent ainsi un tout autre lieu qui est celui de la maison de Rosa, cependant à la toute fin de la pièce, les portes dans la folie des acteurs qui se mettent à danser et à courir un peu partout sur la scène finissent par se mélanger, démontrant ainsi que les espaces eux aussi se mélangent: l'hôpital et la maison de Rosa ne formant plus qu'un: l'intime et le public se mélangent également; le désordre prend place sur la scène.

Extraits d'analyses Ithaque Strauss/Martinelli Nanterre et Klaxon Fo/Prin Nanterre

Klaxon, trompettes et pétarades

Le jeu des comédiens est avant tout clownesque, très grotesque, très exagéré, c'est un jeu de cirque, de cartoons déjantés de par les mimiques, les gestes des comédiens ou par l'enchaînement successif de leurs actions. Ils portent des masques, des faux nez, des perruques, des pommettes gonflées (renvoi au maquillage du clown très abusif, démesuré) ce qui accentue donc ce côté clownesque. Tout ceci est digne de la Commedia dell'Arte, genre théâtral populaire italien apparu avec les premières troupes de comédie avec masque et dont les thèmes principaux sont représentés dans la pièce comme le comique gestuel et les quiproquos. De plus l'idée du cirque et notamment du clown renvoie directement au titre "Klaxon, trompettes et pétarades" avec l'idée du bruit, de l'éclatement etc. Cependant toute cette mascarade cache la triste réalité de l'époque en Italie durant les "années de plomb" (1970-1980) basées sur la lutte des classe et l'affaire Aldo Moro.
La chanson que les comédiens interprètent tous ensemble sert de transition dans la pièce, elle parle d'amour, on pourrait presque penser qu'il s'agit d'un chant patriotique, d'un hymne et est de loin le seul moment poétique de la pièce qui paraît vrai par rapport à toute la folie (scénographie, décors, jeu des comédiens) qui l'entoure.




Ithaque

La scénographie repose sur des éléments
(décors, couleurs) froids, métalliques. D'une part à cause d'un rideau de fer, assez récurrent dans la pièce, d'autre part à cause de cet énorme escalier mobile qui occupe toute la largeur du plateau. Grâce à cette mobilité, le plateau change à son gré (escalier qui avance et recule ou rideau en cotte de maille qui se baisse par exemple). Les couleurs jouent aussi un rôle très important et accompagnent la scénographie. Souvent grises, noires, bleues foncées, blancs, elles accentuent la froideur de la mise en scène ainsi que le jeu des lumières (plateau sombre avec feu lors des retrouvailles entre Ulysse et Pénélope ou encore plateau très éclairé au début du spectacle). L'énorme flaque d'eau sur le devant du plateau est toujours présente et peut suggérer plusieurs interprétations comme le rêve ou l'évasion mais elle est aussi le seul élément qui nous fait revivre ou qui retrace le voyage d'Ulysse en pleine mer. Lorsqu'un personnage patauge dans cette eau, des ombres se propagent sur les murs. Au début du spectacle, nous sommes complètement transportés sur ces eaux, plongés dans l'action. Nous pouvons interpréter les reflets sur les murs comme si nous étions "sous l'eau" ou simplement les compagnons d'Ulysse qui ont péri.
Le metteur en scène utilise souvent des "effets spéciaux" parfois un peu kitsch mais spectaculaires et agréables à voir (spectre d'Athéna ou encore concours de tir à l'arc avec feux d'artifices). Le metteur en scène s'en sert afin d'insérer de la modernité dans la pièce. Les métamorphoses contribuent aussi au spectaculaire mais elles peuvent aussi parfois être grotesque notamment celle Zeus, dieu TRÈS puissant, qui parle à travers un arbre. Cela désacralise ce personnage car pour le metteur en scène la présence divine la plus importante est celle d'Athéna, ainsi il fait abstraction des autres dieux beaucoup moins présents dans la pièce.

Analyse de théâtre - Klaxon, trompettes et pétarades Fo/Prin/Nanterre

Nous sommes allés voir deux fois Klaxon Trompette et Pétarade de Dario Fo, une pièce qui fait passer un fort message par le rire. C'est un vaudeville qui dénonce et tourne en dérision le capitalisme. Une farce qui m'a un peu rappelé La Farce de Maïtre Pathelin, ou encore Molière avec Dom Juan sur lequel nous avions travailler. Ici encore une fois le trompeur est trompé, l'arroseur est arrosé. La pièce a été écrite durant les années 80, les "années de plomb" en Italie, peu de temps après l'enlèvement et l'assassinat d'Aldo Moro par un groupe de terroristes d'extrême gauche. C'était une pièce très engagé à l'époque, elle pose cependant des problèmes qui sont encore bien d'actualité. La lutte des classes est peut être moins forte, néanmoins elle est toujours présente. Tous les jours, il nous est montré, à la télévision particulièrement, qu'il faut être beau et riche pour réussir sa vie. Toutes les décisions, réformes prisent de nos jours visent à abrutir les gens, leur effacer toute culture. Mais dans cette pièce, c'est bien la culture, l'art qui va dénoncer cela. On en rit, et je pense que plus nous comprenons et sommes touchés, plus nous rions fort... Nous allons voir dans un premier temps, comment cette pièce dénonce, tout en passant par le rire, ensuite nous verrons comment celle ci tient le spectateur jusqu'au bout.



Crédit Photo : Victor Tonnelli Légende : « Klaxon, trompettes… et pétarades, une farce politique haute en couleur au Théâtre Nanterre-Amandiers. »



Le décor est simple, sans artifices, bricolé. Quatre portes sans mur délimitent l'espace dans lequel se déroule l'histoire, cependant au delà de ces murs imaginaires, ce qu'on pourrait appeler les coulisses, sont apparentes. Tout est à vue, il y a seulement 5 acteurs pour 12 personnages, et ce sont eux qui déplacent les décors, devant les yeux du spectateur, ce sont même eux qui vont créer un petit « intermède », lorsqu'on change d'acte, en chantant une chanson italienne. Tout est créé, et mit en vie par ces 5 acteurs, qui tiennent jusqu'à la fin la pièce à bout de bras. On peut voir qu'il y a un fort travail d'équipe derrière cela, pour que la pièce fonctionne à ce point. Et c'est en effet je crois l'une des idées défendues par cette pièce. Il n'y a pas besoin de milles artifices modernes, pour faire vivre la pièce, on peut en créer une avec de simples éléments, c'est ce qui la rend encore plus vraie, et sincère.







Les personnages ont tous un physique assez marqué. Façon dessin animé, comme des mannequins... Certains m'ont rappelé les personnages de Tim Burton, dont chaque aspect du physique est tiré au maximum, comme le long nez de la juge par exemple, et qui vont parfois jusqu'à faire « peur », ou comme Antonnio qui est grand et mince et Rosa qui est plutôt petite. Certains personnages sont naturels et font contrastes avec d'autres très caricaturés, tirés vers le faux ; dans le cas de la médecin par son masque, par exemple. Il est clairement montré ici comment la chirurgie esthétique peut totalement déshumaniser une personne, et au contraire de la rendre artificiellement belle, la rendre quasiment effrayante. C'est comme si le plastique empêchait les émotions de passer par le visage, le corps, tant celui-ci est faussé. On appelle cela la chirurgie « réparatrice », mais elle a finalement l'effet inverse... Mais ces masques ont beau cacher, ils nous dévoilent finalement la nature et la personnalité de la personne. J'avais lu une phrase de Ralph Waldo Emerson un philosophe qui disait "Notre société est comme un bal masqué, chacun y cache sa véritable nature et elle est révélée par le choix de son masque." Je pense que cela traduit assez bien l'idée.


La question du pouvoir apparaît dans cette pièce ; à qui celui-ci appartient, est-il si puissant? Ici la figure du pouvoir va être totalement écrasée, voir humiliée. Le buste d'Agnelli domine la scène dans l'hôpital durant le premier acte, et pourtant personne au sein de ce service de chirurgie ne se doute que le blessé pourrait être lui.

Les décors sont modelables simplement, rapidement. Il suffit de tourner les quatre portes qui se trouvent aux extrémités, et nous ne sommes plus dans un hôpital, mais dans la maison d'Antonio et de Rosa. A la fin de la pièce, nous ne savons même plus où nous sommes ; il y a à la fois les deux portes rouges de la maison, et les deux portes vertes de l'hôpital. Tout ce « fouillis » met en image la confusion qui se trouve dans la situation, et dans l'esprit des personnages et du spectateur, brouillés par toutes les ambiguïtés de l'histoire. Encore que le spectateur est finalement le moins trompé par toutes ces duperies, l'arrière de la scène étant clairement montré à celui-ci. C'est ce qui lui permet d'en rire.


La pièce donne parfois l'impression d'avoir une hallucination, grâce aux sons, aux lumières. Lorsque Rosa réalise qu'il y a "deux Antonnio", elle tombe dans les pommes, et c'est comme si nous étions dans son éprit, tout s'emmèle, comme dans les dessins animés chacun court après l'autre, on passe par une porte, on se retrouve dans un endroit improbable.


Dans Klaxon trompette et pétarades, tout ou presque passe par le corps. On attire l'attention visuellement, et on fait du bruit, pour faire passer un message. Mais une pensée ne se fait pas forcément entendre uniquement par la parole, et parfois le corps "parle" plus que les mots eux même. Ici les acteurs ne se retiennent pas, ils suent, ils "crachent" ce qu'ils ont à dire. C'est une pièce qui fait du bruit, rien que le nom de celle-ci en est la preuve.