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samedi 13 mars 2010

SCOOP : la chanson de la comédie musicale

A parler/chanter à la manière de Jacques Demy...

Pénélope
Le saisissement est dans mon âme,
Je ne puis prononcer un mot ni questionner
Ni même le regarder en face

Ulysse
Parce que je suis sale et couvert de haillons,
Elle ne peut me respecter ni croire que c'est moi

Pénélope
Mais, si c'est vraiment Ulysse...

Ulysse
Parce que je suis sale et couvert de haillons,
Elle ne peut me respecter ni croire que c'est moi

Pénélope
Mais, si c'est vraiment Ulysse rentré chez lui,
Nous nous reconnaîtrons l'un et l'autre sans difficulté
Car il est entre nous certains signes cachés
Que nous sommes seuls à connaître.

Ulysse
Parce que je suis sale et couvert de haillons,
Elle ne peut me respecter ni croire que c'est moi

Pénélope
Malheureux, ce n'est point indifférence ni hauteur
Ni dépit de ma part : je sais ce que tu fus
Quand tu quittas Ithaque sur la barque aux longues rames

Ulysse
Ô femme !

Pénélope
Portez le lit solide hors de la chambre
Garnissez-le de toisons, de manteaux et de draps chatoyants.

Ulysse
Femme, ce mot que tu as dit m'a meurtri l'âme.
Qui donc a déplacé mon lit ? C'eût été malaisé
Même au plus habile homme...

Pénélope
Ne m'en veux pas Ulysse...

Ulysse
Car il est un secret dans la structure de ce lit:
Je l'ai bâti tout seul
Dans la cour s'élevait un rejet d'olivier feuillu
Dru, verdoyant, aussi épais qu'une colonne.
Je bâtis notre chambre autour de lui,
De pierres denses, je la couvris d'un bon toit.

Pénélope
Ne m'en veux pas Ulysse...

Ulysse
Je coupai la couronne de l'olivier
Et en taillant le tronc à la racine, avec le glaive
Je la planai savamment et l'équarris au cordeau
Pour faire un pied de lit

Pénélope
Ne m'en veux pas Ulysse...

Ulysse
Pour l'achever, je polis le reste du lit
En l'incrustant d'argent, d'ivoire et d'or.
Voilà le secret dont je te parlai ;
Mais je ne sais si mon lit est encore en place,
Ô femme, ou si déjà un autre, pour le déplacer,
A coupé la racine.

Pénélope
Ne m'en veux pas, Ulysse, toi qui fut toujours le plus sensé des hommes :
Les dieux nous ont élus pour le malheur,
Nous enviant la douceur de rester auprès l'un de l'autre
Pour goûter la jeunesse et atteindre le seuil de l'âge.
Et aujourd'hui, ne va pas te fâcher ni me blâmer
De ne pas t'avoir tout de suite ouvert les bras !
En effet, tout au fond de moi, mon coeur toujours
Redoutait que quelqu'un ne vint ici pour me tromper
De ses discours : il en est tant qui ne pensent qu'à mal !
Maintenant que tu m'as décrit le signe indubitable
De notre lit qu'aucun mortel n'a vu,
Mon coeur est convaincu.

Ulysse
Ô femme, viens, allons au lit, pour qu'enfin
Etendus, nous goûtions aux douceurs du sommeil...

Pénélope
Ton lit te recevra aussitôt qu'il plaira
A ton âme !


jeudi 11 février 2010

A mettre dans ses valises...



N'oubliez pas de glisser dans vos valises, outre quelques bon paquets de kleenex, le texte d'Homère et le synopsis de notre travail et la distribution des groupes pour pouvoir réfléchir à vos propositions.
Je vous rappelle qu'à la rentrée, le lundi 8 mars, Marc et moi attendons de pied ferme :
- la proposition aboutie de vos premières séquences
- une ébauche de la nouvelle séquence suffisamment engagée pour qu'on puisse vous guider pour la suite du travail

Donc, petit rappel :
Episode 3 Le banquet chez Alcinoos : Romane, Jane, Alice
- Imaginer la disposition et l'habillage de la salle polyvalente (en pensant aux espaces disponibles pour les épisodes enchâssées, type Cyclope et en allant chercher dans le texte la description de la Phéacie pour s'en inspirer : chant VII v. 1-132)
- Penser le menu de ce qui sera servi aux spectateurs
- Ecrire et mettre en scène l'arrivée d'Ulysse à la cour d'Alcinoos (texte et idées à prélever dans les chants VII v. 133 à la fin et VIII v. 521 à la fin) puis son départ (voir début chant XIII)
- Intégrer musique, aède, danseuses, masques ? Créer du merveilleux.
Ulysse à la cour d'Alcinoos, par F. Hayez 1815
Episode 7 Chez les Cimmériens : Laurine, Valentine, Anastasia, Amanda, Agnès
- Ecrire et mettre en scène à partir du récit au chant XI et notamment v. 14-50 : arrivée d'Ulysse et description du pays, v. 90-149 (Tirésias), v. 150-234 (la mère), v. 385-464
(Agamemnon) et v. 465-540 (Achille)
- Créer des apparitions fantastiques : travailler sur le spectral
Gravure du XVII censée représenter Homère (assimilé à Ulysse mendiant)
Episode 8 Ulysse mendiant : Clémence, Camille
- Imaginer déambulation qui doit conduire le spectateur de la salle poly à l'amphithéâtre : quel parcours, quoi sur le parcours, quelle(s) rencontre(s) ?
- Ecrire et mettre en scène la rencontre d'Ulysse mendiant à partir du texte : chant XIII v. 287 à la fin : écrire texte de la voix off d'Athéna et s'inspirer du passage pour imaginer le costume d'Ulysse
Episode 9 Le massacre des prétendants : Natali, Marine, Cynthia, Charlène
- Imaginer le tableau collectif sanglant que le spectateur doit découvrir dans l'amphithéâtre à partir de recherches iconographiques
- Distribuer un récitant qui devra apprendre le texte du résumé du chant XXII (p. 351 dans l'édition Jacottet) et être capable de le faire entendre en extérieur
- Créer un tableau tragique : horreur et pitié. Le spectateur doit être saisi.
Episode 10 : Happy end en comédie musicale : Assia, Morgane, Elodie, Margot
- Imaginer et mettre en espace dans l'amphithéâtre du Lycée une chorégraphie pour toutes : Ulysse et Pénélope se retrouvent et chantent leurs retrouvailles au milieu des compagnons- marins
- Apprendre et distribuer le texte de Marc
- S'inspirer de Jacqus Demy, et notamment des Demoiselles de Rochefort.

Bon voyage, bon courage et surtout bonne création...

jeudi 26 novembre 2009

LE FINALE : un feu d'artifice musical


Quelques mots sur Jacques Demy dans l'optique du projet de finale "comédie musicale".
Demy est l'un des très rares en dehors des américains à avoir abordé avec succès le genre du film musical.
Affichette promotionnelle américaine du film Les Demoiselles de Rochefort
Mais il le fait à sa manière : ses films sont moins des comédies musicales au sens américain (c'est-à-dire des films émaillés de séquences chorégraphiées et chantées) que ce qu'il appelle des films chantés : dans Les Parapluies de Cherbourg (1964), tout fait musique, tous les dialogues sont chantés, toutes les séquences sont sinon dansées du moins chorégraphiées.

C'est moins vrai pour Les Demoiselles de Rochefort (1967), même si la musique et la danse y tiennent une place primordiale.
Evidemment, ce parti pris, c'est à la fois l'étrangeté et la grâce des films de Demy : il y a toujours quelque chose de très singulier voire de d'abord grotesque à voir des scènes quotidiennes et prosaïques chantées (le premier commence dans un garage si mes souvenirs sont bons...). On peut y voir du kitsch et de l'artificiel comme sur l'affiche :
Affiche du film Les Demoiselles de Rochefort
Mais passée la première gêne, il y a un véritable enchantement, quelque chose de très profondément vivant et gracieux, qui va même jusqu'à certaine gravité (le deuxième n'hésite pas à aborder des questions très graves comme la guerre en Algérie). Comme si la danse et le chant relevaient d'une politesse du désespoir et d'une foi affirmée avec force dans la vie malgré tout.
Bref, c'est une expérience à vivre.
Dans le cadre de notre projet, il faut surtout voir les Demoiselles de Rochefort, parce qu'il y a des séquences de danse collective qui mettent en scène des marins et qu'il y a là un esprit à capturer pour tâcher de les réinvestir dans notre happy end /feu d'artifice.
Une des séquences collectives des Demoiselles qui met en scène couples d'amoureux au coeur
d'une foule
Ensuite, rien n'empêche de voir l'un des plus beaux films français des dernières années par un héritier direct de J Demy : Les Chansons d'amour de Christophe Honoré.
Bonnes projections !