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samedi 13 mars 2010

Casimir et Caroline par Demarcy-Motta : quelques pistes pour l'analyse de spectacle

Les pistes ci-dessous ne sont pas exhaustives mais elles sont incontournables.
Elles confirment qu'il est décisif de posséder un bagage culturel et esthétique suffisant pour percevoir les références, allusions, citations à certains mouvements ou artistes que manque rarement de ménager une oeuvre artistique pour en mesurer les effets et les enjeux de signification et mieux en comprendre l'intention.
1. La question du contexte historique
Il devrait être possible de montrer que Demarcy-Motta, contrairement à Koek/Simons, prend le parti de bien ancrer la pièce dans son contexte historique : celui de l'Allemagne du début des années 1930, notamment à travers les costumes (cf les costumes des deux policiers, d'Eugène, etc.) et des allusions très précises à l'art de l'époque (la séance de cinéma renvoie à un mouvement artistique que je vous laisse le soin d'identifier), à l'esthétique des années 1930 (le jeu des ombres, etc...) voire à des artistes précis (les noms de Lang et Murnau sont cités, montrez que le personnage d'Eugène renvoie à M le maudit, film culte de Lang qui date de 1931 t qu'il est impératif d'avoir vu au moin sune fois dans sa vie).

Peter Lorre dans M le Maudit, Firtz Lang, 1931

2. La question scénographique

Décrivez le dispositif scénographique.

Montrez la différence des partis pris scénographiques concernant la représentation de la foire et des attractions foraines entre Simons et Koek d'une part et Demarcy-Motta d'autre part : quelle(s) place(s) nouvelle(s) tiennent les attractions, les manèges, les échoppes et le moment de l'exhibition des monstres de foire ? Comment interprétez-vous ce choix ?

Il est intéressant aussi de réfléchir sur l'importance de certains figures géométriques dans la scénographie : montrez notamment l'importance du cercle, figure particulièrement déclinée, et commentez sa signification.

Commentez l'épisode du cheval.

L'échafaudage qui occupe le fond de scène est surmonté de fils barbelés : comment l'interprétez-vous ?

3. La musique, le son, les chansons

Quelle place tiennent-ils dans la pièce ?

Les chansons vous paraissent-elles apporter joie, harmonie, légèreté ?

jeudi 19 novembre 2009

Entrer dans un travail de création : faire des recherches

Le projet est désormais lancé et le pain s'amoncelle sur la planche !
Il s'agit maintenant d'entrer dans le processus de création en faisant son miel de tout.
La règle n°1 est d'être toujours préoccupé(e) du travail de création en cours de sorte que tout ce que l'on voit, entend, vit, rencontre ait chance de faire résonance, de déclencher un écho, de produire des étincelles.
La règle n°2 est de mettre en route un processus actif de recherche en n'attendant pas seulement le "hasard objectif" d'une rencontre heureuse, mais en allant voir ailleurs si notre travail y est. Les mauvais créateurs imitent ; les bons volent et pillent. Bref, un imaginaire et une création, ça se nourrit; ça ne vient pas tout seul, contrairement à ce que le vieux mythe du génie et de l'inspiration veut nous faire croire. C'est en forgeant qu'on devient forgeron : c'est en volant qu'on attrape des ailes.
Donc, voici plusieurs pistes à explorer pour les différents groupes de travail - dont je dévoile ici en primeur la composition...

Episode 1 Des dieux et des hommes / Hall lycée ? / voix off / Romane, Cynthia (et éventuellement Assia, si elle est d'accord)
Gros travail d'adaptation des chants I et II : il faut en garder le débat entre Zeus et Athéna sur le sort d'Ulysse, l'adresse d'Athéna à Télémaque, puis le discours de Télémaque aux prétendants (c'est à dire aux spectateurs) et son départ à la recherche de son père.
L'enjeu est de suggérer la présence des dieux à travers un travail sur une bande son : voix amplifiée, déformée, enregistrée ou directe ? Bruitages suggérant le monde des dieux ?
L'enjeu est aussi scénographique : où commence le spectacle ? Comment sont accueillis les spectateurs ? D'où Télémaque s'adresse-t-il à la foule des prétendants/spectateurs ?
Il faut aussi mettre en scène Télémaque, le jeune fils d'Ulysse, pas encore aguerri : l'Odyssée c'est aussi l'histoire de son accès à l'âge adulte, mais au début du récit c'est un enfant. Comment on le joue ? Comment on le costume ?
Episode 2 Des adieux déchirants / une salle de classe / une scène de cinéma dialoguée/ Valentine, Jane, Natali
Travail d'adaptation : une scène cinématographique d'adieux amoureux contemporains. Tout passe par le dialogue et le jeu. Pas de narrateur. Mais on peut malgré tout imaginer de garder dans la bouche de Calypso la poésie de Jacottet.
Il faut travailler le cadre et les lumières (construire un plan et un décor cinématographique) et se sensibiliser à la question du hors champ.
Il faut voir du cinéma d'auteur, fait par des gens qui savent tenir une caméra. Le Mépris de Godard (au moins le début avec Bardot).


Jean-Luc Godard, Le Mépris, 1963 (Brigitte Bardot, Michel Piccoli)

Vous pouvez aussi voir des films mélodramatiques de Douglas Sirk, notamment Tout ce que le ciel permet, qui magnifient les émotions par l'emploi des couleurs flamboyantes et du cadre (technicolor + cinemascope)

Douglas Sirk, Le Mirage de la vie, 1959 (Lana Turner)
Episode 3 Nausicaa et Ulysse sortant des eaux / une salle de classe / cinéma muet / Laurine, Anastasia, Margot, Camille
On peut aller chercher du côté de la peinture :Ulysse comme nouvelle Vénus (voir Botticelli)
Mais surtout du côté du cinéma muet expressionniste : il faut voir les chefs d'oeuvre de Murnau L'Aurore, Nosferatu.

Friedrich-Wilhelm Murnau, L'Aurore, 1927 (George O'Brien et Janet Gaynor)
Et ceux de Lang Dr Mabuse, M le Maudit.

Fritz Lang, M Le Maudit, 1931 (Peter Lorre)
Pour s'en inspirer en termes de maquillages (charbonneux), de jeu (gros plans avec expressions outrés, grands gestes mélodramatiques). On peut aussi reprendre l'idée des "cartons" pour le récitatif ou les dialogues. Et la musique ?
Il faut aussi travailler sur l'idée des drapés, des voiles, des tissus. Du caché/montré.
Episode 5 / Le cyclope / Salle polyvalente pendant le banquet à la cour d'Alcinoos / film d'effroi en animation / Alice, Amanda, Morgane, Elodie
Il faut respecter de très près le texte original très séquencé et fourmillant de détails horrifiques et bricoler un maximum et accentuer le décalage entre la modestie d'un bricolage à vue et l'effet de sa captation et sa projection vidéo. Playmobiles, oeil de boeuf, etc.
On a évoqué Un chien andalou (film surréaliste de Bunuel et Dali à voir à tout prix) et Panique au village.
Il faut aussi voir le merveilleux Soyez sympa, rembobinez de Gondry et aller voir du côté de l'origine du cinéma, des films de Mélies, et notamment du Voyage sur la lune.

Georges Melies, Le Voyage dans la lune, 1902
Il faut aussi construire ou concevoir un espace dans l'espace, une boîte dans la boîte de la salle polyvalente.
Episode 6 / Les Sirènes /Salle polyvalente pendant banquet d'Alcinoos/ chants / Agnès, Marine, Clémence, Assia si elle y tient vraiment
Comme pour épisode précédent, il faut imaginer l'espace des sirènes dans la salle polyvalente pendant le banquet.
Il faut revenir au texte et partir des sirènes homériques évoquées deux fois (par Circé et par Ulysse) puis trouver le moyen d'évocation le plus puissant : leur inventer un chant et une présence. Jouer la féminité, l'enchantement féminin ?
Plutôt que chez Disney, aller voir dans la peinture. Surtout inventer sa sirène en partant du texte et décoller du cliché pour surprendre.

Haut les coeurs ! Souquez ferme !